États-Unis - Obama érige un statut aux clandestins


	Barack Obama avait promis une réforme des lois sur l'immigration en 2008, lors de sa première campagne présidentielle. 
Photo: La Presse canadienne (photo) Carolyn Kaster

Barack Obama avait promis une réforme des lois sur l'immigration en 2008, lors de sa première campagne présidentielle. 

Tout empreint encore de morale chrétienne, ce compromis demande seulement à ces clandestins de se déclarer auprès du gouvernement et de faire repentance sous forme d’une amende et du versement des impôts auxquels ils ont échappé. Un contrôle de police serait aussi effectué pour exfiltrer les « criminels », promis - comme c’est déjà le cas actuellement - à l’expulsion. Barack Obama sera mardi au Nevada, un État où les Latinos représentent 27 % de la population, pour rappeler qu’il compte bien faire de ce thème une « priorité » de son deuxième mandat.


Permettre la légalisation d’un si grand nombre de clandestins serait « vraiment une très grande première », souligne Mary Giovagnoli, directrice de l’Immigration Policy Center, un think tank qui plaide depuis longtemps en vain à Washington pour une telle réforme. « Le précédent programme majeur de légalisation de sans-papiers aux États-Unis remonte à 1986 et concernait près de 4,5 millions de personnes, rappelle cette experte. Si le nombre de personnes à légaliser est aussi élevé aujourd’hui, c’est d’ailleurs parce que les procédures ont été très restrictives, ces dernières années, et que de nombreux chemins permettant l’acquisition de la citoyenneté ont été bouchés. »


Une fois légalisés, les immigrés pourront aussi demander l’accès à la citoyenneté américaine, prévoit le compromis présenté lundi par les sénateurs, tout en entourant cette procédure de nombreux garde-fous.


Les dossiers des personnes déjà présentes aux États-Unis seront placés « en bas de la pile », c’est-à-dire après seulement tous ceux déjà déposés par les candidats qui ont patiemment attendu leur tour dans leurs pays d’origine, ont fait préciser les républicains. Le statut de résident permanent ne sera aussi accordé que lorsque les frontières des États-Unis seront jugées suffisamment étanches, ont exigé les républicains. Pour éviter que ces légalisations ne génèrent une nouvelle vague d’immigration clandestine, le compromis réclame des contrôles renforcés aux frontières, par le moyen notamment de drones et d’un nombre accru d’agents de sécurité.


Une « chance exceptionnelle » s’ouvre aujourd’hui pour mener à bien une telle réforme, qui, en 2007, sous la présidence Bush, et en 2011, à nouveau sous Obama, s’était enlisée au Congrès, veulent croire démocrates autant que républicains à Washington. Aux dernières élections de novembre 2012, les Latinos, particulièrement sensibles à cette question de la légalisation de leurs proches, ont représenté 10 % de l’électorat, et leur poids devrait encore s’accroître fortement ces prochaines années. Barack Obama leur doit en grande partie sa réélection : 71 % des Latinos ont voté pour lui.

 

Artisans du compromis


Plus que jamais, les républicains ont surtout constaté qu’ils étaient en train de s’aliéner une partie de plus en plus importante de l’électorat avec leur rhétorique hostile, exhortant les clandestins à « s’autodéporter » lors de la dernière campagne. « Nous sommes en train de dramatiquement perdre le vote latino, qui devrait nous être acquis », plaidait ainsi dernièrement le sénateur républicain John McCain, qui est l’un des artisans du compromis bipartisan présenté lundi. Côté républicain, les partisans de la réforme comptent aussi sur l’entregent du jeune sénateur Marco Rubio, d’origine cubaine. Nouvelle tête d’affiche du parti, déjà donné comme un possible candidat à la Maison-Blanche en 2016, Marco Rubio va répétant que le statu quo équivaut à cette « amnistie de facto » que disent redouter ses amis conservateurs. De fait, les millions de clandestins peuvent actuellement scolariser leurs enfants aux États-Unis ou bénéficier des services d’urgence à l’hôpital, tout en travaillant généralement au noir et ne payant pas ou peu d’impôts.


« L’approche retenue par les sénateurs est très complète [les sénateurs proposent aussi des procédures de légalisation accélérées pour les travailleurs agricoles ou les étudiants dont les employeurs américains sont le plus avides] et les chances que cette réforme puisse être adoptée semblent meilleures que jamais ces dernières années », se réjouit déjà Mary Giovagnoli. Ces propositions vont maintenant devoir être transformées en loi, ce qui va prendre plusieurs mois. Les résistances risquent d’être plus fortes à la Chambre des représentants, à majorité républicaine, et tout peut encore dérailler si les négociations budgétaires nécessaires d’ici là s’enveniment entre démocrates et républicains.


Mais le début du processus au moins est prometteur, et Obama a indiqué vouloir mettre tout son poids dans cette bataille, comme il l’avait fait pour la santé durant son premier mandat. Réussir sur l’immigration serait une autre façon pour lui de « faire l’histoire », comme il a en encore bien l’intention.

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