Lois antipiratage: sous la pression, Washington fait machine arrière

Washington — Devant la levée de boucliers sans précédent contre des lois antipiratage controversées à l'examen au Congrès des États-Unis, le pouvoir politique à Washington a prudemment fait machine arrière cette semaine.

L'influence des géants Internet Google et Wikipédia et de plusieurs dizaines d'autres sites est parvenue à entraver des projets de loi américains destinés à combattre la piraterie en ligne.

«À la lumière des événements récents, j'ai décidé de reporter le vote de mardi» sur le PIPA («Protect Intellectual Property Act»), a annoncé hier le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, dans un communiqué.

M. Reid espère un «compromis» dans les semaines qui viennent. Il a ajouté que «la contrefaçon et la piraterie coûtent à l'économie américaine des milliards de dollars et des milliers d'emplois chaque année» et qu'il revient au Congrès de légiférer sur la question.

Dans la foulée, le président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Lamar Smith — auteur du SOPA («Stop Online Piracy Act»), le pendant du PIPA à la Chambre basse — a annoncé que sa commission allait «reporter tout examen du projet de loi jusqu'à ce qu'un consensus plus large sur une solution se dégage».

Vague de protestation

Ces rétropédalages surviennent après une vague de protestation en ligne inédite mercredi, qui a vu notamment la version anglaise de Wikipédia afficher un écran noir et Google masquer son logo.

Plusieurs sénateurs des deux partis, qui avaient accepté au départ d'associer leur nom au PIPA, ont demandé à ce qu'il soit retiré cette semaine. Parmi eux, le républicain Orrin Hatch dit avoir «écouté les inquiétudes» soulevées au sujet des projets de loi.

La Maison-Blanche avait pris ses distances par rapport à ces textes dès le week-end dernier. Jay Carney, le porte-parole de la Maison-Blanche, a confirmé cette position hier en affirmant que le Congrès pouvait trouver «une [autre] solution législative» qui répondrait au problème de la piraterie en ligne tout garantissant la liberté d'Internet.

Jeudi soir, les quatre candidats à l'investiture républicaine pour la présidentielle de novembre 2012 — Mitt Romney, Newt Gingrich, Rick Santorum et Ron Paul — se sont aussi démarqués des deux projets de loi lors d'un débat télévisé.

Hier, Google a annoncé avoir collecté plus de sept millions de signatures pour sa pétition qui demande au Congrès de voter «non» aux projets de loi antipiratage.

Google, Wikipédia, Facebook, Twitter, Yahoo! ou encore eBay jugent que ces textes donneraient suffisamment de pouvoir aux autorités américaines pour faire fermer à leur guise des sites accusés de piratage.

Face aux géants de la Silicon Valley, PIPA et SOPA ont en revanche reçu le soutien d'Hollywood, de l'industrie musicale et de la Chambre de commerce américaine.

L'ex-sénateur démocrate Chris Dodd, désormais président de la Motion Picture Association of America, qui défend les intérêts d'Hollywood, en a fait les frais, son site ayant été visé par un acte de représailles, selon Anonymous.
4 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 21 janvier 2012 09 h 20

    Sa lâcheté face aux lobbys...

    ...est une fois de plus démontrée par la Maison-Blanche. Même sous Obama. Que demandent les multi-milliardaires du Web comme Google ou Yahoo? Ni plus, ni moins que le droit de pouvoir arnaquer les créateurs en leur volant leur gagne-pain en toute impunité. Les autorités américaines, et d'autres pays, ont déjà le droit de fermer des sites de haine raciale ou de pornographie juvénile. À cela, heureusement, personne ne s'oppose. Alors, pourquoi pas celui de fermer des sites de grand banditisme dont les artistes sont les victimes?

    La plupart des méga-sites comme Google sont américains et mondiaux à la fois. En les soustrayant aux traités internationaux sur les droitd d'auteur, alors qu'ils sont les plus dangereux, le gouvernement américain trahit sa parole envers les auteurs du monde entier. Obama vient de faire la preuve que l'Amérique n'est plus la démocratie exemplaire qu'elle prétend être. Même sous un président soi-disant «libéral», elle n'est pus que le jouet du big business.

