De nombreux défis - Obama II redonnera-t-il espoir?

Comme tous les présidents qui en sont à leur second mandat, Barack Obama tentera-t-il de laisser sa marque dans l’histoire?
Photo: Agence France-Presse (photo) Charles Ommaney Comme tous les présidents qui en sont à leur second mandat, Barack Obama tentera-t-il de laisser sa marque dans l’histoire?

Washington — Les défis que le président Barack Obama va devoir relever durant son second mandat sont complexes et nombreux. Mais le plus grand consiste à tenir sa promesse d’une présidence « transformationnelle » pour les États-Unis.

Les premiers défis que Barack Obama doit relever sont purement politiques. Malgré son élection décisive face à Mitt Romney, sa victoire est en effet en demi-teinte. Certes, Barack Obama est le premier président des États-Unis depuis le républicain Dwight Eisenhower, ainsi que le premier démocrate depuis Franklin Roosevelt, à atteindre ou dépasser la barre des 51 % des voix à chaque élection. Mais le 6 novembre dernier, il n’y a pas eu de raz de marée en faveur de Barack Obama. Le 44e président américain est aussi le premier depuis le début du XIXe siècle à avoir été réélu avec une marge inférieure à celle reçue pour son premier mandat en ce qui a trait aux suffrages exprimés et aux sièges au collège électoral.


Aujourd’hui, Barack Obama jouit d’une cote de popularité de 52 %, selon l’Institut Pew. C’est une baisse de 12 points par rapport à sa première investiture. C’est surtout moins que tous les présidents américains qui, depuis la Deuxième Guerre mondiale, ont entamé un second mandat, sauf George W. Bush. Barack Obama est légèrement plus populaire que son prédécesseur immédiat (50 % en janvier 2005), mais nettement moins populaire que le plus populaire des locataires de la Maison-Blanche au début d’un second mandat, Dwight Eisenhower (73 % en janvier 1957).


Deux autres études indiquent que moins de la moitié des Américains (46 ou 47 %) s’attendent à ce que les choses s’améliorent dans leur pays d’ici la fin du second mandat de leur président. Sans surprise pour ceux qui suivent la politique américaine même de loin, l’écrasante majorité des démocrates est optimiste sur le second mandat tandis que l’écrasante majorité des républicains est pessimiste. C’est là l’autre défi politique majeur du président Obama : la division de son peuple.


La composition du nouveau Congrès, lui aussi issu des urnes le 6 novembre, reflète cette profonde césure. Le Sénat demeure contrôlé par les amis démocrates de Barack Obama, mais par une courte majorité. La Chambre des députés reste dominée par une majorité républicaine toujours large, bien qu’écornée. Cette double cohabitation, celle interne au Congrès entre les deux assemblées et celle entre le Congrès et la Maison-Blanche, risque de prolonger la paralysie qui sévit à Washington depuis 2010, date à laquelle les républicains avaient gagné les législatives partielles.

 

Lourde tâche


Pourtant, les dossiers cruciaux à régler ne manquent pas. D’abord, la crise économique et sociale qui afflige les États-Unis depuis 2007 et qui est la préoccupation principale du peuple. Devant un chômage qui oscille obstinément autour de 8 % et des déficits budgétaires qui ont conduit la dette publique à dépasser le produit national brut pour atteindre plus de 16 000 milliards de dollars, 61 % des Américains interrogés par l’institut Harris veulent que l’économie soit la priorité du second mandat du président Obama.


Mais le psychodrame des négociations du réveillon et du jour de l’An au bord de la fameuse « falaise budgétaire » laisse présager des bras de fer encore plus terribles au cours des quatre prochaines années, à moins que les démocrates ravissent le contrôle de la Chambre aux partielles de 2014. Dans un tel contexte, tous les autres dossiers, intérieurs et même extérieurs, subiront les aléas de la problématique économique.


Il en sera ainsi de la réforme de l’immigration que Barack Obama, après avoir battu tous les records d’expulsions d’immigrés, cite comme l’une de ses principales priorités, aux côtés de l’économie et de l’emploi, et par laquelle il souhaite légaliser le statut des millions de clandestins et satisfaire les électeurs originaires de l’Amérique latine, dont 71 % ont voté pour lui. Mais aussi du renforcement du contrôle des armes à feu, thème sur lequel il n’avait pas fait campagne, mais qu’il est forcé d’aborder après la tuerie du 14 décembre dans l’école primaire de Newtown, au Connecticut.


