Repères - L’autre Mme Rice

C’est une brillante universitaire et diplomate d’origine afro-américaine qui est pressentie par Barack Obama pour succéder à Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État. D’une certaine façon, Susan Rice est une version démocrate de Condoleezza Rice, qui avait occupé ce poste pendant le second mandat de George W. Bush. L’actuelle ambassadrice des États-Unis à l’ONU ne fait pas plus l’unanimité que son homonyme.

Les républicains lui reprochent surtout d’avoir donné une interprétation erronée de l’attentat antiaméricain à Benghazi, notamment dans le cadre de l’émission Sunday News. Les démocrates répondent qu’elle ne pouvait pas faire autrement vu que les rapports de la CIA dont elle disposait étaient eux-mêmes erronés. Depuis un bon bout de temps, les élus du Grand Old Party cherchent toutes les « bébites » imaginables pour accabler leurs adversaires.


D’autres milieux reprochent à Susan Rice des choses bien différentes. Des écologistes trouvent qu’elle et son mari canadien possèdent un peu trop d’actions de sociétés impliquées dans l’extraction du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta et dans son transport, dont Trans-Canada Corp. Ne sera-t-elle pas en conflit d’intérêts quand le temps viendra pour le département d’État de statuer sur le projet d’oléoduc Keystone XL, qui doit relier l’Alberta aux raffineries américaines ?


À l’ONU et chez certaines ONG, on lui reproche sa tolérance pour les régimes africains autoritaires. Le New York Times rappelait lundi qu’elle a eu comme client le gouvernement rwandais lorsqu’elle travaillait pour la société de consultation en renseignements stratégiques Intellibridge au début des années 2000, après avoir été responsable des dossiers africains au Conseil national de sécurité.


Les États-Unis ont entretenu des relations très cordiales avec Paul Kagamé, considéré com-me l’homme qui a mis fin au génocide de 1994. On peut y voir une façon de se déculpabiliser après avoir été impuissants à empêcher le drame. Des voix de plus en plus nombreuses soutiennent que le Rwanda a profité de ce préjugé favorable pour intervenir à son avantage dans les affaires de son immense voisin, le Congo. Kigali a été accusé récemment par l’ONU de financer la milice M23, qui a commis des atrocités dans l’est de ce pays. Certes, les États-Unis de Barack Obama ont pris leurs distances par rapport à l’homme fort de Kigali, mais on est loin de la rupture. Dans le débat sur le M23 à l’ONU, Mme Rice a évité de nommer le Rwanda, donnant l’impression de vouloir ménager son ancien client.


Susan Rice appartient à une espèce d’aristocratie démocrate, dont les membres font des allers-retours fréquents entre le département d’État, la CIA, les universités de l’Ivy League et des groupes de réflexion considérés comme « libéraux ». Ils sont un peu moins souvent liés au complexe militaro-industriel et aux pétroliers que leurs équivalents républicains, mais n’en sont jamais très éloignés.