Une vague de manifestations pour Michael Brown

Plus de 2200 militaires de la Garde nationale se sont joints aux policiers pour contrôler la foule des protestataires mardi soir à Ferguson, au Missouri, à la suite d’une nuit d’émeutes. Ci-dessus, des manifestants postés non loin du quartier général de la police.
Photo: David Goldman Associated Press Plus de 2200 militaires de la Garde nationale se sont joints aux policiers pour contrôler la foule des protestataires mardi soir à Ferguson, au Missouri, à la suite d’une nuit d’émeutes. Ci-dessus, des manifestants postés non loin du quartier général de la police.

Ferguson avait toujours des allures de ville assiégée et les manifestations avaient repris de plus belle, cette fois dans plus de 170 villes, mardi soir, au lendemain de la décision d’un grand jury de ne pas déposer d’accusations contre l’agent Darren Wilson, responsable de la mort du jeune Michael Brown lors d’une altercation survenue en août.

Dans la petite banlieue de Saint Louis au Missouri, qui compte 21 000 habitants, près de 2200 militaires de la Garde nationale ont été déployés devant les maisons, les commerces et une centaine de lieux clés, à la demande du gouverneur du Missouri, Jay Nixon. Le chef de police avait lui aussi promis « une présence policière très importante » et « une intervention bien plus rapide » que lundi soir, lorsque la situation avait rapidement dégénéré. Les forces de l’ordre ont décrit cette nuit comme la pire depuis les émeutes déclenchées en août après la mort de Michael Brown.

L’omniprésence des forces de l’ordre semblait avoir eu les résultats escomptés, du moins en partie, les protestataires présents étant bien moins nombreux mardi soir.

Ailleurs cependant, des centaines, parfois même des milliers de manifestants ont défilé mardi soir dans près de 170 villes américaines, ainsi qu’à Vancouver, Toronto et Ottawa. D’Atlanta à Los Angeles en passant par New York et Boston, ils ont bloqué ponts, tunnels et autoroutes afin de dénoncer la décision du grand jury. Dans la Ville reine, près de 2000 personnes s’étaient rassemblées devant le consulat américain, selon les estimations de la CBC.

Pendant la journée, la principale artère de Ferguson était déserte, circonscrite par des cordons de police et plongée dans un silence surnaturel que seul le bruit d’un hélicoptère des forces de l’ordre troublait. Édifices vandalisés et incendiés côtoyaient voitures carbonisées et monuments éphémères à la mémoire de Michael Brown.

Le leader des droits civiques Al Sharpton a multiplié les appels au calme. « Ce ne sont pas les cendres des bâtiments en feu de Ferguson qui doivent entretenir la mémoire de Michael Brown. C’est par de nouvelles lois et le respect de la loi pour tous les citoyens qu’on doit lui rendre hommage. » Aucune violence n’était apparemment à déplorer en dépit de la présence de quelques agitateurs masqués en marge de la foule. Les magasins qui avaient été pillés et incendiés lundi étaient mardi soir clairement barricadés et les rues nettoyées des débris.

Le président américain a lui aussi condamné les violences lors d’un discours à Chicago. « Brûler des bâtiments, mettre le feu à des voitures, détruire des biens, mettre des gens en danger, il n’y a pas d’excuse pour cela, ce sont des actes criminels, a déclaré Barack Obama. Il existe des moyens constructifs d’exprimer ses frustrations. »

Darren Wilson livre sa version des faits

Après trois mois de délibérations, le grand jury a conclu que le policier Darren Wilson avait agi en état de légitime défense en tirant le 9 août 12 coups en direction de Michael Brown, qui l’avait d’abord frappé au visage avant de prendre la fuite.

Dans une entrevue qu’il avait marchandée pendant de nombreuses semaines avec différentes grandes chaînes télévisées, pour finalement s’entendre avec le réseau ABC, le policier a dit avoir « bonne conscience » et a affirmé qu’il aurait agi de la même manière avec un jeune Blanc.

« Il a foncé sur moi, il allait me tuer », a-t-il affirmé. Le policier a dit avoir craint que Michael Brown lui dérobe son arme et assuré avoir agi en légitime défense. « Je me suis encore interrogé moi-même : “ est-ce que je peux tirer sur ce type ? Est-ce que je peux le faire légalement ? ” Et ma réponse a été : “ je dois le faire ”. »

«La raison pour laquelle j’ai bonne conscience, c’est parce que je sais que j’ai bien fait mon travail, a déclaré le policier. Je ne crois pas que ça va me hanter. Ça va rester comme quelque chose qui m’est arrivé », a-t-il ajouté.

Darren Wilson a ajouté que sa femme et lui espéraient retrouver désormais une vie normale. « On veut juste avoir une vie normale. C’est tout », a-t-il dit.

Le policier, qui est toujours en congé administratif, n’est cependant pas à l’abri de toute poursuite. Le procureur général des États-Unis, Eric Holder, a rappelé que deux enquêtes fédérales sont en cours. Il a promis des conclusions rapides « pour rétablir la confiance » entre la police et la communauté noire. De son côté, le Sénat américain organise le 9 décembre une commission spéciale sur la situation des droits civiques aux États-Unis.

Manifestations dans plusieurs villes

Ces deux procédures fédérales mettent un peu de baume sur les blessures de la famille Brown, qui a dénoncé le travail du procureur local, estimant la procédure biaisée. « Nous avons vu à quel point cette décision est injuste. Nous protestons ouvertement et fortement au nom de Michael Brown », a lancé l’avocat de la famille. « On pouvait prévoir ce qui allait arriver », a ajouté Me Benjamin Crump, en dénonçant les « relations de proximité » entre le procureur qui a mené l’enquête, Robert McCulloch, et la police, avant de détailler des contradictions dans le témoignage du policier publié mardi. « Nous nous élevons contre cette décision, car dans toute l’Amérique, que ce soit à New York, à Los Angeles, en Californie, à Cleveland, les jeunes garçons de couleur sont tués par les policiers », a lancé l’avocat, en plus de demander à nouveau qu’une loi soit créée afin de forcer les patrouilleurs à être équipés d’une caméra.

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