États-Unis - La NSA espionne le monde entier

Un des salle des serveurs de Facebook, à Prineville, Oregon. Depuis 2007 au moins, la très secrète National Security Agency, chargée du renseignement électromagnétique aux États-Unis, collecte directement toutes les données qui l’intéressent sur les serveurs des géants américains de l’Internet.
Photo: Alan Brandt - Facebook Un des salle des serveurs de Facebook, à Prineville, Oregon. Depuis 2007 au moins, la très secrète National Security Agency, chargée du renseignement électromagnétique aux États-Unis, collecte directement toutes les données qui l’intéressent sur les serveurs des géants américains de l’Internet.

Washington — Les preuves sont là, et même en couleur et graphiques, comme un ABC de l’espionnage pour les nuls : depuis 2007 au moins, la très secrète National Security Agency (NSA, Agence nationale de sécurité), chargée du renseignement électromagnétique aux États-Unis, collecte directement toutes les données qui l’intéressent sur les serveurs des géants américains de l’Internet, révèlent des documents internes confidentiels publiés par le Washington Post et le Guardian. Les deux quotidiens, américain et britannique, se sont notamment procuré un manuel (41 fiches destinées à être projetées aux apprentis espions) détaillant comment la NSA peut se servir dans les serveurs d’au moins sept géants américains de l’Internet pour y extraire tous les fichiers, courriels, vidéos, photos ou sons de son choix. Microsoft a été le premier à rejoindre en 2007 ce programme, appelé PRISM, suivi par Yahoo en 2008, Google, Facebook et Paltalk en 2009, YouTube en 2010, Skype et AOL en 2011 puis Apple en octobre 2012, indique une des fiches de la NSA.


« La plupart des communications mondiales transitent par les États-Unis » poursuit une autre de ces fiches, expliquant aux agents de la NSA que les communications de leurs « cibles » ont de bonnes chances de passer par le territoire américain, même si elles n’y résident pas. « L’appel téléphonique, l’email ou le tchat d’une cible prendra le chemin le moins cher, pas le plus direct physiquement, et vous ne pouvez pas toujours prédire ce chemin » précise la fiche montrant sous forme de graphique que les États-Unis sont bien au coeur de torrents d’échanges avec l’Europe, l’Asie et l’Amérique latine.


Un jour plus tôt, le Guardian avait aussi révélé qu’un des principaux opérateurs téléphoniques américains, Verizon, livrait quotidiennement à la NSA, les relevés téléphoniques de tous ses abonnés. Verizon fournit les numéros des appels nationaux et internationaux, leur date et leur durée, mais pas le contenu des appels, montre une ordonnance secrète, datée du 25 avril et renouvelant pour trois mois (jusqu’au 19 juillet) une demande de remise de ces données.


Plusieurs officiels américains ont confirmé ces pratiques, assurant qu’elles sont parfaitement légales et aussi très utiles. Barack Obama lui-même les a défendues vendredi, soulignant que ces opérations de surveillance ont toutes été « préalablement autorisées par le Congrès » et s’opèrent sous « strict contrôle » parlementaire et judiciaire. La surveillance de l’Internet ne vise pas les citoyens américains ni les résidents aux États-Unis, mais uniquement le reste du monde, a précisé le président. « Je me réjouis que nous ayons ce débat, c’est un signe de maturité », a assuré Obama, tout en déclarant que de son point de vue ces « modestes empiètements sur la vie privée valent la peine ».


Les sociétés accusées de livrer leurs données à la NSA ont elles nié fournir ces données de leur plein gré. Le gouvernement n’a pas « d’accès secret » aux données privées des usagers, a assuré un porte-parole de Google, expliquant ne fournir aux autorités que ce que la loi « exige » et examiner « attentivement » toutes les requêtes qui lui sont présentées. « Nous n’avons jamais entendu parler de PRISM » a juré un porte-parole de Apple. « Nous ne donnons à aucun gouvernement l’accès direct aux serveurs de Facebook » a renchéri Joe Sullivan, chargé de la sécurité du plus grand des réseaux sociaux américains.

 

Centres géants de stockage


Ces écoutes ne sont pourtant pas une surprise pour les experts américains qui ont vu ces dernières années la NSA développer, dans le plus grand secret, des centres géants de stockage et traitement de données. L’agence, dont le siège est à Fort Meade, une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Washington, emploierait plus de 35 000 agents, chargés de ce travail sisyphien de collecte et ratissage des communications du monde entier, mais dans l’opacité la plus totale : même le budget et le nombre d’employés de la NSA sont secrets.


