Chuck Hagel quitte l’équipe Obama

Le président américain, Barack Obama, a annoncé lundi le départ de son secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, sur fond de divergences de vue dans la lutte contre le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Cet ancien du Vietnam, réticent à engager l’armée américaine dans des conflits, était arrivé à la tête du Pentagone il y a moins de deux ans, avec comme mission principale de réduire la voilure et de mener à bien le retrait des soldats américains d’Afghanistan. Le lancement, début août, d’une campagne de frappes aériennes contre les djihadistes de l’EI en Irak d’abord, puis en Syrie voisine ensuite, a profondément changé la donne.

« J’ai présenté ma démission aujourd’hui », a déclaré M. Hagel au cours d’une brève déclaration à la Maison-Blanche aux côtés de M. Obama. Celui-ci a rendu hommage à un « secrétaire à la Défense exemplaire » et un « ami ». Seul républicain du cabinet Obama, M. Hagel restera à son poste jusqu’à ce que son remplaçant soit confirmé par le Sénat.

Selon des responsables américains cités par le New York Times, la décision de M. Obama de se séparer de M. Hagel est liée à sa volonté d’avoir un nouveau profil à la tête du Pentagone pour mener à bien l’opération militaire engagée en Irak et en Syrie. « Les deux années à venir vont demander un autre type d’effort », a souligné l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.

Nettement moins charismatique que son prédécesseur, Leon Panetta, parfois assez confus en conférence de presse, donnant souvent l’impression de subir les décisions plutôt que de donner l’impulsion, M. Hagel semble avoir eu du mal à se faire une place dans le premier cercle du président américain.

Frustrations

« Je sais qu’il était très frustré », a réagi le sénateur républicain John McCain, ancien candidat à la Maison-Blanche, très critique de la politique étrangère de M. Obama. « Il n’a jamais pu entrer dans le cercle resserré à la Maison-Blanche qui prend toutes les décisions », a-t-il ajouté.

Le président de la Chambre des représentants des États-Unis, le républicain John Boehner, a jugé que ce changement à la tête du Pentagone devait s’accompagner d’une réflexion plus large sur la stratégie américaine face au groupe EI. « Nous ne pouvons vaincre l’ennemi sans un effort coordonné et réfléchi qui bénéficie du soutien massif du peuple américain. À ce jour, cette administration n’a pas réussi », a-t-il estimé.

Sur Twitter, des djihadistes ont salué cette démission, jugeant qu’elle représentait une victoire pour l’organisation EI. « Connaissez-vous une autre organisation qui peut obliger une administration américaine à virer son ministre de la Défense ? », a lancé l’un d’eux.

Chuck Hagel a grandi dans la pauvreté avec un père alcoolique et parfois violent, et s’est façonné au Vietnam. Dans la jungle du delta du Mékong, il a été blessé à deux reprises, se voyant décerner autant de médailles Purple Heart. De retour du Vietnam, il enchaîne les petits boulots avant de décrocher un emploi dans l’équipe d’un sénateur du Nebraska, où il se fait remarquer.

À l’arrivée de Ronald Reagan au pouvoir, au début des années 80, il devient numéro deux du ministère des Anciens combattants et n’hésite pas à démissionner pour dénoncer les coupes dans les pensions des vétérans. Il passe alors dans le privé, créant une société de téléphonie mobile qui le rendra millionnaire. Au Sénat (1996-2008), où il est membre de la commission des Affaires étrangères, Chuck Hagel se lie d’amitié avec le républicain John McCain, le démocrate Joe Biden, ou encore Barack Obama qu’il accompagne lors de visites de terrain en Irak et en Afghanistan.

Hostile à un interventionnisme à tout crin, il s’était rapidement opposé à la politique de George W. Bush en Irak, s’attirant les critiques de son camp.

Une femme parmi les successeurs potentiels

Michèle Flournoy, âgée de 53 ans, fondatrice et présidente du centre de réflexion Center for a New American Security (CNAS), a été sous-secrétaire à la Défense chargée de la stratégie de février 2009 à février 2012. À ce poste de numéro trois du Pentagone, elle a façonné la politique de retrait des États-Unis d’Afghanistan. Très respectée par les militaires pour son expertise, cette diplômée de Harvard fait partie de ceux qui ont pensé la politique anti-insurectionnelle des États-Unis en Irak et en Afghanistan.

Ashton Carter, âgé de 60 ans, est un ancien secrétaire adjoint à la Défense (octobre 2011 — décembre 2013) de Leon Panetta, après avoir été sous-secrétaire à la Défense chargé des acquisitions (avril 2009 — octobre 2011), dans le but d’« accélérer » les achats du Pentagone et de « renforcer les défenses de la nation face aux menaces émergentes », selon le Pentagone. Diplômé d’histoire médiévale et de physique, Ashton Carter a aussi occupé d’importantes fonctions sous Bill Clinton.

Jack Reed, sénateur démocrate du Rhode Island, un État qui abrite de nombreuses industries de défense, est âgé de 65 ans. Il a servi dans la prestigieuse unité de parachutistes de la 82e Airborne Division et avait voté en 2002 contre l’invasion de l’Irak par les États-Unis. Mais M. Reed « ne souhaite pas être évoqué pour le poste de secrétaire à la Défense ou d’autres postes au cabinet », a indiqué lundi son porte-parole Chip Unruh. « Il vient de demander aux habitants du Rhode Island de le choisir pour un autre mandat de six ans et entend honorer cet engagement. »