Terreur au marathon de Boston

Un marathonien tombé par terre après l’explosion de la seconde bombe regarde des policiers courir autour de lui.
Photo: John Tlumacki Associated Press/The Boston Globe Un marathonien tombé par terre après l’explosion de la seconde bombe regarde des policiers courir autour de lui.

Deux bombes ont explosé lundi près de la ligne d’arrivée du marathon de Boston, faisant au moins trois morts, dont un enfant de huit ans, et plus de 130 blessés, ont déclaré les autorités américaines. Et le bilan aurait pu être bien pire, puisque deux autres bombes ont été découvertes par la police, avant qu’elles n’explosent.

« Je venais de franchir la ligne d’arrivée quand la première explosion a eu lieu », explique Jean-Claude Drapeau, qui faisait partie d’un contingent de 95 coureurs québécois, qui se sont rendus à Boston.


Les deux bombes ont explosé à moins de 90 mètres de M. Drapeau, mais il s’en est sorti indemne, tout comme les autres membres de son groupe. Mais pour ces coureurs habitués à l’ambiance bon enfant des marathons, c’était l’effroi.


« La personne qui était la plus proche de l’explosion était affectée par ça […] mais elle n’a rien eu, si ce n’est toute l’émotion que génère un tel événement », a raconté M. Drapeau, en entrevue téléphonique au Devoir.


M. Drapeau estime que la première bombe, qui a explosé en face des estrades, aurait pu faire bien plus de victimes si elle avait été placée en dessous de celles-ci, car des dizaines de personnes y avaient pris place.


Quelques minutes seulement après les explosions, les images de scènes de carnage, parfois insoutenables, étaient diffusées sur les chaînes de télévision, mais aussi sur les réseaux sociaux. Si, lundi, les autorités américaines ne connaissaient pas les motivations des poseurs de bombes, une chose était certaine : s’il s’agissait d’un attentat, les auteurs voulaient s’assurer le maximum d’exposition médiatique. En effet, la ligne d’arrivée était filmée en permanence par plusieurs caméras et, en plus des 26 000 coureurs, des milliers de spectateurs avaient fait le déplacement pour assister à l’événement annuel, qui a plus d’un siècle. « C’est la journée la plus heureuse à Boston normalement, parce que tout le monde s’encourage, et il y a aussi beaucoup des coureurs qui courent pour des fondations, ça nous affecte beaucoup ici », a expliqué Matthieu Trudeau, un Québécois qui réside à Boston et qui a couru le marathon cette année. Mais cette journée traditionnellement joyeuse s’est transformée en cauchemar.


Alors que, près de 12 ans après les attentats du 11-Septembre, le pays sous le choc se demandait s’il venait d’être victime d’une nouvelle attaque terroriste, le président américain n’a pas utilisé le mot attentat. Mais s’adressant solennellement aux Américains depuis la Maison-Blanche, il a promis que les auteurs du carnage devraient « rendre des comptes ».


« Nous n’avons pas encore toutes les réponses. Nous ne savons pas encore qui a fait ça, ou pourquoi », a-t-il déclaré. « Mais nous trouverons, et ceux qui sont responsables, individus ou groupes, sentiront tout le poids de la justice », a-t-il ajouté.


Un haut responsable à la Maison-Blanche, parlant sous couvert d’anonymat, a évoqué un « acte terroriste ». « N’importe quel événement avec plusieurs engins explosifs - comme il semble que ce soit le cas - est clairement un acte terroriste », a-t-il déclaré. « Mais nous ne savons pas qui l’a commis, et une enquête exhaustive devra déterminer si cela a été préparé et commis par un groupe terroriste, étranger ou pas ». Quelque 23 000 coureurs, dont plus de 2000 Canadiens, ont participé au marathon, l’un des plus anciens et prestigieux au monde. La course a lieu le jour des Patriotes, qui commémore les premières batailles de la révolution américaine à Concord et Lexington en 1775.


Le commissaire de la police de Boston, Edward Davis, a demandé aux gens de rester à l’intérieur et d’éviter les foules alors que des escouades s’affairaient à vérifier tous les sacs et objets abandonnés le long du parcours du marathon.