Le caractère massif des écoutes aujourd’hui révélées va enfin permettre un débat public sur ces pratiques, espèrent les défenseurs américains des libertés privées, qui n’ont pas eu beaucoup voix au chapitre ces dernières années. « Le gouvernement américain a mis en place, dans le secret le plus complet, un appareil massif, qui n’a qu’un but : détruire toute vie privée et tout anonymat, non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier, s’insurgeait jeudi soir sur CNN le journaliste Glenn Greenwald, qui travaille depuis longtemps sur ces questions et a décroché les scoops du Guardian. Il est grand temps que nous ayons enfin un débat sur le type de pays et de monde où nous voulons vivre. L’administration Obama menace et harcèle quiconque essaie d’écrire sur ces sujets. Il est plus que temps que cela prenne fin ! »


Dans les rangs démocrates et républicains, plusieurs personnalités déplorent que l’administration Obama ait poursuivi là, et même développé, des pratiques souvent dénoncées du temps de Bush. « Obama réalise le quatrième mandat de Bush » s’est moqué Ari Fleischer, ancien porte-parole de George W.. Les élus spécialistes du renseignement, qui sont depuis longtemps informés de ces écoutes, mais tenus eux aussi au secret, semblent en revanche vouloir plutôt étouffer le scandale aussi vite que possible.

9 commentaires
  • Zohra Joli - Inscrit 8 juin 2013 09 h 38

    Inquiétant mais pas étonnant

    On vit , en Occident, dans l'illusion de la liberté, la démocratie, le droit a la vie privee, etc.
    Entre dictature officielle et contrôle électronique total, la marge est très mince ....
    Big brother a toute la planète fichée sur ses ordinateurs.

  • Eric Allard - Inscrit 8 juin 2013 10 h 23

    Aucune surprise

    Pour toute personne s'étant intéressée à la littérature sur le monde de l'espionnage, il n'y a là aucune surprise.

    Ce qui est choquant, en revanche, c'est que même Obama justifie le contrôle de l'information venant de partout ailleurs sur la planète par le fait que c'est approuvé par le Sénat... Américain, il va de soi.

    Donc, même lui considère que les élus États-Uniens sont les maîtres incontestés du monde. Franchement, quand est-ce qu'il va faire preuve d'honnêteté intellectuelle et remettre son Nobel de la paix?

    • Gaston Carmichael - Inscrit 8 juin 2013 20 h 50

      "Pour toute personne s'étant intéressée à la littérature sur le monde de l'espionnage, il n'y a là aucune surprise."

      Cela fait au moins 25 ans que les É-U intercepte toutes les communications satellitaire. Depuis lors, ils ont ajouté le cellulaire, et même le filiaire.

      Sur internet, on vous offre de faire une copie sauvegarde de toutes vos données sur les fameux nuages (clouds), et cela tout à fait gratuitement. Il faut être un peu naïf pour penser que nos données vont demeurer confidentielles. Qui pensez-vous sont les généreux philanthropes qui vous offre ce service gratuitement?

  • Bernard Terreault - Abonné 8 juin 2013 10 h 47

    Services secrets

    "Secret", cette appellation dit tout. Si on n'en veut pas, il faut abolir les services secrets et ne leur donner aucun budget.

  • Patrick Lépine - Inscrit 8 juin 2013 12 h 11

    Dans le secret de Dieu...

    Les agents de la NSA depuis le temps ont bien dû finir par trouver qui il était, ils peuvent peut-être enfin nous dire qui se trouve tout en haut de leur hiérarchie...

    Est-ce Obama? Ou si celui-ci n'est qu'un pion qu'on fait chanter comme les autres? Est-ce quelqu'un d'autre?

    La justification de leur travail réside peut-être dans cette révélation. À moins bien entendu qu'ils ne commettent le péché, toujours porteur de honte.

  • Denis Paquette - Abonné 8 juin 2013 13 h 11

    Des milliards de milliards de gigas, au service de l'humanité

    Pourquoi aurait-il laisser cet outils proliferé si n'était pas pour s'en servir. Ca fait lontemps qu'il ont compris que les humains sont comme les marées qu'il vaut mieux les laisser faire, ca les rend heureux et leur donne l'impression d'exister, Bon il fut un temps ou ils faisait comme Dubai, et essayait de construire l'édifice le plus haut, mais a la longue ca devient ennuyant, pourquoi alors, ne pas investir dans les communications. Bon c'est un outils qui n'est pas parvenu a son apoger, il y a tout le quantique a explorer, c'est milliards de milliards de milliards de gigas-octets a discipliner et qui sait peut etre le monde a domter.