Impasse budgétaire - Fermeture partielle de l’État fédéral américain

Lors d’un point de presse en après-midi, lundi, Barack Obama a reproché aux républicains de mettre en péril la fragile reprise économique aux États-Unis.
Photo: Carolyn Kaster Associated Press Lors d’un point de presse en après-midi, lundi, Barack Obama a reproché aux républicains de mettre en péril la fragile reprise économique aux États-Unis.
Le Sénat, où le Parti démocrate détient la majorité des sièges, avait rejeté en soirée un projet de finance temporaire adopté quelques heures auparavant par une Chambre des représentants dominée par la frange la plus conservatrice du Parti républicain. Le projet aurait privé de fonds le nouveau régime d’assurance maladie, communément appelé « Obamacare ».

La Chambre haute avait déjà voté, plus tôt dans la journée, contre une proposition semblable, qui avait été adoptée la veille par la Chambre basse.

Lundi après-midi, alors que les indices boursiers étaient à la baisse, le président américain, Barack Obama, a mis les républicains en garde contre une paralysie du gouvernement fédéral, refusant de céder à ce qu’il considère comme du chantage.

Depuis des mois, la frange conservatrice du Grand Old Party, étroitement associée au mouvement du Tea Party, se sert du débat sur le budget pour combattre l’« Affordable Care Act » de 2010, ce programme social cher au président Obama, qu’elle ne peut pas carrément abolir faute de détenir la majorité à la Chambre haute.

C’est plus du tiers des quelque 2,8 millions de fonctionnaires fédéraux qui resteront à la maison jusqu’à ce que la crise se résorbe sur le Capitole, la colline parlementaire à Washington. Concrètement, toutes les activités gouvernementales devraient être suspendues, à ces nombreuses exceptions près : celles qui permettent aux citoyens de bénéficier des services sociaux tels que la Sécurité sociale, Medicare et Medicaid, celles qui ont trait à la sécurité (intérieure ou extérieure), ainsi que certains autres services jugés essentiels, comme les postes. Les fonctionnaires qui travailleront risquent de voir le paiement de leur salaire différé.

Seront assurément fermés les parcs et les monuments nationaux, les services consulaires, tous les bureaux de la NASA, sauf ceux qui s’occupent des astronautes américains actuellement en orbite, ainsi que la plupart des agences réglementaires et des centres de recherche. Le trafic des personnes et des marchandises du Canada vers les États-Unis pourrait être touché, plusieurs douaniers étant mis en congé sans solde.

Les plus optimistes s’attendent à ce que la paralysie du gouvernement dure tout au plus quelques jours, tandis que les plus pessimistes pensent qu’elle se prolongera pendant presque un mois, comme ce fut le cas en 1995-1996.

Les impacts d’une fermeture partielle de l’appareil gouvernemental pourraient se chiffrer dans les milliards de dollars. Il s’agit d’impacts directs (les salaires devront probablement être payés plus tard même si le travail n’a pas été fait) et indirects, notamment sur l’industrie touristique, ainsi que les services de restauration et autres qui sont normalement utilisés par les fonctionnaires.

Climat délétère

Pour Barack Obama, qui a pris la parole à deux reprises lundi après-midi, le fait de mettre ainsi en péril la fragile reprise économique représente « le summum de l’irresponsabilité ».

« Je ne suis pas simplement ouvert mais impatient à l’idée de négocier un budget à long terme », a-t-il dit. (Les propositions votées au Congrès ces jours-ci ne visent qu’à financer l’État jusqu’à la mi-décembre.) Selon lui, la seule façon d’en venir à une entente, c’est de faire en sorte que « tout le monde s’asseye de bonne foi, sans menacer de faire du mal aux femmes, aux anciens combattants et aux enfants en fermant les services gouvernementaux ». 

« Et nous ne pouvons pas tenir ce genre de négociations alors que plane la menace d’une cessation de paiement, qui serait la première dans l’histoire des États-Unis », a ajouté M. Obama. Le chef de la Maison-Blanche faisait référence à une autre échéance qui approche à grands pas : c’est à la mi-octobre que le Congrès doit décider s’il autorise ou non un relèvement du plafond fixé pour la dette américaine.

« Une partie d’une formation [politique] dans une chambre du Congrès n’obtiendra pas la fermeture des opérations de l’État pour contester les résultats d’une élection, a-t-il affirmé, rappelant que « le Congrès a deux responsabilités : adopter un budget et payer les factures » de l’État fédéral.Vous ne pouvez pas soutirer une rançon pendant que vous accomplissez votre travail, simplement parce que vous n’aimez pas une loi. »

« Plusieurs représentants sont tellement pris au dépourvu qu’eux-mêmes ne voient pas d’issue. C’est dire à quel point le climat est paralysé et délétère, note Julien Tourreille, directeur adjoint et chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Il y a manifestement, sur le Capitole, une volonté de faire payer un prix politique à Obama de la part des républicains qui n’ont pas digéré, en particulier, le passage de l’“Obamacare”. Eric Cantor, le leader de la majorité à la Chambre des représentants, en a fait une condition de négociation, prenant en otage toute la question du budget et de la dette. »

Selon un sondage publié lundi après-midi par le réseau CNN, les Américains sont 46 % à tenir les républicains du Congrès responsables de la paralysie du gouvernement, contre 36 % qui blâment le président Obama. Pour 60 % des répondants, il est plus important d’éviter une telle paralysie que d’apporter des changements à l’« Obamacare ».

Selon ce même sondage, à peine plus de 10 % des Américains approuvent le travail accompli par les élus du Congrès, tous partis confondus, soit le pire score jamais obtenu par ces derniers.

La crise actuelle divise profondément le Parti républicain, qui est le plus écorché dans les derniers sondages d’opinion. Certains bonzes, comme le sénateur John McCain, prônent une approche plus pragmatique, moins dogmatique. « Nous divisons le Parti républicain au lieu d’attaquer les démocrates », a-t-il déploré la semaine dernière sur les ondes de CBS.

Des institutions traditionnellement favorables au GOP, comme le quotidien Wall Street Journal et la Chambre de commerce, ont critiqué le comportement extrémiste des parlementaires républicains.

Le président Obama doit normalement s’envoler samedi pour une tournée d’une semaine en Asie. Il a prévu de participer à deux sommets économiques, ceux de la zone Asie-Pacifique et de l’Association des États de l’Asie du Sud-est (ASEAN). Son périple doit le mener en Indonésie, au Bruneï, en Malaisie et aux Philippines.

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