Al-Qaïda revient (encore) hanter les Américains

Washington — Une vingtaine d’ambassades fermées ce dimanche, une alerte du département d’État aux voyageurs et une mise en garde d’INTERPOL suite à une série d’évasions spectaculaires… : la « défaite » d’al-Qaïda, promise par Barack Obama en mai dernier, passe par des soubresauts qui mettent encore à cran les services de sécurité occidentaux cet été. « Al-Qaïda et ses organisations affiliées continuent de planifier des attaques terroristes », « particulièrement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » met en garde le ministère américain des Affaires étrangères dans une « alerte aux voyageurs » invitant ses ressortissants à se montrer particulièrement vigilants durant tout le mois d’août.

 

« C’est sans précédent, la menace doit être très sérieuse pour qu’on ferme un si grand nombre d’ambassades » décrypte Rick Nelson, expert en contre-terrorisme au Center For Strategic and International Studies (CSIS). « Une telle alerte est très exceptionnelle, confirme Robert S. Leiken, auteur d’Europe’s Angry Muslim sur la révolte des musulmans en Europe. L’al-Qaïda auquel nous avons à faire face aujourd’hui n’est plus le même qu’au moment du 11 septembre 2001. Sa tête centrale a bel et bien été décimée, mais l’organisation s’est décentralisée et ses cibles sont très difficiles à prévoir ».

 

Les services américains ont intercepté des « communications électroniques » entre des « dirigeants d’al-Qaïda » qui évoquaient des attaques contre des intérêts occidentaux au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord, ont expliqué plusieurs officiels à Washington. Comme le plus souvent ces dernières années, la menace émane principalement de AQPA, la filiale d’al-Qaïda dans la péninsule arabique, surtout active au Yémen, ont indiqué les services américains, tout en signalant que d’autres pays pourraient être frappés.

Par précaution, les États-Unis ont fermé dimanche leur ambassade au Yémen, cernée hier de blindés et de forces spéciales, mais aussi leurs représentations en Arabie saoudite, Irak, Libye, Algérie, Jordanie, Égypte, Afghanistan, Soudan, en Mauritanie, à Djibouti et dans tous les micro-États du Golfe. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont aussi fermé hier leurs ambassades au Yémen, tandis que le Canada baissait le rideau sur sa représentation au Bangladesh.

 

Dans un message posté jeudi sur Internet, le leader actuel d’al-Qaïda Ayman Al-Zaouahiri a aussi directement appelé à s’attaquer aux États-Unis en représailles à ses frappes de drones au Yémen ou au Pakistan. Dans son discours solennel de mai dernier, où il voyait al-Qaïda « sur le chemin de la défaite », Barack Obama avait promis de limiter ces frappes, mais celles-ci se sont de nouveau intensifiées ces derniers temps. Trois frappes ont été comptées la semaine dernière au Yémen, toujours entourées du plus grand secret, mais qui auraient fait une dizaine de morts selon des sources locales.

Selon plusieurs experts américains, AQPA voudrait répondre à ces frappes et venger ses morts, surtout les plus éminents. De façon peut-être annonciatrice, al-Qaïda dans la péninsule arabique vient de reconnaître, mi-juillet pour la première fois, que son numéro 2, Saïd Al-Chehri, donné pour mort depuis janvier dernier par les autorités yéménites, a été tué par un drone américain. « Deux ans après l’assassinat d’Oussama Ben Laden, il n’y a toujours pas eu d’attaque massive pour le venger, rappelle aussi Rick Nelson, du CSIS. Ce peut-être aussi ce qui se trame ».

 

En parallèle, l’alerte lancée ce week-end par INTERPOL met le projecteur sur une série d’évasions survenues ces dernières semaines.

 

Le 21 juillet, un commando lourdement armé et accompagné de voitures piégées a libéré plusieurs centaines de détenus, parmi lesquels des dirigeants d’al-Qaïda, de la prison d’Abou Ghraib en Irak. Le 27 juillet, plus d’un millier de détenus se sont enfuis d’une prison proche de Benghazi en Libye, avec aussi le concours de combattants extérieurs. Le 30 juillet, des combattants talibans, qui entretiennent aussi des liens avec al-Qaïda, ont libéré quelque 400 prisonniers de la prison de Bannu au Pakistan. Des « centaines de terroristes et d’autres criminels » ont ainsi réussi à s’échapper, avec « l’implication présumée d’al-Qaïda », souligne INTERPOL, qui a fait appel à ses membres pour tenter de traquer les fugitifs.

 

Pour les experts américains, la coïncidence entre ces évasions et les « messages » interceptés par les services secrets confirme que la menace est bien réelle et n’est pas simplement agitée pour faire diversion du scandale des écoutes pratiquées par la National Security Agency, révélées depuis juin par le jeune Edward Snowden. « Je ne pense pas que ce soit l’intention des services, souligne Robert S. Leiken. Mais il est vrai que cette alerte vient renforcer les arguments de la NSA. Elle rappelle aux Américains que oui, il y a bien encore une menace terroriste pesant sur nous ».

À voir en vidéo