«Obama est un Bush sous stéroïdes»

Ancien analyste militaire, auteur de plusieurs livres sur la NSA, James Bamford dénonce depuis longtemps les pratiques ultrasecrètes et invasives de cette agence de renseignement. Les révélations du Guardian et du Post n’ont fait que confirmer ses soupçons.

 

Ces révélations sont-elles vraiment nouvelles pour vous ?


Beaucoup de gens, moi compris, suspectaient depuis longtemps la NSA de se livrer à ces pratiques. Mais c’est la première fois que des documents officiels et confidentiels de la NSA viennent confirmer qu’ils surveillent ainsi les téléphones et Internet.

 

À quoi cela sert-il ? Pourquoi collecter une telle masse de données ?


C’est la nature de la bête. Par nature, la NSA veut grossir toujours plus, collecter toujours plus d’informations. Le problème est que cela ne produit aucun résultat tangible. Ils font cela depuis longtemps, au moins six ou sept ans, et cela n’a pas empêché les attentats de Boston ou la tentative d’attentat à Times Square. Lorsqu’on cherche une aiguille dans une botte de foin, il ne sert à rien de rajouter toujours plus de foin. La méthode semble même plutôt contre-productive : plus on a d’informations, plus il est difficile d’y trouver ce que l’on cherche.

 

Ces révélations vont-elles rouvrir le débat et mener à des correctifs ?


Je ne m’attends pas à un grand débat ni à un grand changement. Aux États-Unis, il suffit que le gouvernement prononce le mot « terrorisme » pour que les gens renoncent de bon coeur à la protection de leur vie privée. Au Congrès, les élus ont aussi peur de voter contre ces mesures dites « antiterroristes » : ils redoutent qu’à l’élection suivante leurs rivaux les accusent de faiblesse.


 

Barack Obama n’est donc pas meilleur que George Bush sur ce plan ?


En matière de renseignement ou de politique étrangère, Obama est un Bush sous stéroïdes. Il a triplé le nombre de soldats en Afghanistan, multiplié par dix les frappes de drones et, pour la première fois, utilisé des drones pour tuer des citoyens américains, sans autre forme de procès. Sur le front intérieur, il a étendu les activités de surveillance de la NSA. Sur pratiquement tous les tableaux, il est allé plus loin que Bush.


Connaissez-vous des exemples où cette surveillance a été utilisée contre des personnes qui ne sont pas des terroristes ?


Le danger est que tout cela se fait en secret. Dès que quelqu’un apparaît comme suspect, il est placé sur une « watch list », qui compte maintenant plus de 700 000 noms. La liste inclut des morts ou des gens qui n’ont rien à voir avec le terrorisme. Même le sénateur Ted Kennedy s’était ainsi retrouvé pendant trois mois sur une liste de personnes interdites de vol ! Quelqu’un qui appelle l’ambassade d’Iran pour se renseigner sur un visa de tourisme peut se retrouver sur la liste. Ensuite, on ne sait jamais comment cela peut l’affecter : il peut se voir écarté d’un poste administratif, d’une demande de crédit public…


Mais tout cela est légal, couvert par le Patriot Act ?


Le gouvernement peut toujours dire que ce qu’il fait est légal. Il suffit que ses avocats rédigent un mémorandum. Jamais un officiel n’expliquera qu’il est en train de violer la loi.

 

Un Français qui converse avec un interlocuteur basé sur un autre continent doit-il s’attendre à ce que la NSA suive sa conversation ?


Oui, la mauvaise nouvelle est que les Google, Yahoo ! et autres sont basés aux États-Unis et fournissent leurs données à la NSA. Cela devrait d’ailleurs inciter les autres pays à développer leurs propres fournisseurs de services, ne serait-ce que pour protester contre ces intrusions. De quel droit la NSA peut-elle lire les conversations du monde entier simplement parce qu’elle a peur des terroristes ? C’est ridicule.