Barack Obama arrive en Europe en président affaibli

Manifestation dimanche d’Amnesty International à Belfast, en Irlande, avant le sommet du G8. Barack Obama a déçu les Européens, par exemple au sujet de la fermeture de la prison de Guantánamo.
Photo: Peter Muhly Manifestation dimanche d’Amnesty International à Belfast, en Irlande, avant le sommet du G8. Barack Obama a déçu les Européens, par exemple au sujet de la fermeture de la prison de Guantánamo.

Washington — Barack Obama, empêtré dans une affaire de surveillance secrète des communications mondiales, va devoir mettre à l’épreuve à l’occasion de la première visite en Europe de son second mandat, l’aura qui avait fait de lui une véritable rock star dans les démocraties occidentales.


En 2008, le candidat puis par la suite nouveau président, dont l’ascension personnelle avait suscité l’admiration, avait été accueilli comme un héros en Europe où George W. Bush était détesté dans la plupart des pays.


Le candidat Obama, prophète de l’espoir, avait lancé à 200000 jeunes à Berlin que l’Europe et l’Amérique « devaient refaire le monde, une fois de plus ».


Depuis, autant chez lui qu’à l’étranger, le président américain a pu constater qu’apporter le changement était plus difficile que le promettre.


Tout en respectant ses engagements de mettre fin à la guerre en Irak et se désengager d’Afghanistan l’an prochain, M. Obama a déçu les Européens sur des sujets comme le changement climatique et la fermeture de la prison de Guantánamo.


Maintenant, son administration se retrouve empêtrée dans un vaste scandale de programmes secrets de surveillance des communications par l’agence nationale de sécurité (NSA), révélée le week-end dernier par un ancien consultant.


Les Européens sont parmi les personnes visées par un programme de recueil de données d’Internet concernant les étrangers appelé Prism.


L’homme qui voulait tempérer l’impopulaire « guerre contre le terrorisme » lancée par l’ancien président Bush, devra défendre ce programme à son arrivée lundi en Irlande du nord pour le sommet du G8, avant de partir pour l’Allemagne.


« Évidemment, ce n’est pas une bonne opération de communication pour les Américains et cela rappelle de mauvais souvenirs du second mandat de George W. Bush », indique Michael Geary, expert au Wilson Center.


« Après avoir voulu montrer un pouvoir américain plus conciliant, cela ne va pas rendre Obama et son administration plus populaires en Europe », ajoute-t-il.


La chancelière Angela Merkel, élevée dans une Allemagne de l’Est sous surveillance, a fait savoir qu’elle évoquerait la question à Berlin avec M. Obama.


La Maison-Blanche avait expliqué vendredi que le programme ne se concentrait pas sur des individus mais sur la collecte de métadonnées susceptibles de piéger des « terroristes ». Elle avait fait aussi remarquer que l’Allemagne avait servi de base aux acteurs derrière les attentats du 11-Septembre.


Les dirigeants du G8, qui connaissent le niveau de coopération entre les agences de renseignements européennes et la NSA, vont devoir faire face à des pressions venues de leur propre pays.


Les Européens « vont exprimer en privé leurs inquiétudes », indique Heather Conley, du Centre d’Études internationales et stratégiques, « publiquement, ils seront plus modérés ».


Ben Rhodes, conseiller à la sécurité, a indiqué vendredi à la presse que M. Obama mettrait l’accent sur les précautions prises et discuterait « publiquement » de l’affaire avec les Allemands.


Peu après les révélations sur ce programme, le président américain avait affirmé vouloir un débat public sur la question, tout en évitant de l’engager, et il devrait donner aussi peu d’informations aux Allemands qu’il n’en a données aux Américains.


Néanmoins, Barack Obama détient toujours un capital de sympathie politique en Europe, dont les dirigeants sont embourbés dans des problèmes de chômage et de crise économique.


Il y a un an encore, une étude du Fonds Marshall allemand des États-Unis montrait que 71 % des habitants de 12 pays européens approuvaient la façon dont M. Obama menait sa politique étrangère et soutenaient ses efforts pour combattre le terrorisme international.

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