Il a affirmé que les enquêteurs ne savaient pas si les bombes avaient été dissimulées dans des boîtes aux lettres ou des poubelles et que les autorités n’avaient pas reçu de renseignements concernant une possible attaque avant l’événement.


L’administration de l’aviation fédérale américaine a suspendu les vols à basse altitude dans un périmètre de sécurité autour du site des deux explosions.


Barack Obama a été informé de la situation par sa conseillère à la sécurité nationale, Lisa Monaco. Il a assuré au maire de Boston, Tom Menino, et au gouverneur du Massachusetts, Deval Patrick, que son administration leur fournirait tout le soutien dont ils avaient besoin.


« Soyez sûrs que nous ferons la lumière sur cette affaire», a déclaré M. Obama.


À quelques kilomètres de la ligne d’arrivée du marathon et presque à la même heure, un feu a éclaté au musée John F. Kennedy. Le commissaire Davis a affirmé que l’incendie était peut-être d’origine criminelle, mais qu’il ne semblait pas être lié aux deux explosions.


Lors de l’incident, quelque 17 000 coureurs avaient terminé la course, mais des milliers d’autres étaient toujours sur le parcours. Les policiers se sont frayé un chemin entre les participants qui poursuivaient le marathon afin de porter secours aux blessés.


La ligne d’arrivée du marathon de Boston ressemble à un goulot d’étranglement, selon Jeanne-Évelyne Turgeon, qui faisait partie des 355 Québécois qui s’étaient inscrits à la course annuelle. « C’est le moment de la journée où il y avait le plus de monde amassé au même moment au même endroit », relate-t-elle, en entrevue téléphonique avec Le Devoir.


Elle se trouvait à plusieurs centaines de mètres lorsque les explosions se sont produites, mais sa fille n’était pas loin de la ligne d’arrivée. « Nous, on devait aller récupérer notre fille qui était là-bas avec nos autres amis, on disait qu’il fallait aller récupérer tout le monde avant de partir de là.» Il lui a cependant fallu de longues minutes, avant de pouvoir rejoindre ses proches, qui s’en sont tirés sains et saufs. Dans les grandes villes américaines, les services de sécurité sont sur le qui-vive. Les services de police de New York et de Los Angeles ont annoncé lundi qu’ils avaient renforcé la sécurité aux abords des hôtels et d’autres lieux importants de la ville à la suite des explosions survenues à Boston.



Avec l'Agence France-Presse

18 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 16 avril 2013 02 h 17

    Attentat de Boston : Terrorisme d’extrême droite “made in USA” ?

    Ce lundi 15 avril, après la tragédie de Boston, les mots-clic les plus utilisés sur Twitter étaient “BostonMarathon” en premier lieu, suivi immédiatement de “PrayforBoston”, alors que “Muslims” se trouvait peu après ceux-ci ! Des sites islamophobes ont rédigé des titres tels que «Jihad in Boston» (jihadwatch.org), tandis qu’un certain Erik Rush (de Fox News), écrivait sur Twitter à propos des musulmans, affirmant qu’ils étaient à «blâmer» pour la tuerie de Boston: «They’re evil. Let’s kill them all».

    Ce scénario d’une sordide agitation islamophobe ressemble à celui qui avait été observé lors de l’attentat d’Oklahoma City en 1995, alors que l’on désignait des musulmans comme “coupables”, avant que soit mise à jour la piste de deux néonazis, héritiers politiques du réseau terroriste The Order/Aryan Nation.

    Très curieusement, le Magazine du quotidien Boston Globe publiait cette fin de semaine un dossier sur la “Gun Valley”, l’industrie de l’armement située au Massachusetts, avec des témoignages tels que «Everybody’s nervous that Obama’s going to pass some law that you’re not going to be able to buy ammo or guns, or that he’s going to go in your house.» («Tout le monde est nerveux sachant qu’Obama s’apprête à passer une loi qui fera que vous ne pourrez plus acheter des munitions ou des armes, ou qu'il va s’introduire dans votre maison.»)

