Les islamistes tunisiens au pouvoir font un pas vers le dialogue

Tunis — Les islamistes au pouvoir en Tunisie ont annoncé mercredi accepter la suspension de la Constituante et vouloir des pourparlers après une manifestation massive d’opposants et deux semaines d’une crise politique déclenchée par l’assassinat d’un député.

 

Le parti Ennahda a indiqué qu’il se soumettait à la décision du président de l’Assemblée nationale constituante (ANC), Mustapha Ben Jaafar, un allié laïque des islamistes, de geler les travaux de la Constituante jusqu’à l’ouverture de négociations avec les opposants au gouvernement.

 

« En dépit de nos réserves […] sur cette initiative, nous espérons qu’elle servira de catalyseur pour que les adversaires politiques s’assoient à la table du dialogue », a annoncé le chef du mouvement, Rached Ghannouchi, dans un communiqué.

 

Le parti islamiste souhaite une « solution consensuelle en cette période sensible » et se dit favorable « à la formation d’un gouvernement d’union nationale comprenant toutes les forces politiques convaincues de la nécessité d’achever le processus démocratique ».

 

Ennahda fixe aussi un calendrier de reprise des travaux de l’ANC, exprimant le voeu que la Constitution et la loi électorale soient adoptées « avant fin septembre 2013 » et que des élections soient organisées « avant la fin de l’année ».

 

Cette annonce intervient au lendemain d’une manifestation de dizaines de milliers de personnes réclamant la démission du gouvernement, jugé responsable de l’essor de la mouvance jihadiste accusée de l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd le 6 février et du député Mohamed Brahmi le 25 juillet.

 

La manifestation était organisée par une coalition hétéroclite d’opposition sans programme politique commun clair, allant de l’extrême gauche au centre droit et soutenue par les partenaires sociaux.

 

Les opposants ont refusé l’idée d’un gouvernement d’union dirigée par Ennahda et militent pour un cabinet de technocrates, mais des désaccords existent aussi. Ainsi, la puissante centrale syndicale UGTT et le patronat Utica ne veulent pas d’une dissolution de l’ANC.

 

Jusqu’à présent, Ennahda, arguant de sa légitimité issue de l’élection de la Constituante en octobre 2011, proposait une coalition élargie, un scrutin le 17 décembre, et évoquait un vague projet de référendum de sortie de crise, difficile à mettre en place faute de Constitution et de loi électorale deux ans et demi après la révolution.

 

La position qu’adoptera l’UGTT, qui compte un demi-million de membres capables de paralyser le pays, devrait être déterminante. M. Ben Jaafar a d’ailleurs fait du syndicat un arbitre en l’appelant à « réunir autour de la table du dialogue tous les partis ».

 

Le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi, a dit à la radio Express-FM, que son syndicat se réunirait « la semaine prochaine pour adopter les mesures nécessaires à l’intérêt du pays ». La Tunisie entamait jeudi une période de quatre jours chômés à l’occasion de la fin du ramadan.

 

Plusieurs dirigeants de l’opposition ont pour leur part jugé « positive » mais « insuffisante » la décision de suspendre l’ANC en vue de négociations. Ils ont promis de poursuivre des actions quotidiennes de contestation.

1 commentaire
  • Nicole Bernier - Inscrite 8 août 2013 06 h 50

    Ici, le gouvernement élu fait une proposition qui équivault à dire, nous avons gagné les élections et, malgré tout, nous allons mettre en place un gouvernement proportionnel... et, là, l'opposition en veut encore plus...

    Incroyable comme cette opposition démontre du radicalisme et c'est extrêmement dangereux...

    Je trouve que, peu importe les stratégies mises en place par les gouvernements de la Syrie à la Turquie, en passant par la Lybbie, le Yémen, la Tunisie et l'Égypte, tout le Moyen-Orient est totalement déstabilisé depuis les guerres en Afghanistan et en Iraq et depuis qu'Israël a choisi de promouvoir la ligne dure contre le Liban et l'Iran... Les seules qui survivent actuellement se sont les grandes monarchies arabes et amies inconditionnelles des Occidentaux où les femmes ont le moins de respect de leurs droits (peuvent même pas conduire une auto) et où la démocratie est un processus entre petites monarchies qui élisent le grand monarche...