Viols, agressions et harcèlement dans l’armée - Les généraux américains veulent rester maîtres de la justice

Il y aurait eu 3374 cas d’agressions sexuelles dans l’armée en 2012, un chiffre certainement sous-estimé, selon certains.
Photo: François Pesant Le Devoir Il y aurait eu 3374 cas d’agressions sexuelles dans l’armée en 2012, un chiffre certainement sous-estimé, selon certains.

Tous les grands responsables militaires américains étaient convoqués mardi au Sénat américain par des élus impatients de réformer la justice militaire, qui s’est révélée incapable jusqu’ici de freiner la recrudescence d’agressions sexuelles dans l’armée.

Les chefs de tous les grands corps de l’armée américaine et le chef d’état-major interarmées, le général Martin Dempsey, ont subi un interrogatoire musclé de la part des sénateurs, consternés par les statistiques des viols, agressions et harcèlements sexuels dans l’armée. Un rapport du Pentagone a montré une augmentation de 6 % des agressions sexuelles en un an, à 3374 cas en 2012, un chiffre certainement sous-estimé, selon les auteurs. Et plusieurs affaires récentes ont porté le problème à la Une de l’actualité aux États-Unis.


La hiérarchie militaire est cependant sur la défensive et tente de convaincre le Congrès, qui prépare plusieurs lois, de préserver le pouvoir des commandants militaires sur la procédure de mise en accusation dans les cas d’agressions sexuelles.


« Nous ne pouvons pas régler ce problème sans un changement de culture au sein de l’armée », a déclaré Carl Levin, président démocrate de la commission de la Défense, jugeant indispensable d’établir « une politique de tolérance zéro contre les délits sexuels ».

 

Un rôle central


« Nous agissons rapidement et délibérément pour changer une atmosphère devenue trop complaisante », lui a répondu le chef d’état-major interarmées, le général Martin Dempsey. Mais « le rôle du commandant doit rester central », a-t-il averti. « Notre but devrait être de rendre les commandants plus responsables, et non de les rendre moins capables de corriger cette crise. La responsabilité du commandant pour préserver l’ordre et la discipline est essentielle. »


Le patron de l’armée de Terre, le général Ray Odierno, a énuméré les mesures mises en place depuis deux ans, comme une formation pour que les officiers rapportent toute plainte à leurs supérieurs. Et il a insisté pour que l’autorité militaire du commandant d’une base reste incontestable. « La majorité des problèmes constatés ne sont pas le fruit de la faillite de notre système de justice militaire, mais plutôt celui de l’incapacité de quelques commandants et responsables à gérer correctement ce système », a-t-il déclaré.


« Sans équivoque, je crois que le maintien du rôle central du commandant au sein du système judiciaire militaire est absolument crucial », a dit le général.


Des exemples


Un général de l’armée de l’air a annulé au début de l’année un jugement contre un officier qui avait été condamné pour agression sexuelle. Le mois dernier, un officier de l’armée de l’air chargé de la prévention contre les violences sexuelles avait été interpellé en état d’ébriété après avoir agressé sexuellement une femme.


Et récemment, trois joueurs de football américain de l’académie navale d’Annapolis ont été accusés de viol par une soldate.


Pas moins de sept projets de réforme ont été déposés au Sénat. Une mesure empêcherait un commandant militaire de modifier ou annuler le jugement d’une cour martiale. Une autre rendrait systématique l’attribution d’un avocat spécialisé pour les victimes d’agressions sexuelles, une mesure déjà testée depuis janvier au sein de l’armée de l’air. Un autre texte irait plus loin en créant une autorité judiciaire indépendante de la chaîne de commandement pour déterminer la suite à donner à une affaire.


Le républicain James Inhofe a toutefois freiné les ardeurs de ses collègues démocrates. « Nous ne pouvons pas abolir les agressions sexuels en votant des lois », a-t-il mis en garde. « Nous devons donner à nos responsables militaires l’occasion de mettre en place les changements votés récemment et de contrôler leur efficacité », a-t-il demandé, en référence à 10 mesures votées en décembre contre les violences sexuelles.

