Périple dans les États pivots - Au New Hampshire, des indépendants à l’esprit libertaire

L’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, Gary Johnson, est crédité d’au moins 2% des intentions de vote au New Hampshire, où ses idées libertariennes rencontrent un terrain fertile.
Photo: Agence France-Presse (photo) Scott Olson L’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, Gary Johnson, est crédité d’au moins 2% des intentions de vote au New Hampshire, où ses idées libertariennes rencontrent un terrain fertile.

Nashua, New Hampshire — Plus serrée que jamais, la campagne présidentielle se décidera dans quelques États où Barack Obama et Mitt Romney sont à égalité. Le Devoir est allé parcourir certains d’entre eux pour tâter le pouls de la population et cerner les enjeux qui détermineront le sort de l’élection. Aujourd’hui, le New Hampshire, le plus petit des États pivots.

Sous le soleil inhabituellement chaud du dernier samedi d’octobre, Barack Obama est venu chauffer les partisans de Nashua, dans le sud du New Hampshire. « [Cet État] va être très important, a-t-il lancé aux 8500 personnes conquises réunies devant une école primaire. Nous ne savons pas ce qui va se passer [le jour du scrutin]. Les quatre grands électeurs d’ici pourraient faire la différence. » Le président ne le sait que trop, puisqu’il était à Manchester, à 20 kilomètres de là, neuf jours plus tôt. Et Mitt Romney, qui aura visité le Granite State huit fois depuis juin, le sait également.

En fait, les deux se souviennent qu’Al Gore aurait été le 43e président des États-Unis s’il avait ravi ces quatre grands électeurs en 2000, tout en laissant les 27 de la Floride (ils sont aujourd’hui 29) à George W. Bush…


L’ambivalence des Néo-Hampshirois est devenue la norme. Lors des huit dernières présidentielles, les électeurs ont choisi quatre fois les démocrates et autant de fois les républicains. Et à deux reprises - lors des élections législatives de 2006 et de 2010 -, ils ont changé de parti tant dans les deux chambres de leur législature que pour les deux représentants qu’ils envoient à Washington. Quand tout est passé du bleu au rouge en 2010, il s’agissait du plus grand balayage républicain au pays, rappelle Kevin Landrigan, chroniqueur au Nashua Telegraph.


Des indépendants


Si les penchants de l’État sont si peu prévisibles, contrairement à tous ses voisins de la Nouvelle-Angleterre, peints en bleu foncé, c’est en bonne partie parce que les électeurs sont farouchement jaloux de leur indépendance envers les grands partis. Les indépendants forment en effet la majorité des électeurs inscrits sur la liste électorale : 40 %.


« Je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Voyez-vous, c’est que je me définis comme un éternel indépendant indécis », affirme Michael Easterling, un biochimiste de 49 ans, en nettoyant sa voiture au son de la voix du président, qui livrait son discours au bout de la rue. « J’ai été déçu par Obama. Il y a beaucoup de promesses qu’il n’a pas remplies. Et je ne suis pas fan de Romney non plus. C’est un ploutocrate. Il dit qu’il comprend le sort des gens de la classe moyenne, mais je n’en crois rien… Ce qui m’inquiète le plus et ce qu’il faut régler au plus vite, c’est le précipice fiscal vers lequel on se dirige. Le gouvernement dépense, dépense, dépense… Il faut vraiment en réduire la taille. »


Les questions fiscales ont un écho qui résonne fort au New Hampshire. L’État dont la célèbre devise est « Live free or die » se targue en effet de n’avoir ni impôt sur le revenu ni taxe de vente. La fibre libertaire est si forte qu’aucun des candidats actuels au poste de gouverneur - la démocrate Maggie Hassan et le républicain Ovide Lamontagne - ne propose de changer cette politique fiscale. Dans cette sorte de village d’irréductibles libertaires dans une Nouvelle-Angleterre progressiste, jamais il n’effleurerait l’esprit des électeurs d’envoyer à Washington un sénateur qui se qualifierait de socialiste, comme l’ont pourtant fait ceux du Vermont voisin avec Bernie Sanders.


