Obama prêt à «peser de tout son poids»

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	Barack Obama était entouré mercredi d’enfants qui lui ont fait parvenir des lettres demandant un contrôle plus strict des armes à feu.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Jim Watson
Barack Obama était entouré mercredi d’enfants qui lui ont fait parvenir des lettres demandant un contrôle plus strict des armes à feu.

Entouré d’enfants, le président américain Barack Obama a lancé mercredi son plan pour réduire la violence par arme à feu doté d’un budget de 500 millions de dollars. Malgré vingt-trois mesures réglementaires à application immédiate, le sort des véritables réformes repose toujours entre les mains du Congrès.

« J’appelle le Congrès à voter des propositions précises dès maintenant », a insisté le président, demandant aux élus de voter pour la vérification des antécédents des acheteurs d’armes et de rétablir l’interdiction de vente des fusils d’assaut tout en limitant la capacité des chargeurs à dix balles. « J’ai l’intention d’utiliser tout le poids dont dispose mon bureau pour faire [de ces mesures] une réalité. »


Le nouveau plan a cependant été accueilli plutôt froidement par la Chambre des représentants, à majorité républicaine. Pour Guillaume Lavoie, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les mesures concernant le contrôle des fusils d’assaut et des chargeurs auront probablement beaucoup de mal à passer.


Le consensus semble cependant beaucoup plus large en ce qui concerne la mise en place d’une vérification systématique des antécédents des acheteurs. « Une large majorité des Américains sont d’accord avec nous en ce qui concerne le besoin d’une vérification universelle des antécédents, y compris plus de 70 % des membres de la National Rifle Association (NRA), selon un sondage », a rappelé M. Obama. Actuellement, 40 % des armes à feu vendues aux États-Unis le sont à travers des transactions de particulier à particulier ou lors de foires à l’armement où ces contrôles ne sont pas en vigueur.


La NRA a riposté de manière cinglante en publiant une courte vidéo sur son site Internet. « Pourquoi est-il sceptique vis-à-vis de la mise en place d’une sécurité armée dans nos écoles, alors que ses enfants sont protégés par des gardes armés à leur école ? », dénonce la courte animation qui estime que le président n’est qu’un autre « hypocrite élitiste ». Le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, a qualifié la vidéo de « répugnante et lâche ».


Dans un communiqué, la NRA a estimé que « seuls les détenteurs d’armes honnêtes et respectueux de la loi seront touchés, et nos enfants resteront vulnérables face à de nouvelles tragédies inévitables ». Elle a cependant confirmé qu’elle « souhaitait travailler avec le Congrès […] pour trouver de véritables solutions ».


Effet d’entraînement


Pendant ce temps, à Wall Street, les actions des fabricants d’armes ont grimpé de plus de 5 % pour Sturm, Ruger Company et de plus de 7 % pour Smith Wesson, ce qui leur a permis d’effacer la majeure partie des pertes essuyées à la suite de la tuerie de Newtown au Connecticut.


Le président n’avait pas besoin de l’accord du Congrès pour signer 23 mesures réglementaires qui permettront d’améliorer et de renforcer l’efficacité des lois déjà existantes. Il a cependant besoin de son accord pour débloquer les budgets, totalisant 500 millions de dollars, qui lui permettront de les mener à bien. Parmi ces mesures, un certain nombre permet de renforcer le partage des informations existantes sur les antécédents, alors que d’autres visent à mettre en place des campagnes d’information et de sensibilisation.


« Obama a décidé de mener les batailles qui doivent l’être, et pas seulement celles qu’il peut gagner », analyse Guillaume Lavoie. Ce dernier pense que même si les effets du plan au niveau fédéral seront plutôt réduits, il ne faut pas sous-estimer l’effet d’entraînement qu’il pourrait avoir au niveau des États et des municipalités.


La quatorzième mesure demande au Centre pour le contrôle des maladies (CDC) de relancer les études sur les causes et la prévention de la violence liée aux armes à feu, et notamment d’enquêter sur « les effets des jeux vidéo violents sur les jeunes esprits ». Le président a spécifiquement demandé au Congrès de voter le budget de 10 millions nécessaire à ces recherches, rappelant que « nous ne tirons pas profit de l’ignorance ». À la suite du massacre de Newtown, la NRA avait vivement dénoncé l’effet néfaste des films et des jeux vidéo violents. « Je ne comprends pas qu’il appelle à plus de recherche dans ce domaine, alors que jamais personne n’a établi de relation de cause à effet concluante », s’étonne cependant Claudia Mitchell, une chercheuse au département d’éducation de McGill qui a eu l’occasion de travailler sur le sujet.


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Avec l’Agence France-Presse et l'Associated Press