Mur fiscal: Obama blâme les républicains et met le feu aux poudres

Barack Obama a affirmé les républicains refusaient l’idée que «les impôts des Américains les plus riches devraient augmenter un petit peu».
Photo: Robin Buckson Associated Press Barack Obama a affirmé les républicains refusaient l’idée que «les impôts des Américains les plus riches devraient augmenter un petit peu».

L’intervention publique de Barack Obama n’aura rien changé : les démocrates et les républicains ne sont toujours pas arrivés à trouver un compromis afin d’éviter aux États-Unis d’être plongés dans un précipice fiscal le 1er janvier. Ils ont jusqu’à lundi à minuit pour trouver un accord qui évitera une hausse généralisée des impôts et des coupes claires dans les dépenses publiques.

L’entrevue du président américain Barack Obama, à l’émission Meet The Press du réseau CBS, n’aura finalement fait que détériorer les relations déjà tendues entre les deux camps, à en juger par la réaction des républicains. M. Obama a affirmé que ces derniers refusaient l’idée que « les impôts des Américains les plus riches devraient augmenter un petit peu », dans le cadre d’un accord budgétaire. La réaction républicaine ne s’est pas fait attendre, elle est venue de la bouche du président de la Chambre des représentants, John Boehner. « Les Américains ont élu le président Obama pour diriger, pas pour accuser », a-t-il lancé, en mettant en cause un refus du président de « tenir tête à son propre parti ». L’ambiance délétère est loin de favoriser les négociations entre les deux camps. Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, s’est toutefois voulu rassurant. « Il existe toujours un écart important entre les deux partis, mais les négociations continuent. Nous avons toujours le temps de parvenir à un accord et nous avons l’intention de continuer à négocier », a-t-il déclaré en fin de journée à la tribune du Sénat.


Les élus comptent retourner à la table des négociations lundi, à 11 h. « Nous aurons, je l’espère, d’autres annonces à faire », a ajouté M. Reid, qui mène des tractations avec le chef de la minorité républicaine, Mitch McConnell, pour tenter de parvenir à un compromis de dernière minute acceptable aussi bien par le Sénat que par la Chambre des représentants, où les républicains dominent.


M. McConnell avait auparavant constaté l’impasse des discussions et dit avoir contacté le vice-président Joe Biden - qu’il connaît bien pour avoir longtemps siégé à ses côtés au Sénat -, afin de tenter de débloquer la situation, à quelques heures de l’échéance.


Sauf accord, lundi à minuit, doivent en effet entrer en vigueur des mesures d’austérité prévues de longue date, notamment une hausse généralisée des impôts et des coupes claires dans les dépenses fédérales. Un tel cocktail risquerait de faire retomber à terme la première économie mondiale dans la récession, ont prévenu des économistes.


Les allégements fiscaux


Au centre du blocage figurent les allégements fiscaux hérités de la présidence du républicain George W. Bush. M. Obama veut les laisser expirer pour les foyers aux revenus supérieurs à 250 000 dollars par an, tandis que les républicains ne veulent pas entendre parler d’une hausse des taux d’imposition et s’attaquent surtout aux dépenses pour réduire le déficit.


Les négociations ont buté avant tout sur la mise en place d’une nouvelle façon de calculer le taux d’inflation, ce qui permettrait de diminuer les prestations sociales de certains bénéficiaires. Jusqu’à présent, les républicains voulaient absolument inclure une telle mesure dans un éventuel accord. Toutefois, ils auraient finalement accepté de retirer cette revendication dimanche, selon le New York Times.


L’urgence de la situation et l’absence d’un accord ont fait sortir plusieurs commentateurs politiques de leurs gonds. « Le précipice fiscal, c’est évidemment la crise la plus prévisible au monde. Le Congrès a lui-même mis en place cette bombe à retardement, et maintenant ils n’arrivent pas à se mettre d’accord pour savoir comment la désamorcer […] même si l’élection présidentielle était largement centrée sur cet enjeu », explique John Avlon, éditorialiste pour Newsweek et The Daily Beast.


Le débat autour du précipice fiscal est extrêmement polarisé, explique M. Avlon dans une analyse sur le site de Newsweek. La plupart des élus républicains sont « terrifiés » à l’idée d’être vus comme trop modérés par leurs électeurs de droite. Des organismes conservateurs comme FreedomWorks ou Americans for Prosperity demandent à leurs membres de contacter leurs élus pour les convaincre de ne pas voter pour des lois qui feraient monter les impôts. De leur côté, des associations à gauche de l’échiquier politique font pression sur les démocrates afin que le taux d’imposition de ceux gagnant plus de 250 000 $ reste inchangé et qu’il n’y ait aucune compression dans les programmes de santé et de prestations sociales. Les deux positions semblent donc irréconciliables, explique M. Avlon.


En cas d’échec


Paradoxalement, aucun camp n’a vraiment intérêt à la réussite des négociations en cours, dans cette énième crise depuis que les républicains ont pris le contrôle de la Chambre il y a deux ans.


En cas d’échec, M. Obama obtiendrait la hausse des contributions pour les plus riches qu’il recherche. Et les républicains n’auraient plus qu’à voter après le 1er janvier de nouveaux allégements pour la classe moyenne, sans trahir leur promesse de ne pas augmenter les impôts.


L’influent sénateur républicain Lindsey Graham a pris acte de cette situation dimanche sur Fox News. « Bravo au président. Il a tenu bon. Il va obtenir des hausses de taux d’imposition », a-t-il dit. Mais « la mauvaise nouvelle pour ce pays est que nous avons peu avancé […] pour sortir de notre endettement », a-t-il ajouté.


Un éventuel accord devrait encore être entériné par les deux Chambres en termes identiques, ce qui est loin d’être acquis vu l’opposition récente des troupes de M. Boehner au « plan de rechange » que le chef républicain leur avait présenté avant Noël et qui avait déjà été rejeté a priori par les démocrates.


Vendredi, M. Obama avait prévenu que si MM. Reid et McConnell ne parvenaient pas à trouver un compromis acceptable pour tous, il demanderait à M. Reid de présenter un texte de loi pour bloquer les hausses d’impôts automatiques et de le soumettre au vote, forçant ainsi les républicains à prendre la responsabilité d’un blocage.


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Avec l’Agence France-Presse