Un «type gentil», et armé, dans chaque école

Un gardien de sécurité a saisi la bannière que portait une manifestante du goupe pacifiste Code Pink sur les lieux de la conférence de presse de la NRA.
Photo: Agence France-Presse (photo) Paul J. Richards Un gardien de sécurité a saisi la bannière que portait une manifestante du goupe pacifiste Code Pink sur les lieux de la conférence de presse de la NRA.

Une semaine après la tuerie qui endeuille la ville de Newton au Connecticut, le vice-président exécutif de la National Rifle Association (NRA), Wayne LaPierre, a mis fin à plusieurs jours de silence avec une conférence de presse très attendue à Washington ce vendredi.

« Pensez-y bien », a souligné l’homme à la tête de plus de 4,3 millions de membres, « nous nous soucions de notre argent, alors nous protégeons nos banques avec des gardes armés. Les aéroports, les bureaux, les centrales électriques, les tribunaux, même les stades de sport, tous sont protégés par une sécurité armée. […] Pourtant, quand il s’agit des membres que nous chérissons le plus au sein de la famille américaine, nos enfants, vulnérables et innocents, nous les laissons sans défense, et les monstres et les prédateurs le savent et l’exploitent. »


M. LaPierre, qui représente le plus puissant des groupes de pression favorables aux armes à feu, a profité de l’occasion pour annoncer le lancement du programme « National School Shield Emergency Response Program » (Programme national de réponse d’urgence et de protection pour les écoles). Ce programme, gratuit, sera financé par la NRA a expliqué M. LaPierre, qui propose de faire appel « aux millions » de policiers, militaires, ou pompiers à la retraite pour protéger les écoles. « La seule chose qui arrête un mauvais gars avec un pistolet, c’est un type gentil avec un pistolet. »


Quelques heures avant l’intervention de M. LaPierre, la Maison-Blanche a publié une vidéo où le président Barack Obama appelle à un meilleur contrôle des armes à feu. « Un homme déséquilibré ne devrait pas pouvoir mettre ses mains sur un fusil d’assaut militaire aussi facilement. » Le président a cependant également renouvelé son engagement envers le deuxième amendement, rappelant que « la vaste majorité » des propriétaires d’armes étaient des gens responsables. Le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis garantit à chaque citoyen le droit de porter une arme pour se défendre.


Cette vidéo se voulait une réponse au plus de 200 000 personnes ayant signé des pétitions populaires appelant à une réduction de la violence armée. Hébergées dans la section « We the people » (nous le peuple) du site Internet de la Maison-Blanche, ces pétitions en côtoient d’autres réclamant au contraire moins de contrôle des armes et plus de sécurité armée. Ainsi la pétition « un fusil dans chaque classe d’école » compte plus de 9000 signataires.


«Vision paranoïaque»


S’exprimant à la suite de la conférence de M. LaPierre, le maire de la ville de New York, Michael Bloomberg, un militant de longue date pour le contrôle des armes à feu, n’a pas été tendre avec la NRA. « Plutôt que d’offrir des solutions à un problème qu’ils ont participé à créer, ils proposent une vision paranoïaque et désenchantée d’une Amérique plus dangereuse et plus violente où tout le monde est armé et aucun endroit n’est sûr. »


Le président Obama a récemment demandé au congrès américain d’interdire la vente de fusil d’assaut, de systématiser la vérification des antécédents judiciaires des acheteurs, ainsi que de limiter la capacité des chargeurs.


Selon un sondage mené par le Pew Research Center entre le 17 et le 19 décembre dernier, 49 % des Américains estiment que le plus important est de contrôler la possession des armes à feu, alors que 42 % pensent qu’il est plus important de protéger le droit de posséder une arme. Il y a 13 ans, ces chiffres étaient respectivement de 66 % et 29 %.


Lors de sa conférence de Presse, le vice-président de la NRA a longuement blâmé « une industrie de l’ombre, corrompue et corruptrice, qui vend et sème la violence parmi son propre peuple », à travers « des jeux vidéos violents et vicieux […] des films imbibés de sang […] et des milliers de vidéos musicales qui présentent la vie comme une farce et le meurtre comme un style de vie ».


Vendredi matin, une autre fusillade a éclaté le long d’une route rurale de Pennsylvanie, provoquant la mort de quatre personnes, dont le tueur. Trois policiers de l’État ont également été légèrement blessés.

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Avec La Presse canadienne

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