Impasse budgétaire: regain d'optimisme à Washington

Washington — Le président Barack Obama et le numéro un du Parti démocrate au Congrès ont fait état de progrès, lundi, dans les démarches visant à conclure une entente pour éviter un défaut de paiement de la dette, et mettre fin à une fermeture partielle du gouvernement américain, qui dure depuis deux semaines. 

En visite dans un organisme caritatif de Washington, M. Obama a fait état de possibles progrès au Sénat, et indiqué qu’une prochaine rencontre à la Maison-Blanche permettrait d’en évaluer la véracité.

Cette rencontre était d’abord prévue pour lundi après-midi, mais a plus tard été reportée afin de permettre aux leaders du Sénat de négocier plus longtemps. La présidence américaine a d'ailleurs laissé entendre que le report n'est pas un mauvais signe, soulignant qu’il avait été décidé «afin de permettre aux chefs de file du Sénat de continuer à effectuer des progrès importants vers une solution pour relever le plafond de la dette et rouvrir les administrations».

«Il y a eu des progrès du côté du Sénat, alors que les républicains ont reconnu qu’il était intenable, insensé et mauvais pour le peuple américain que le gouvernement se trouve en défaut de paiement», a dit Barack Obama en visitant l’organisme caritatif qui a recruté des bénévoles chez les nombreux employés fédéraux en chômage forcé.

Après avoir rencontré son homologue républicain à deux reprises, lundi, le leader de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a ouvert la session de la Chambre haute en affirmant qu’il était «très optimiste à l’idée que nous réussirons à nous entendre et à conclure cette semaine un accord raisonnable». Quelques instants plus tard, le leader républicain, Mitch McConnell, a appuyé les déclarations de M. Reid.

Si ce dernier souligne qu’il n’y a pas encore d’accord, il a dit espérer pouvoir présenter un cadre aux leaders du Congrès lors de la rencontre avec le président Obama. M. McConnell a dans la foulée évoqué des «échanges de vues très constructifs [avec M. Reid] sur la façon de progresser». Lui aussi a dit son «optimisme sur le fait que nous allons parvenir à un résultat qui sera acceptable par les deux parties».

MM. Reid et McConnell, des sénateurs vétérans endurcis par plusieurs batailles budgétaires et des années de négociations, se trouvent dans une impasse à propos d’une autre source de luttes fiscales: les coupes budgétaires automatiques appelées «sequester», et s’il est nécessaire de les modifier ou de les annuler en vertu d’une entente budgétaire.

Des négociations cruciales

L’incapacité du Congrès à adopter une mesure budgétaire temporaire a mené à une fermeture partielle, le 1er octobre, pour la première fois en 17 ans. Et si le Congrès n’approuve pas une mesure séparée, d’ici jeudi, pour rehausser le plafond de la dette — la somme totale que le gouvernement peut emprunter —, l’administration Obama évoque le risque d’un défaut de paiement.

Ces deux mesures législatives, habituellement routinières, se sont retrouvées au coeur de différends sur la réforme de la santé et les dépenses gouvernementales.

Les discussions vont bon train à propos d’une mesure de relèvement du plafond d’emprunt pour une durée limitée — le temps que le gouvernement paie ses factures d’ici à l’année prochaine —, et d’un énoncé budgétaire temporaire qui permettrait de relancer les activités fédérales.

La dernière rencontre entre M. Obama et les dirigeants du Congrès remonte au 2 octobre. Le leader de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, le leader de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, le président de la Chambre des représentants, John Boehner, et la leader de la minorité démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, tout comme le vice-président, Joe Biden, devaient participer à la rencontre de lundi après-midi, pour l'heure reportée.

Selon la Maison-Blanche, le président réitérera son désir de voir le Congrès adopter un projet de loi pour mettre fin à la fermeture partielle du gouvernement et rehausser le plafond de la dette. La Maison-Blanche a aussi souligné que M. Obama indiquera clairement qu’il «ne paiera pas de rançon» aux parlementaires pour qu’ils posent les gestes nécessaires.

Congé forcé

Ces nouvelles tractations surviennent alors que 350 000 employés du gouvernement fédéral restent en congé forcé, tandis que des milliers d'autres travaillent sans être payés et qu'une série de services gouvernementaux, des demandes de prêts hypothécaires aux inspections environnementales, restent suspendus au 14e jour de l'impasse budgétaire.

Plusieurs parcs nationaux et monuments restent fermés, une situation qui a provoqué une manifestation dimanche devant le monument commémoratif de la Seconde Guerre mondiale à Washington. Parmi les manifestants figuraient plusieurs élus soutenus par le Tea Party, l'aile la plus conservatrice du Parti républicain, qui ont tenté sans succès de contourner la paralysie gouvernementale en retirant le financement de la réforme de la santé du président.

Cela dit, quelques États américains ont accepté un plan du gouvernement fédéral pour rouvrir les parcs nationaux. L'accord de l'administration Obama pour rouvrir plusieurs zones touristiques à travers le pays est toutefois accompagné d'un impératif moins agréable: les États doivent assumer les frais avec des sous qu'ils risquent de ne pas récupérer.

Jusqu'à maintenant, l'Utah, le Colorado, le Dakota du Sud, l'Arizona et New York ont accepté d'ouvrir des parcs fermés depuis le début du mois.

De leur côté, les gouverneurs d'autres États tenteraient de déterminer ce qui aurait le plus important impact économique, soit payer pour garder les parcs en activité, ou perdre les sommes dépensées par les touristes lorsque ces endroits sont accessibles.

Un porte-parole du département de l'Intérieur, Blake Androff, a fait savoir jeudi que le gouvernement n'envisageait pas de rembourser les États qui paient pour rouvrir les parcs. Les membres du Congrès ont toutefois présenté vendredi un projet de loi qui rembourserait ces sommes dans un délai de 90 jours.

Les marchés mondiaux inquiets

Les marchés et l'économie mondiale s'inquiètent de la possibilité que les États-Unis ne puissent plus honorer leurs obligations financières à partir de jeudi si le Congrès ne parvient pas à relever la limite d'endettement du gouvernement au-delà des 16 700 milliards $ US actuels.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a parlé avec inquiétude de cette possibilité et de l'incertitude qu'elle pourrait engendrer, prévenant que le monde risquait de replonger dans une nouvelle récession après la difficile reprise ayant suivi la crise de 2008.

Le comité de politiques du FMI a affirmé, lors d'une réunion à Washington, que les États-Unis devaient «agir immédiatement» pour régler la question de l'impasse budgétaire qui bloque l'approbation d'une législation permettant d'accroître la limite d'emprunt du gouvernement avant la date limite de jeudi prochain, qui arrive rapidement.

Lors d'une conférence de presse de clôture, le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a souligné l'absolue nécessité que les politiciens de Washington parviennent à un accord sur le relèvement du plafond de la dette avant la date limite de jeudi.

Dans le cas contraire, dit-il, les conséquences économiques pourraient comprendre une hausse des taux d'intérêt, une plus faible croissance économique et une baisse de la confiance des investisseurs. Un tel résultat aurait un «impact désastreux» sur les pays pauvres.


D'autres détails suivront.

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