    L'avenir des auteurs du monde entier s'annonce sombre. Ils ne pourront bientôt bientôt plus vivre de leur métier.

    Honteux.

  • Alexandre Rochefort - Inscrit 22 janvier 2012 03 h 28

    @Discret

    Je n'approuve pas ce que vous dites, la réaction massive des internautes et des géants de l'internet n'est pas qu'un question d'avoir le droit de piraté. C'est une question fondamentale de la liberté d'expression et de droit à la communication.

    L'internet est une méthode de communication à l'échelle mondiale, c'est la diffusion libre de toutes informations, ce n'est pas une chaîne télé que l'on peut censurer à notre guise.

    Prenons par exemple MegaUpload, le site que le gouvernement américain a fait fermer la semaine passée. Le site est à la base un hébergeur de fichiers, monsieur et madame tout le monde peuvent à leur guise s'ouvrir un compte, y déposer des fichiers, et les télécharger où bon leur semble, cette pratique est totalement légale. Bien entendu, on y retrouvait des millions de films piratés, mais ces fichiers ne venaient pas du site lui même, mais bien des usagers qui les déposaient et très fréquemment, MegaUpload à la demande des studios retiraient des fichiers que l'on jugeait enfraindre la législation relative aux droits d'auteurs.

    Ce que le gouvernement américain prône en ce moment, c'est détruisons le contenant pour contrôler le contenu, qu'en est-il de tous les usagers qui déposaient leurs fichiers personnels en toute légalité, maintenant que le gouvernement américain a fermé le site, ces fichiers sont perdus. En sommes, en voulant combattre le piratage, ils ont enfermé des innocents pour 20 ans et priver l'accès à des milliers d'usagers à leurs fichiers légaux.

    Ce n'est que le début, si ce projet de loi est accepté, nous verrons pleins de ces sites légaux (Youtube, RapidShare, MediaFire, SoundCloud, Facebook) avoir leur contenu censurés sous prétextes qu'ils contiennent des fichiers ou commentaires illégaux, des sites qui au contraire sont à la base au service des auteurs en leur donnant un outil pour diffuser à coup moindre leurs oeuvres.

  • Alexandre Rochefort - Inscrit 22 janvier 2012 03 h 33

    @Discret (2)

    De plus, je suis technicien informatique et mon avis est que même les États-Unis n'ont pas les ressources nécessaires pour faire face au problème du piratage, les maîtres de l'informatique ne sont pas au gouvernement mais bien dans les groupes de pirates et dans la communnauté des internautes.

    Ce qu'ils ne réalisent pas, c'est que le plus ils essaient, le plus ils tournent le fer dans la plaie, le problème va s'aggraver, les méthodes de piratages vont se voir encore plus détournés et risques de provoquer des problèmes de sécurités majeurs sur l'internet.

    Bref, le problème du piratage est grave, mais selon il est irrésolvable, l'information se propage plus rapidement que ce que l'homme peut contrôler.

  • F. Viau - Inscrit 27 janvier 2012 11 h 39

    «L'industrie musicale»

    Ceux qui s'opposent aux téléchargement illégal de la musique sont les producteurs, pas les artistes. Les artistes ne font pas leur argent en vendant des CD, ils en font avec leurs spectacles. Tant que les gens qui téléchargent la musique gratuitement vont voir les spectacles par après, cet état des choses plaît à la plupart des créateurs musicaux.

    Vous n'avez qu'à considérer tous ces artistes qui donnent leur CD gratuitement sur le net pour faire un pied-de-nez aux grosses maisons de productions...

    Alors Discret, s'il est vrai que les créateurs de film peuvent être fâché par le piratage, une grande partie des musiciens eux sont plutôt contre SOPA.

    Et de toute façon, Hollywood ne m'inspire pas beaucoup de pitié, ce sont eux aussi des «multi-milliardaires».

    La démocratie, ça passe en grande partie par la communication et l'union de la population. En se soustrayant de ce projet de loi, M. Obama protège la démocratie plus qu'il ne la menace.

    -Frédéric Viau