États-Unis - Trayvon Martin: vague de colère après le verdict

George Zimmerman quittant la cour de Sanford, en Floride, après son acquittement samedi
Photo: Agence France-Presse (photo) Joe Burbank George Zimmerman quittant la cour de Sanford, en Floride, après son acquittement samedi

New York — Des pancartes qui clament « Justice pour Trayvon », des manifestants qui scandent « Pas de justice, pas de paix »… À travers les États-Unis, de Miami à Los Angeles en passant par Washington et New York, des marches et des réactions de colère accueillent l’acquittement de George Zimmerman.


L’homme était accusé du meurtre de Trayvon Martin, adolescent afro-américain tué par balle en février 2012 alors qu’il rentrait chez lui, à Sanford, en Floride. Son comportement avait inquiété ce vigile autoproclamé de 29 ans. Le verdict est tombé samedi soir après dix-sept heures de délibération et trois semaines de procès sous haute surveillance, dans une salle sans fenêtres abritant un jury composé de six femmes dont l’identité est restée secrète afin de ne pas les mettre en danger.


Ce procès fut marqué par des débats houleux dans les médias américains et devant la cour de Sanford, où se retrouvaient d’un côté les défenseurs de Trayvon Martin, arguant que l’adolescent était la victime d’un crime raciste et d’une justice à deux vitesses, et de l’autre les partisans de George Zimmerman, estimant que celui-ci avait fait usage de son droit à la légitime défense. L’affaire a pris une telle ampleur que le Washington Post en est venu à décrire un « procès parallèle » divisant les Américains.


Les faits remontent au 26 février 2012, à Sanford, dans la banlieue d’Orlando. George Zimmerman, homme blanc d’origine hispanique, effectue bénévolement une ronde de voisinage en voiture, dans un quartier qui fit récemment l’objet de cambriolages. Il aperçoit Trayvon Martin, 17 ans, sweat-shirt et capuche sur la tête, sachet de bonbons et téléphone en mains, il n’est pas armé. Il juge son comportement suspect et appelle la police, qui lui suggère de poursuivre sa route. Mais il décide de sortir de sa voiture avec son pistolet 9 mm. Quelques instants plus tard, l’adolescent meurt d’une balle dans la poitrine, sans qu’aucun témoin, hormis Zimmerman, puisse relater les faits. La police locale se saisit de l’affaire, mais elle n’inculpe pas George Zimmerman. Elle estime qu’il a tiré, comme il le dit, en état de légitime défense, après s’être fait agresser par l’adolescent ; en témoignent ses blessures au nez et au visage. Elle conclut qu’il a agi selon la loi Stand Your Ground, l’une des lois les plus permissives aux États-Unis en matière de légitime défense. Celle-ci autorise l’utilisation d’une arme à feu si on sent sa vie mise en péril chez soi, dans un bar ou dans sa voiture. Il est donc libre.


Indignés, les parents de l’adolescent, avec l’aide de figures historiques de la lutte pour les droits civiques, comme le révérend Al Sharpton, lancent alors une pétition pour que Zimmerman soit mis en examen. Ils donnent naissance à un mouvement de soutien à Trayvon à travers le pays, dont la capuche et le sachet de bonbons de Trayvon deviennent les symboles.


Barack Obama se saisit de l’affaire et déclare en mars : « Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon » et appelle à la réouverture de l’enquête. C’est chose faite en avril 2012.


George Zimmerman est inculpé pour meurtre, et se retrouve passible d’une condamnation à la prison à vie. Lors du procès qui s’est enfin ouvert le 24 juin, en Floride, il n’a pas été question de racisme à l’égard des Afro-Américains comme le souhaitaient bon nombre d’Américains scandalisés par cette affaire.


Il s’est agi de reconstituer les faits et de déterminer si George Zimmerman a tiré sur Trayvon Martin en état de légitime défense. Les avocats de Trayvon Martin ont tenté de dépeindre Zimmerman comme un homme « qui a tiré parce qu’il le voulait et non parce qu’il le fallait ». Tandis que Trayvon qui rentrait à la maison « avait tous les droits d’être effrayé par un homme le poursuivant en voiture puis à pied », a ainsi argué John Guy.


En face, les avocats de Zimmerman ont présenté un personnage soucieux de protéger son voisinage contre les cambriolages, qui a identifié un homme inconnu comme « un criminel », qui a tiré parce qu’une dispute a éclaté. Des témoins sont venus appuyer ce récit : un voisin disant avoir aperçu un homme avec des vêtements sombres mettre à terre un autre homme « à la peau claire », avec des mouvements d’arts martiaux ; puis l’un des principaux enquêteurs de la police de Sanford répétant qu’il croyait 7Zimmerman quand il plaidait l’autodéfense. Les témoignages se sont succédé, mais les preuves ont manqué, comme l’a laissé entendre l’avocat de Zimmerman, Mark O’Mara déclarant que la partie civile « présentait un dossier chargé en émotion, mais faible en preuve ».


Le procès s’en est donc tenu à l’interprétation de la loi Stand Your Ground. Et le jury a tranché en faveur de Zimmerman. Après le verdict, Angela Corey, la procureure de Floride, a déclaré que « cette affaire n’a jamais concerné le racisme ni le droit de porter des armes […]. Le droit de porter des armes est un droit dans lequel nous croyons tous. Ce que nous voulons, c’est qu’il y ait un usage responsable des armes, lorsque quelqu’un pense qu’il doit utiliser une arme pour tuer quelqu’un. Il faut être responsable quand on utilise des armes et nous croyons que cette affaire a tout du long concerné les limites à ne pas franchir ».


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Obama lance un appel au calme

Le président américain Barack Obama a appelé au calme dimanche, après l’acquittement de George Zimmerman pour le meurtre du jeune noir Trayvon Martin en Floride, qui a provoqué une vague de protestations dans le pays. « Je sais que cette affaire a suscité des passions intenses. Au lendemain du verdict, je sais que ces passions pourraient s’intensifier. Mais nous sommes un État de droit, et un jury a parlé », a déclaré Barack Obama dans un communiqué, au lendemain du verdict rendu samedi soir. « Je demande maintenant à tous les Américains de respecter les appels à la réflexion dans le calme lancés par deux parents qui ont perdu leur jeune fils », a-t-il ajouté. Le département de la Justice a rappelé de son côté dimanche, dans un communiqué repris par plusieurs médias, qu’une enquête fédérale était ouverte depuis l’an dernier sur l’affaire. « Des procureurs fédéraux expérimentés détermineront si les preuves révèlent une violation des lois fédérales pénales sur les droits civiques, passible de poursuites », indique le texte.


Agence France-Presse

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