États-Unis - Les candidats à la Maison-Blanche ignorent le mur budgétaire

Précipice, gouffre, mur budgétaire (fiscal cliff) : quel que soit le nom de l’échéance, les États-Unis se dirigent droit vers une augmentation massive des impôts et de brusques coupes budgétaires au 2 janvier, au risque de provoquer une nouvelle récession aux répercussions mondiales.

De Barack Obama à Mitt Romney, la classe politique dénonce les conséquences du « mur », mais personne ne cède. Selon le Washington Post, le président serait prêt à opposer son veto à tout accord temporaire qui ne prévoirait pas une augmentation des impôts des plus riches, une stratégie de la corde raide. Le camp républicain accuse le président Obama de laisser pourrir la situation en n’adressant plus la parole à John Boehner, le président (républicain) de la Chambre des représentants. Le Financial Times s’en inquiète, le vendredi 19 octobre. Le Washington Post indique que les patrons de grandes banques de Wall Street ont écrit au Congrès pour les alerter sur le risque économique.


À moins d’un accord entre démocrates et républicains du Congrès et le président Barack Obama d’ici le 31 décembre, une refonte automatique et aveugle du budget entrera en vigueur en 2013, rendant de fait illusoires les promesses de campagne de Barack Obama et de Mitt Romney. Les candidats ont largement fait fi de l’échéance jusqu’à présent, mais l’impact économique et diplomatique du « mur » n’en serait pas moins catastrophique.


Washington récolte la tempête après avoir lui-même semé le vent. À l’été 2011, les États-Unis évitent de justesse le défaut de paiement, républicains et démocrates ayant bataillé plusieurs mois sur le relèvement du plafond de la dette et un plan de réduction du déficit abyssal. Une loi est alors votée pour inscrire dans le marbre une réduction coûte que coûte du déficit de 1200 milliards de dollars sur 10 ans, à partir de 2013. Une commission spéciale est chargée de concocter ce plan de réduction.

 

Coupes automatiques


Une clause empoisonnée de cette loi prévoit l’entrée en vigueur de coupes automatiques en cas d’échec de la commission - un scénario devenu réalité fin 2011, quand les membres n’ont pu que constater leurs divergences sur la question de la hausse des impôts. Le budget fédéral doit donc subir des baisses automatiques d’environ 10 % pour tous les ministères dès 2013. Les impôts augmenteraient parallèlement de 20 % pour tous, équivalant à 2000 $ par an pour les ménages de la classe moyenne, selon le Tax Policy Center. Le vote d’une nouvelle loi par le Congrès pour annuler l’automatisme, ou en reporter la mise en oeuvre de quelques mois, est possible, mais en pleine année électorale, les négociations sont bloquées.


Les dépenses de l’État fédéral, y compris militaires, pour l’exercice budgétaire 2013, qui a commencé le 1er octobre, seraient réduites de 109 milliards de dollars, ce qui, ajouté au relèvement des impôts, ramènerait le déficit budgétaire à 641 milliards, soit 4 % du PIB (contre 7,6 % en 2012). Mais le taux de chômage officiel bondirait à 9,1 % fin 2013 (contre 7,8 % en septembre), selon le bureau du budget du Congrès.


Le Fonds monétaire international a averti de son côté que les États-Unis pourraient perdre quatre points de croissance et retomber en récession, entraînant avec eux le reste de l’économie mondiale. Quoiqu’il arrive, les nouveaux président et Congrès élus le 6 novembre n’entreront en fonction qu’en janvier, et ce seront donc Barack Obama et l’actuel Congrès qui négocieront en novembre et décembre, peut-être jusqu’à la Saint-Sylvestre.

Avec l'Agence France-Presse