Vers une base de données sur les armes à feu aux États-Unis?

Le vice-président américain, Joe Biden, dirige un groupe de travail sur le contrôle des armes à feu.
Photo: Carolyn Kaster Associated Press Le vice-président américain, Joe Biden, dirige un groupe de travail sur le contrôle des armes à feu.

La Maison-Blanche évalue la possibilité de rapidement mettre en place toute une série de lois afin d’encadrer plus strictement la vente des armes à feu, et pour ce faire, le président Barack Obama est prêt à affronter le puissant lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA), selon le Washington Post.

« Ces tragédies doivent s’arrêter et, pour qu’elles s’arrêtent, nous devons changer », avait déclaré le président Barack Obama lors d’un discours prononcé à Newtown, trois jours après la tragédie qui avait fait 28 morts, dont le tireur Adam Lanza. Toutefois, il n’avait donné aucune précision sur les actions qu’il comptait entreprendre pour éviter que des drames similaires ne se reproduisent. Plusieurs prévoyaient déjà qu’une des premières mesures qu’il pourrait tenter de mettre en place serait d’interdire les fusils d’assaut. Une loi, signée par le président Bill Clinton en 1994, les avait interdits, mais elle a expiré en 2004, et n’a jamais été renouvelée depuis.


Mais il semble désormais que le président Obama veut aller beaucoup plus loin qu’une simple interdiction des fusils d’assauts. Son plan pour mieux contrôler les armes est bien plus ambitieux, selon les informations recueillies par le Washington Post.


Un groupe de travail a été mis en place peu de temps après la fusillade. Il est dirigé par Joe Biden, décrit par la NRA comme le vice-président le plus opposé aux armes à feu de l’histoire des États-Unis. La puissante association lui attribue d’ailleurs la note « F », pour ses prises de position systématique pour un contrôle plus stricte des armes à feu.


Le groupe de travail réfléchi notamment à la possibilité de mettre en place une « base de données » pilotée par le Bureau fédéral de l’alcool, du tabac et des armes à feu pour suivre les ventes et les échanges d’armes à feu au niveau national, selon les sources du Washington Post.


M. Biden étudie aussi la possibilité de vérifier l’état du casier judiciaire d’un acheteur d’armes. Il a notamment été question de la mauvaise qualité des informations contenues dans les bases de données servant à vérifier les casiers judiciaires des personnes souhaitant acheter une arme à feu, selon Richard Stanek, un responsable d’une association de shérifs, qui a participé à une réunion du groupe de travail. On a aussi évoqué la possibilité de mieux encadrer les ventes d’armes aux personnes atteintes de maladies mentales.


Le groupe pense aussi à la mise en place de sanctions plus sévères pour ceux qui portent des armes près des écoles ou qui en fournissent aux mineurs, selon plusieurs sources citées par le Washington Post. Le groupe n’a pas encore émit de recommandations finales au président, précise un porte-parole de la Maison-Blanche.


Mais le président Obama s’attend d’ores et déjà à une vive opposition de la part des groupes d’intérêts, comme la NRA, et des élus qui les soutiennent. Les recommandations seront déposées d’ici un mois. Dès lors, l’administration Obama souhaite mener une bataille de relations publiques pour rapidement faire passer des mesures qui permettront de mieux encadrer le commerce des armes.


Pour ce faire, la Maison-Blanche souhaite obtenir le soutien de certains revendeurs d’armes, comme la chaîne de supermarchés Wal-Mart. En effet, des lois plus restrictives pour les ventes d’armes de particuliers à particuliers, notamment lors des foires aux armes, pourraient favoriser les détaillants comme Wal-Mart.


La Maison-Blanche a été en contact régulier avec les conseillers du maire de New York, Michael Bloomberg. Ce dernier est un partisan du contrôle des armes à feu.


Les recommandations du groupe de travail risque de faire réagir les Républicains, qui pour la plupart soutiennent la NRA, mais aussi certains démocrates, qui en sont membres.


En entrevue avec le réseau NBC, le sénateur républicain Mitch McConnell s’est toutefois fait avare de commentaires pour le moment. Il a demandé à voir les recommandations d’abord, avant de s’exprimer.


Toutefois, il a prévenu que pour les trois prochains mois, les discussions au Congrès porteront seulement sur la dette et les dépenses fédérales, et que le contrôle des armes à feu n’est pas une priorité à ses yeux.


La sénatrice démocrate Heidi Heitkamp, qui est membre de la NRA a qualifié les idées du groupe de travail d’« extrêmes », pour le moment. En entrevue au réseau ABC, elle a déclaré que de telles mesures, si elles sont présentées, ne passeront pas.


De leurs côtés, les sénateurs démocrates new-yorkais, Charles Schumer et Kirsten Gillibrand, ont demandé à Joe Biden d’inclure dans ses recommandations afin de sanctionner plus sévèrement ceux qui se livrent à du trafic d’armes. Ils souhaitent aussi qu’il soit plus difficile pour les personnes souffrant de troubles mentaux d’acheter des armes, selon Reuters.


Mais l’administration Obama souhaite trouver des solutions afin d’éviter d’avoir à demander l’accord du Congrès. L’une d’entre elles consisterait à moderniser le programme de contrôle des armes à feu déjà mis en place par le Bureau fédéral de l’alcool, du tabac et des armes à feu, selon des personnes qui ont participé aux séances du groupe de travail, citées par le Washington Post. Une autre solution serait d’apporter des changements aux programmes fédéraux destinés aux personnes ayant des problèmes de santé mentale.


L’administration Obama souhaiterait aussi agir rapidement, profitant du fait que l’opinion publique américaine est encore sous le choc de la tuerie de Newtwon.

À voir en vidéo