Sur les dossiers centraux de l’économie et de l’emploi qui ont des répercussions à travers le monde, étant donné l’importance des États-Unis, Barack Obama est sous pression non seulement de son opinion publique et de son opposition, mais aussi de nombreux pays, notamment des gouvernements canadien et européens, qui veulent que les États-Unis réduisent leur dette et relancent leur croissance.


Mais sur le plan international, le chef de la Maison-Blanche a des défis aussi pressants à relever. De la guerre en Afghanistan à la désintégration du Mali, en passant par les ambitions nucléaires de l’Iran, la révolte en Syrie, les relations avec l’Égypte de Mohamed Morsi ou le conflit israélo-palestinien, son attention est réclamée après une campagne présidentielle de plus d’un an et demi qui l’a absorbé en grande partie.

 

Laisser sa marque


Tous les présidents américains qui font plus d’un mandat jugent qu’ils disposent d’un avantage politique pour faire avancer leurs priorités et tenter d’imprimer une marque indélébile dans l’histoire des États-Unis, voire du monde. Mais tous « se rendent compte brutalement que cet avantage politique ne fait pas long feu », comme le souligne Rick Klein, du service politique de la rédaction de la télévision ABC.


En raison de la couleur de sa peau, Barack Obama est entré dans l’histoire dès son élection en novembre 2008. Mais dans l’esprit de certains Américains, la nouveauté historique de sa présidence s’est émoussée avec le temps et la pesanteur du quotidien alors que, pour d’autres, elle exige que le chef de l’exécutif, désormais libéré du jugement des urnes, agisse enfin en faveur du changement fondamental qu’il avait laissé entrevoir lors de sa première campagne présidentielle.


Mais « l’audace de l’espoir » est tempérée. Très peu d’Américains espèrent encore voir Barack Obama remplir sa belle et vitale promesse de 2008 de « changer la mentalité qui nous a donné la guerre ». Barack Obama ne parle d’ailleurs pas plus maintenant qu’avant de réduire le budget militaire des États-Unis. Son objectif est de le maintenir à son niveau actuel, c’est-à-dire 700 milliards de dollars par année, soit six fois le budget militaire de la Chine.


Les Américains opposés au militarisme compris comme outil légitime et essentiel de la politique étrangère, qu’ils se trouvent à gauche de Barack Obama, au milieu parmi les indépendants ou à droite chez les amis libertariens de Ron Paul, n’ont pas plus d’espoir de changement sur le recours aux drones que Barack Obama a multiplié dans des proportions sans précédent et qu’il veut poursuivre au Pakistan, au Yémen, en Somalie et ailleurs. Ces Américains devront se contenter d’espérer que leur président ne laissera pas des milliers de soldats en Afghanistan au-delà de la date de retrait fixée à la fin de 2014.

 

Pauvreté et environnement


Sur le plan intérieur, l’aile gauche du Parti démocrate, en particulier les progressistes noirs, souhaite que Barack Obama souligne enfin le mot « pauvreté » depuis la Maison-Blanche. « Le président Obama doit faire une priorité de l’éradication de la pauvreté aux États-Unis », lance Tavis Smiley, célébrité de la télévision publique qui, avec l’intellectuel Cornel West, demande à Barack Obama un plan « pour réduire la pauvreté de moitié dans 10 ans et l’éradiquer dans 20 ans ».


Mais c’est dans un dossier touchant à la fois à la politique intérieure et à la politique extérieure, celui du changement climatique et de l’énergie, que la première épreuve de vérité viendra sans doute dans le second mandat du président Obama.


Comme beaucoup dans le mouvement antiguerre et dans les communautés noire et hispanique, de nombreux écologistes ont préféré avaler des couleuvres pendant le premier mandat pour ne pas heurter les chances de réélection de Barack Obama en 2012. Désormais, ils comptent augmenter la pression sur le président actuel pour obtenir des mesures qu’ils ne sont pas du tout sûrs de pouvoir obtenir de ses successeurs.


À cet égard, le projet de l’oléoduc Keystone de TransCanada sera l’un des tout premiers dossiers qui permettront de savoir si Barack Obama entend faire de sa présidence une expérience vraiment « transformationnelle » pour les États-Unis. En effet, le chef de la Maison-Blanche doit bientôt prendre une décision sur ce projet. Les organisations de défense de l’environnement considèrent cette décision comme un test-clé de son dernier mandat.


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