Le retour du président progressiste - Le nouvel optimisme de Barack Obama

Barack Obama et sa femme, Michelle Obama, saluant la foule lors du défilé qui les a menés du Capitole jusqu’à la Maison-Blanche après la cérémonie d’investiture qui s’est déroulée lundi à Washington.
Photo: Charles Dharapak - Associated Press Barack Obama et sa femme, Michelle Obama, saluant la foule lors du défilé qui les a menés du Capitole jusqu’à la Maison-Blanche après la cérémonie d’investiture qui s’est déroulée lundi à Washington.

Washington, D.C. — Barack Obama est venu donner tort lundi midi à ceux qui croyaient son progressisme mort et enterré après un premier mandat fort en compromis. À l’occasion de sa seconde cérémonie d’investiture, au Capitole, le président américain y est allé d’un discours combatif, faisant résonner à plusieurs reprises le thème de l’égalité, en plus de ramener au premier plan les enjeux des changements climatiques, des droits des gais, de l’immigration et du contrôle des armes à feu.

Après avoir prêté serment une seconde fois en deux jours - la véritable assermentation avait lieu dimanche, comme l’exige la Constitution -, Barack Obama a rapidement signalé que l’égalité allait être le thème central de son discours en citant le célèbre passage de la Déclaration d’indépendance affirmant que « tous les hommes sont créés égaux » et qu’« ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ».


Le président a ainsi donné préséance à ce thème lorsqu’il a abordé les enjeux économiques. Ne mentionnant que peu ou prou les questions urgentes du déficit, de la dette ou des négociations budgétaires avec le Congrès, Barack Obama a plutôt évoqué les inégalités économiques qui rongent les États-Unis et la nécessité d’offrir des occasions de croissance à tous. « Car nous, le peuple, savons que notre économie ne peut prospérer lorsqu’une minorité de plus en plus étroite se porte très bien et qu’une majorité de plus en plus grande peine à joindre les deux bouts », a-t-il déclaré.


Près d’un million de personnes s’étaient massées sur le Mall dans le vaste espace verdoyant qui sépare le bâtiment du Capitole, où la cérémonie avait lieu, et le Washington Monument (l’obélisque). En 2009 à pareille date, près de 2 millions de personnes étaient venues assister à la cérémonie d’investiture du premier président afro-américain de l’histoire des États-Unis.


Le thème de l’égalité s’est ensuite élargi aux droits des femmes et des gais. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une première mention dans l’histoire des discours d’investiture. « Notre parcours ne sera pas terminé tant que nos femmes, nos mères et nos filles ne gagneront pas leur vie à hauteur de leurs efforts, a dit le président. Notre parcours ne sera pas terminé tant que nos frères et soeurs gais ne seront pas traités comme tous les autres au sens de la loi. Car si nous sommes réellement créés égaux, alors l’amour que l’on se voue l’un à l’autre doit certainement être égal lui aussi. »


Thèmes précis


Mais ce sont les changements climatiques qui ont occupé la part du lion des enjeux spécifiques abordés par le président, qui y a consacré huit phrases dans un discours qui aura duré 15 minutes. Une importance qui a surpris : certains blogueurs, notamment sur le site du New York Times, y sont allés de sarcasmes en affirmant que le temps accordé par Obama à ce sujet dans son discours dépassait celui qu’il y avait consacré lors de ses quatre premières années à la Maison-Blanche…


« Nous répondrons à la menace que représentent les changements climatiques, sachant qu’y manquer serait trahir nos enfants et les générations futures », a dit M. Obama, avant de décocher une flèche aux climatosceptiques. « Certains peuvent nier le jugement accablant de la science, mais personne ne peut esquiver l’impact dévastateur des feux, de la sécheresse et des tempêtes de plus en plus fortes. »


Barack Obama semble ainsi avoir empiété quelque peu sur son discours sur l’état de l’Union, prévu le 12 février, en entrant dans les détails de son programme politique. Le président réserve habituellement cet exercice pour ce rendez-vous annuel.


Enfin, le président a appelé à mots couverts à une réforme de l’immigration et au contrôle accru des armes à feu en insistant sur l’importance « de trouver une meilleure façon d’accueillir les immigrants pleins d’espoir » et que « tous nos enfants […] soient toujours à l’abri du danger. »

 

Appel à l’action


M. Obama a laissé transparaître dans son discours son impatience et son intention d’aller de l’avant avec ce programme en dépit de l’opposition des républicains, toujours majoritaires à la Chambre des représentants.


« Pour l’heure, il nous revient de prendre les décisions, et nous ne pouvons attendre, a-t-il déclaré avec vigueur. Nous ne pouvons confondre l’absolutisme et les principes, ou substituer le spectacle à la politique, ou considérer l’invective comme du débat raisonné. Nous devons agir maintenant, sachant que notre travail sera imparfait. »

 

Optimisme


L’optimisme dans le discours du président tranchait avec celui d’il y a quatre ans, alors qu’il mettait en garde les Américains contre la crise économique et sociale qui allait frapper de plein fouet les États-Unis. Un optimisme que partageaient plusieurs partisans venus assister à la cérémonie.


À côté du siège du Devoir, à un jet de pierre de la tribune où se trouvait M. Obama, la révérende de 72 ans Dorothy Smith appuyait d’un murmure chacune des phrases du président. « On porte encore les blessures de l’esclavage aujourd’hui, même si on ne l’admet pas, a confié cette Afro-Américaine venue de Kansas City pour l’occasion. Et d’autres gens souffrent de discrimination aujourd’hui. L’égalité, on en est encore loin. Mais quand je vois un président noir faire un tel discours sur les droits civiques, je me réjouis. »


Elle aussi venue de Toronto pour l’investiture, l’Américaine d’origine Tara Edwards s’est dite heureuse de voir un Obama combatif. « Il a compris qu’il était parfois impossible d’attendre le consensus pour agir, a dit la femme dans la jeune trentaine. Je crois qu’on va voir un Obama bien plus offensif pendant les quatre prochaines années. »


Autres festivités


Après la cérémonie d’investiture, Barack Obama a pris part à un déjeuner avec les membres du Congrès, y compris ses rivaux républicains. Contrairement au ton utilisé lors de son discours d’investiture, le président a eu des mots plus conciliants, affirmant reconnaître « que la démocratie n’est pas toujours facile » et « qu’il y a de profondes différences dans cette pièce ».


Accompagné du vice-président Joe Biden et de leurs familles respectives, le président s’est ensuite joint au défilé, qui l’a mené du Capitole jusqu’à la Maison-Blanche.


Austérité oblige, deux bals officiels seulement attendaient Barack Obama et sa femme, Michelle Obama, pendant la soirée. En 2009, dix bals officiels avaient eu lieu.

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