    Comme ce fut le cas à Oklahoma City, on ne peut exclure la possibilité que l’attentat de Boston ait été perpétré par une cellule terroriste d’extrême droite, dans une réaction aux projets gouvernementaux de contrôle des armes à feu. La symbolique états-unienne de la journée du 15 avril, et d'autre part la réputation pacifiste du Massachusetts, avec ses lois restreignant la possession des armes, sont-elles à considérer ? Le précédent de 1995 devrait en tout cas être rappelé pour prévenir la construction précipitée d’un mythe du “Jihad de Boston”.

    Yves Claudé - sociologue (@ycsocio)

    • Yves Perron - Inscrit 16 avril 2013 06 h 55

      Je me demande comment le National Rifle association va faire sa récupération . Il est très possible même probable que cette tragédie soit reliée à un des nombreux groupuscules de l'extrême droite très Américaine.

    • France Marcotte - Inscrite 16 avril 2013 07 h 17

      Et le jour des deux tours aussi on connaissait les coupables avant même de les avoir cherchés.

      Une justice avec des dons de clairvoyance, quoi.

      Les preuves deviennent superflues.

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 16 avril 2013 07 h 46

      Vous avez raison, d'un côté des gens extrême accuse immédiatement les Musulmans et de l'autre côté, des gens qui aiment trouver toutes les solutions possibles pour nous dire qu'ils sont peut-être coupables eux-mêmes.

      Les gens sensés attendent de voir tout simplement sans porter de jugement et n'ont surtout pas besoin d'avoir les idées tordues des autres.

      Dominic Lamontagne techn.

    • Louis Farzam - Inscrit 16 avril 2013 08 h 30

      Le 15 Avril est le "tax deadline" aux USA et cette année correspond aussi au jour de l'indépendance d'Israel. C'est pourquoi les médias n'ôsent pas trop s'avancer sur une piste qui soit d'extrême droite, d'islamistes ou d'individu dérangé.
      Et vous le sociologue accusez des gens de précipiter l'accusation des uns en accusant les autres.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 16 avril 2013 09 h 59

      Vous avez raison. Friande d'émissions judiciaires, documentaires et non de fictions, je sais depuis longtemps que la majorité des décès qui découlent du terrorisme, aux USA, quand on les additionne, sot le fait du terrorisme intérieur, et cela même en tenant compte de ceux du 11 septembre.

      La piste d'une droite qui s'oppose à toute modification de la législation sur les armes à feu, et des petits rejetons de la NRA, me semble la plus crédible, et porrait viser à démontrer que celles-ci ne sont que de la petite bière comparées à ce que pourrait faire une bombe. Mais habiles ils y seraient allé mollo: beaucoup de bruit et de fumée... mais 3 bombes, 2 décès.

      Ces rétrogrades feignent d'ignorer (bizarrement le président n'en fait pas tellement mention non plus) que la constitution a été rédigée à une époque ou les armes dites offensives n'existaient pas encore, alors cet amendement est devenu désuet. Qu'on l'affirme haut et fort constituerait une raison convaincante et imparable pour modifier ce maudit 2e amendement, ou à tout le moins modifier la loi, ce qui serait plus simple. Si non... bientôt un bazooka sera une arme acceptable pour défendre les écoles et les cinémas.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 16 avril 2013 10 h 10

      À M. Farzam: Pour vous... penser et réfléchir puis en publier les fruits semble être un crime.

      Pourtant c'est ce que vous faites vous-même, sans aucune preuve non plus, avec une théorie qui ne vaut pas plus que les autres.

      Bizzare! Vous n'aimez pas les sociologues?

    • François Robitaille - Inscrit 16 avril 2013 10 h 13

      @Yves Claudé: Les américains ne sont pas tous des fous et islamophobes, votre généralisation me fait peur.

    • Yves Claudé - Inscrit 16 avril 2013 14 h 37

      À Messieurs Farzam et Robitaille,

      Mes propos, nuancés, ne peuvent être qualifiés d’«accusations» ou de «généralisation»…! Les faits que je présente sont vérifiables, et sont associés justement à une prudence par rapport aux attitudes que vous me prêtez.