8 commentaires
  • David Rainville - Inscrit 5 juin 2013 01 h 31

    Nouveau documentaire sur le sujet

    Si le sujet vous intéresse, il y a un nouveau documentaire américain intitulé The Invisible War et qui fait état, à l'aide de nombreux témoignages, de cette situation qui ne peut plus durer. Petite question: à quand une étude sur le même sujet pour l'armée canadienne?

    http://www.democracynow.org/2012/1/30/the_invisibl

  • Jacques Boulanger - Inscrit 5 juin 2013 07 h 03

    Nos valeureux

    Sans vouloir faire de l’élitisme. Avouez que l’armée, c’est pas la crème de la crème. J’ai eu l’occasion de fréquenter d’assez près nos valeureux militaires et disons qu’au plan intellectuel ça volait pas plus haut qu’un Jacques Villeneuve. Alors, j’imagine qu’aux «states», c’est pas mieux.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 5 juin 2013 13 h 16

      D'un autre côté, c'est une nécessité militaire de ne recruter que des idiots dociles : il est stipulé dans le code qu'un militaire ne doit pas remettre en question un ordre ou même réfléchir aux enjeux d'un conflit. Il pourrait refuser d'obéir, ce qui mettrait en danger son camp. En plus, ça permet au soldat de répondre qu'il n'a fait qu'obéir, comme Eichmann.

      Le pire, et le plus horrible, est nous les envoyons valeureusement sauver les femmes afghanes ou libyennes, alors que ce sont ces pauvres garçons qui devraient être sauvés.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 5 juin 2013 15 h 59

      C'est pas une question d'intelligence, mais une question de perception de pouvoir.

      L'armé est pleine de gens corrects, qui cherche le sentiment d'utilité et de travail d'équipe.

      Le problème, c'est que le pouvoir absolu, corrompt absolument. On est peut être en présence d'un système, d'une sous-culture bien implantée. Le monde se réveil.

      C'est un travail pour.....super commission Charbonneau.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 5 juin 2013 07 h 23

    L'uniforme et le mâle

    Revêtu d'un uniforme, le mâle de l'espèce se transforme en brute imbécile. C'est vrai au hockey, dans la police, dans l'armée. On appelle cela «l'esprit de corps».

    Desrosiers
    Val David

    • Michel Gagnon - Inscrit 5 juin 2013 11 h 24

      J'avoue être plutôt d'accord avec votre affirmation par ailleurs un peu radicale, toutefois (j'éviterais de trop généraliser).
      Je crois fermement que tout comportement ou geste «d'allure criminelle» (viol, agression, assaut, etc.) commis à l'intérieur de ces organisations (que ce soit l'armée, la police, le hockey, ou toute autre), devrait être soumis au système de justice civil, comme c'est le cas pour tout citoyen, et non traité à l'intérieur de ces organisations avec leurs règles particulières, comme c'est le cas présentement.
      Si on accepte cette situation, alors comment pouvons-nous nous opposer à la demande d'un musulman Canadien d'être jugé selon la loi du Coran plutôt que selon le code criminel canadien? Il fait lui aussi partie d'une organisation et demande à être jugé selon les règles particulières de cette organisation.
      Qu'est-ce qui doit primer dans une société: les règles de l'ensemble de la société, ou les règles particulières d'une organisation à l'intérieur de cette société?

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 juin 2013 12 h 56

      Et la matricule 728, c'était un mâle, peut-être?

  • Georges LeSueur - Inscrit 5 juin 2013 09 h 06

    Analyse de la situation

    Les abus perpétrés dans l'armée sont inhérents à la structure même des armées (ou de la police ?) autrefois réservés aux hommes.
    Une armée combattante exalte la virilité et la testostérone pour motiver ses troupes auxquelles on demande efficacité et muscle avant tout.
    L'état-major doit avoir des soldats obéissants et rompus aux exercices facilitant les opérations. Ils doivent tous être jeunes et disposés à l'action au commandement, sans hésitation.
    Pas question de philosopher sur les justifications d'un ordre reçu.
    Il est certain que dans ces conditions, les femmes intégrées dans ces unités actives amènent des problèmes en raison de l'intimité induite par les activités.

    Les femmes engagées dans l'armée avaient autrefois un rôle de soutien et étaient assez protégées en ayant des quartiers et cafétéria séparés et surveillés. Ce qui semble moins être le cas.
    Les officiers supérieurs ayant couvert les abus, même les viols, par leurs subordonnés, donnent primauté -à tort- au droit militaire sur le droit civil pour renforcer leur pouvoir et leur autorité.
    Le ministère doit intervenir et demander une réforme en profondeur des structures pour assurer la sécurité des femmes dans les rôles qu'on leur attribue.