Sur le terrain économique, les républicains ont un avantage sur les démocrates. Les positions fiscales conservatrices de Mitt Romney et de Paul Ryan y trouvent un terreau fertile. Pourtant, la situation économique enviable de l’État, où le taux de chômage de 5,4 % est bien en deçà de la moyenne nationale de 7,8 %, devrait être à l’avantage du président sortant. Mais bien des Néo-Hampshirois estiment justement que ce sont leurs politiques fiscales conservatrices et une intervention minimale de l’État dans l’économie qui leur ont permis de passer plus aisément que le reste du pays à travers la crise économique.


« J’ai une petite entreprise et je ne veux pas que le gouvernement vienne me dire comment la gérer », lance tout de go Laura Poole, 66 ans, propriétaire d’un club vidéo dans la petite ville de Wolfeboro, où Mitt Romney possède l’une de ses cossues résidences. Inscrite comme indépendante, elle donnera d’ailleurs son vote au républicain cette fois-ci, bien qu’elle ait choisi Obama en 2008. « Il m’a déçue. La situation économique est pire qu’elle était et j’ai confiance en Romney. Il a bien géré le Massachusetts [un État voisin] et Paul Ryan comprend bien l’économie. Il a un bon plan. »


Mais là s’arrêtent les sympathies avec les idées des républicaines, car, sur les questions sociales et morales, la fibre libertaire vibre également, et la position du Grand Old Party de restreindre l’accès à l’avortement et de définir le mariage entre un homme et une femme, par exemple, séduit peu les électeurs. Selon Andrew Smith, professeur de sciences politiques à l’Université du New Hampshire, la meilleure stratégie d’Obama dans cet État est de marteler le message que les républicains, avec leur volonté de restreindre l’accès à l’avortement, sont en train de livrer une « guerre contre les femmes ».


C’est d’ailleurs sur ce terrain que Barack Obama avait pu avoir le vote de Mme Poole en 2008. « J’aimais bien John McCain au départ, confie-t-elle. Mais il est allé chercher cette Sarah Palin, avec ses positions pro-vie et tout le reste… Je ne pouvais pas voter pour ça. Ces questions-là sont privées. Elles se décident entre vous et Dieu. Pas par le gouvernement. »


***

Gary Johnson, le serrurier de la Maison-Blanche?

 

Nashua, New Hampshire — Dans le système bipartite des États-Unis, il est acquis que les clés du 1600 Pennsylvania Avenue iront soit à Barack Obama, soit à Mitt Romney. Mais dans cette élection serrée, des candidats des tiers partis pourraient jouer les trouble-fête en arrachant de précieux votes à l’un ou l’autre des grands partis dans les États pivots. Les quatre trublions potentiels sont Jill Stein (Parti vert), Virgil Goode (Parti de la Constitution), Rocky Anderson (Parti de la justice), et enfin le plus menaçant, Gary Johnson (Parti libertarien). Mme Stein recueille environ 1 % des intentions de vote à l’échelle nationale, tandis que M. Johnson en amasse 2 %. Les autres ont des scores marginaux. L’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique est crédité d’au moins 2 % des intentions de vote au New Hampshire, où ses idées libertariennes rencontrent un terrain fertile. On peut d’ailleurs apercevoir ses pancartes plantées sur le terrain de certaines maisons. « Ses idées me plaisent. Je ne sais pas si je voterai pour lui, par contre, parce qu’il n’a aucune chance de gagner. Mais, sinon, je n’hésiterais pas à voter pour lui », affirme Michael Easterling, un électeur indécis de Nashua. Mais difficile de dire à qui, des démocrates ou des républicains, il « vole » le plus de voix. Sa proposition visant à éliminer les impôts sur le revenu et sur les entreprises au niveau fédéral pour les remplacer par une taxe sur les dépenses, par exemple, pourrait plaire à des républicains. Tandis que, sur le plan social, ses positions en faveur du mariage gai et de la légalisation de la marijuana sont plus susceptibles d’aller jouer dans les plates-bandes démocrates.

1 commentaire
  • A/s De Mme Danielle Lécuyer Services Juridiques - Abonnée 5 novembre 2012 07 h 33

    Un peu de rigueur SVP

    Il est quelque peu désolant de lire un article ou on amalgame la notion de libertaire et de libertarien.