      Yves Claudé

    • François Robitaille - Inscrit 17 avril 2013 09 h 32

      Je viens de vous relire, et en effet, ce n'est que de tristes constatations... Les gens sont maléables, c'est triste...et universel. Nous vivons dans un monde de dualité et c'est malsain!

    • Yann Ménard - Inscrit 17 avril 2013 11 h 37

      M. Claudé,

      Je comprends votre avertissement mais, comme je l'écris plus bas, je crois que la situation a bien changé depuis Oklahoma City. Nathalie Petrowski abonde d'ailleurs dans ce sens aujourd'hui dans la Presse. Mais bien sûr, si on se fie à Jihad Watch et Fox News... (Ou même Twitter...)

      Considérez seulement la réaction lors du déroulement de l'affaire Mohamed Merah, avant qu'on ne connaisse son identité : les médias n'en avaient que pour un complot d'extrême-droite, alors que les faits pointaient assez clairement vers un djihadiste dès le deuxième meurtre. Même ensuite, une bonne partie de l'opinion publique exprimait la conviction qu'on ne pouvait -- qu'on ne devait! -- pas faire "des amalgames" et se faisait un devoir de relativiser la situation en rappelant Breivik. (Et ce, malgré la révélation de manifestations publiques et de messages de support envers Merah de la part de jeunes musulmans français!) Ou encore, pour revenir aux USA, considérez la quasi-totale absence de "backlash" violents antimusulmans suivant le 11 septembre. (À ce jour, les actes antisémites demeurent beaucoup plus fréquents aux États-Unis que ceux "islamophobes".)

      Ce qui me fascine le plus dans tout ça, comme je le dis dans mon autre commentaire, c'est de constater à quel point beaucoup de gens semblent «désirer» qu’il s’agisse de quiconque sauf de terroristes islamistes cette fois-ci. Certains l’expriment même en ces mots exacts (voir la couverture du Monde, mais aussi de nombreux commentaires sur différents site de médias et blogues d’actualité). L’ethnologue en moi constate à quel point nous avons besoins que les faits confortent nos grilles d’analyse et notre sens de la morale. Et ici, je vois la présence forte d’une grille d’analyse dans laquelle aucun groupe en particulier ne doit avoir le monopole de l’infamie, et où le sentiment d’autocritique demeure le plus important, semble-t-il. Ç’aurait été bien différent il y a à peine 20, 30 ou 50 ans.

      Bien à vous

  • Umm Ayoub - Inscrite 16 avril 2013 04 h 52

    Détraqué !


    Il faut vraiment être détraqué pour faire une chose pareille !

  • Claude Ferguson - Inscrit 16 avril 2013 05 h 44

    Que des pistes

    Le 15 avril, c'est aussi le jour de la naissance du fondateur de la République démocratique populaire de Corée, Kim Il-Sung,

  • Minona Léveillé - Inscrite 16 avril 2013 09 h 20

    Lâche, honteux et déshonorant

    Le terrorisme est l'arme des lâches entre les lâches! Car il faut être d'une lâcheté sans nom pour attaquer des civils, qui plus est des civils qui ne se doutent de rien! Dans la plupart des cultures, attaquer des innocents (dont des enfants), désarmés, par surprise ou de dos est considéré comme honteux et déshonorant!

    Même au Farwest, dont on se sert souvent comme référence pour désigner une société violente sans foi ni loi, les meurtriers avaient plus d'honneur! Même les Kamikazes japonais, dont on a récupéré le nom pour désigner les auteurs d'attentats-suicide, n'attaquaient pas des cibles civiles.

  • Jeff Cavalero - Inscrit 16 avril 2013 10 h 26

    Le déshonneur est gratuit et rapide

    Le dédhonneur est gratuit et rapide, comme le rapprochement quelconque que l'on peut en faire avec le débat sur les armes, comme la simplicité d'esprit qui se détroune de cette tragédie pour l'utiliser au lieu de maintenir un sain moment de silence, ou comme celui qui s'en fout. Mais au moins, celui qui s'en fout, on s'en fout aussi.

    Si vous voulez commentez cette évènement, merci de ne pas faire preuve du même déshonneur qu'habite probablement ceux qui en sont les coupables.