Les ténors démocrates louangent Obama

Dans un discours habile à défaut d’être aussi inspirant que certaines de ses allocutions précédentes, Barack Obama a promis de garder le cap et il a reproché à ses adversaires républicains de n’avoir rien de concret à proposer.
Photo: Agence France-Presse (photo) Robyn Beck Dans un discours habile à défaut d’être aussi inspirant que certaines de ses allocutions précédentes, Barack Obama a promis de garder le cap et il a reproché à ses adversaires républicains de n’avoir rien de concret à proposer.

Les démocrates devaient donner un nouveau souffle à leur campagne et combattre le cynisme et la déception qui a gagné leurs troupes depuis quatre ans. Ils semblent y être parvenus, au moins le temps de la convention de leur parti, cette semaine.

Mettant à contribution des orateurs remarquables comme Michelle Obama, la première dame, Julian Castro, le maire de San Antonio, Joe Biden, le vice-président et, bien entendu, Bill Clinton, ils sont parvenus à créer à Charlotte une ambiance qui, à défaut de ressembler à la frénésie qui régnait au stade Mile High de Denver, en 2008, paraissait plus authentique et plus enthousiaste que celle où les républicains avaient baigné à Tampa, une semaine auparavant.


Il faut rappeler que, depuis belle lurette, les conventions des partis ne servent plus à désigner les candidats à la présidence et à la vice-présidence, mais plutôt à donner le véritable coup d’envoi aux campagnes électorales et à en définir les principaux enjeux.


« Elles ressemblent un peu à de grosses publicités gratuites, puisque tous les réseaux américains les couvrent. Elles donnent aussi aux partis l’occasion de réunir leurs militants et de se donner un programme officiel. Ce dernier aspect échappe souvent au public, mais pas cette fois-ci : le projet d’amendement constitutionnel sur l’avortement proposé par les républicains et la proposition des démocrates de considérer Jérusalem comme la capitale d’Israël ont retenu l’attention », note le politologue Graham Dodds de l’Université Concordia.


« Il n’y a pas beaucoup de moments dans la vie démocratique où l’on peut aller chercher un auditoire aussi vaste et aussi captif », dit son collègue Robert Asselin de l’Université d’Ottawa.


Dans un discours habile à défaut d’être aussi inspirant que certaines de ses allocutions précédentes, Barack Obama a promis de garder le cap et il a reproché à ses adversaires républicains de n’avoir rien de concret à proposer.


Les orateurs qui l’ont précédé à la tribune depuis mardi avaient mené la charge contre le tandem Romney-Ryan sur des sujets qui importent à une bonne partie, sinon à une nette majorité, de l’électorat américain : la santé, l’emploi, l’équité salariale, l’avortement, le mariage entre conjoints du même sexe, etc.


Bill Clinton, qui a surtout parlé d’économie, a fait un plaidoyer remarqué à l’appui du président, faisant taire les rumeurs au sujet d’une inimitié persistante entre les deux hommes. Les commentateurs de toutes tendances ont salué la qualité de son discours, le meilleur de sa carrière, selon certains.


Les orateurs démocrates, y compris Barack Obama, ont nettement courtisé la classe moyenne. Le président s’est lui-même présenté comme un homme issu d’un milieu modeste. « Barack connaît le rêve américain parce qu’il l’a vécu », avait affirmé sa femme Michelle l’avant-veille.


M. Obama n’a pas proposé de nouvelles mesures pour le second mandat qu’il sollicite, sauf peut-être à dire - et cela devrait intéresser les Québécois - qu’il veut couper de moitié le taux d’augmentation des droits de scolarité d’ici dix ans.


Promettre de finir le travail et de maintenir le cap face à des adversaires réactionnaires, c’est de bonne guerre pour un gouvernement sortant, mais pas nécessairement la meilleure façon de soulever les passions.


« Obama devait à la fois stimuler sa base libérale et convaincre les modérés : c’est une tâche extrêmement difficile », rappelle Graham Dodds.


Après avoir dangereusement courtisé un assemblage d’extrémistes : partisans du port d’armes incontrôlé, militants du Tea Party opposés à toute augmentation des taxes, homophobes, xénophobes, etc., tout au long de la saison des primaires où ils se sont en outre payé le luxe de s’entredéchirer, les républicains, de leur côté, devaient absolument recentrer leur discours et leur image.


« Ils ont répété qu’Obama a échoué dans ce qu’il avait promis de faire, mais ils ont raté une occasion de définir leur conception du changement, ce qu’avait fait brillamment Obama il y a quatre ans », remarque Robert Asselin de l’Université d’Ottawa.


« Leur problème, c’est surtout l’électorat féminin. Ils sont très vulnérables sur les enjeux sociaux », ajoute l’universitaire.


L’avenir dira si les républicains ont réussi à Tampa à faire oublier ces flirts avec la droite ou, pour parler comme un stratège gaffeur, s’ils sont parvenus à les effacer comme on fait disparaître les dessins sur un Etch a Sketch. Les sondages réalisés depuis la fin de la convention républicaine vont dans toutes les directions et n’indiquent pas de changement spectaculaire dans les intentions de vote.


« J’ai le sentiment que les démocrates ont un petit peu mieux réussi cette année. Ils ont fourni un peu plus de ces moments magiques qui engendrent une grande émotion. Côté républicain, je dirais que le discours de Romney a été assez efficace, l’objectif étant de convaincre qu’il a un côté humain, car on lui a reproché d’être un homme un peu froid. Cela dit, je me demande si les républicains ont autant de grosses pointures que les démocrates en ce moment », note de son côté le politologue Frédérick Gagnon de l’Université du Québec à Montréal.


La campagne électorale s’annonce très serrée, s’accordent à dire les observateurs. « La mauvaise nouvelle pour Obama, c’est que les chiffres sur l’emploi publié ce matin ne sont pas aussi encourageants qu’il l’aurait souhaité. Le taux de chômage est toujours de 8,1 %. Or on sait qu’aucun président américain n’a réussi à se faire réélire alors que ce taux dépassait le 7,2 % depuis Franklin D. Roosevelt », poursuit M. Gagnon.


Enfin, les conventions partisanes servent à faire connaître de nouvelles vedettes en vue d’élections à venir. Le discours du maire de San Antonio, Julian Castro, mardi à Charlotte, a été comparé à celui que Barack Obama avait prononcé dans des circonstances similaires en 2004.


« Cet aspect n’a pas été aussi important qu’en 2004 parce qu’il s’agissait avant tout pour les démocrates de soutenir la position du président », explique cependant Graham Dodds.