Procès de Bradley Manning - La juge maintient toutes les charges

Bradley Manning a reçu des appuis le 4 juillet, jour de célébration de l’indépendance des États-Unis.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mandel Ngan Bradley Manning a reçu des appuis le 4 juillet, jour de célébration de l’indépendance des États-Unis.

Une juge militaire a refusé jeudi d’abandonner l’accusation de collusion avec l’ennemi réclamée par la défense de Bradley Manning, la taupe de WikiLeaks, une décision aux implications potentiellement inquiétantes pour les lanceurs d’alertes.

Ce chef d’accusation passible de la réclusion à perpétuité est le plus grave porté contre le jeune homme de 25 ans, qui dit avoir révélé des centaines de milliers de documents militaires et diplomatiques à WikiLeaks pour « provoquer un débat public » sur la politique étrangère et militaire américaine.

 

Lors d’une audience devant le tribunal militaire de Fort Meade, au nord de Washington, la juge Denise Lind a rejeté une motion de la défense demandant de déclarer Manning non coupable de collusion avec l’ennemi sans attendre la fin du procès. Cette possibilité est offerte quand les procureurs n’apportent aucune preuve à l’appui de ces accusations.

 

Or, selon David Coombs, l’avocat de Manning, au cours du procès l’accusation n’a pas démontré que le soldat avait une connaissance avérée qu’en transmettant ces documents à WikiLeaks, ces derniers pouvaient tomber entre les mains de l’ennemi, en l’occurrence al-Qaïda. Elle n’a pas non plus prouvé qu’il a agi avec une mauvaise intention générale, nécessaire pour qualifier le crime.

 

La juge en a jugé autrement, arguant que l’accusation avait montré que Manning avait suivi un cours lors de son entraînement sur « l’utilisation d’Internet par les terroristes » et qu’en tant qu’ex-analyste de renseignement en Irak « il savait que l’ennemi se livrait à des activités similaires ».

 

Cet arrêt ne préjuge pas de la culpabilité ou de l’innocence de Manning pour ce chef. À ce stade, l’accusation avait juste à montrer qu’elle avait apporté certaines preuves qui en droit devaient être jugées « à la lumière la plus favorable à l’accusation », a rappelé la juge Lind. Or les procureurs estimaient avoir apporté « une montagne de preuves circonstancielles ».

 

La charge de la preuve est plus lourde pour une condamnation puisqu’il faut que l’accusation prouve au-delà de tout doute raisonnable que Manning est coupable de collusion avec l’ennemi.

 

Mais la décision constitue une défaite pour la défense. Le condamner pour ce chef serait s’engager sur une « pente très glissante », a mis en garde David Coombs en présentant sa motion.

 

La décision de la juge Lind est « assez déconcertante du point de vue du premier amendement », qui sanctuarise la liberté d’expression et la liberté de la presse, estime Mary-Rose Papandrea, professeur de droit au Boston College.

 

« Le gouvernement assimile tous les auteurs de fuites à des traîtres, ce qu’ils ne sont pas », affirme-t-elle, pointant la différence entre vouloir aider l’ennemi et informer le public.

 

Widney Brown, un responsable d’Amnesty International, voit dans la décision du juge Lind une « parodie de justice ». « Mettre en ligne une information, que ce soit via WikiLeaks, un blogue personnel, ou sur le site du New York Times, peut constituer une collusion avec l’ennemi », s’indigne-t-il.

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