Wikipédia et Google protestent contre des lois antipiratage aux États-Unis

La page de présentation de Wikipédia, hier, à Bruxelles.<br />
Photo: Agence Reuters Yves Herman La page de présentation de Wikipédia, hier, à Bruxelles.

Washington — Un écran noir et cette phrase: «Imaginez un monde où le savoir ne serait pas libre». Pour protester contre des projets de loi antipiratage à l'étude aux États-Unis, la version anglaise de Wikipédia était, hier, indisponible, tandis que Google.com masquait son logo.

Et plusieurs dizaines de sites ont imité les deux géants d'Internet, à l'image de Reporters sans frontières qui a fermé, pendant 24 heures, la version anglaise de son site, disant «protester au nom de la liberté d'expression en ligne».

À l'origine de la colère, deux projets de loi présentés au Congrès américain, destinés, selon leurs auteurs, à combattre le piratage en ligne.

Le «Stop Online Piracy Act» (SOPA) a été déposé à la Chambre des représentants, tandis que son pendant, le «Protect IP Act» (PIPA) est à l'étude au Sénat.

Si SOPA et PIPA bénéficient du soutien d'Hollywood, de l'industrie musicale ou encore de la Chambre de commerce, Wikipédia, Google, Twitter et Yahoo jugent en revanche que les textes conféreraient le pouvoir aux autorités américaines de faire fermer à leur guise des sites accusés de piratage.

En décembre, les fondateurs d'eBay, Google, Twitter, Yahoo et Wikipédia avaient, dans une lettre ouverte, jugé que les propositions de loi «donneraient au gouvernement américain le pouvoir de censurer l'Internet en utilisant des procédures similaires à celles employées par la Chine, la Malaisie ou l'Iran».

En signe de protestation, la page d'accueil de la version anglaise de Google masquait mercredi son célèbre logo multicolore par un rectangle noir. Et sur la chaîne américaine NBC, Marissa Mayer, responsable du développement chez Google, a fait part de son «inquiétude quant au piratage. Pour s'attaquer à des sites étrangers voyous, existent des moyens plus efficaces, plus ciblés que ceux qui consistent à réclamer une large censure».

Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, a lui préféré prendre l'affaire sous l'angle humoristique. «Avertissement aux étudiants! Faites vos devoirs en avance. Wikipédia proteste contre une mauvaise loi», a-t-il écrit sur Twitter.

Ce week-end, la Maison-Blanche s'est désolidarisée des projets de loi examinés par le Congrès. «Nous considérons que le piratage sur Internet est un grave problème qui nécessite une réponse législative sérieuse, mais nous ne soutiendrons pas une législation qui réduit la liberté d'expression, augmente les risques pour la sécurité cybernétique et sape le dynamisme et le caractère innovant de l'Internet mondial», a indiqué la présidence américaine dans un communiqué.
5 commentaires
  • Jean-Francois Ouellette - Inscrit 19 janvier 2012 10 h 57

    S'impliquer contre SOPA

    Pour ceux qui désirent porter un geste concret contre SOPA/PIPA, il y a présentement un projet de loi au Parlement. Voici une façon facile de s'impliquer en trois étapes.
    http://wp.me/p1pKId-4e

  • Franklin Bernard - Inscrit 20 janvier 2012 11 h 22

    L'heure est très grave pour les auteurs...

    ... et artistes du monde entier, dont le seul revenu provient de la vente de leur oeuvres: romans, poésie, théâtre, textes en tous genres, musique, paroles, films, oeuvres audio-visuelles, etc... Ici, il n'est ni plus, ni moins question que de voler leur seul gagne-pain aux artistes via l'Internet. Imaginez ceci: vous êtes compositeur-parolier professionnel. Vous écrivez et composez une chanson. Pour une raison ou une autre, éditeur sans scrupules ou ex-petit/e ami/e vengeur/eresse, vous la retrouvez publiée sur l'Internet. Immédiatement, le monde entier peut se la procurer gratuitement, et vous, vous vous retrouvez au BS.

    C'est aussi simple que ça. C'est ce qu'Apple a brillamment compris au moment où le piratage de la musique populaire atteignait des sommets, en fondant iTunes, où on peut télécharger de la musique, en payant, mais à moindre coût que les prix ridicules pratiqués par les maisons de disques. Moins cher, mais plus de ventes. Et une part des revenus retourne aux auteurs.

    En se portant à l'attaque contre les deux projets de lois américains, la plupart des gens, dont Jean-François Ouellette, plus haut, sous le couvert hyporcite de dénoncer leurs excès, se font les chantres de ce vol mondial qualifié aux dépens des auteurs.

    Il faut à tout prix résister et dénoncer très haut les lobbys des Google, Wikipedia, Yahoo, Twitter et autres escrocs multi-milliardaires de la Toile. N'attaquez pas SOPA/PIPA.

    Ceux qui disent qu'on ne peut pas, ou qu'on ne doit pas, légiférer l'Internet sont de fieffés menteurs. On légifère bien, et à juste titre, contre l'appel à la haine raciale, ou la pornographie juvénile, par exemple. Pourquoi pas contre le piratage?

    Quand on connait le mépris de Harper envers les artistes en général, et son peu de souci de la défense du principe du droit d'auteur, on peut s'attendre à ce qu'Il s'en prenne lui aussi à ces deux lois.

    Il faut que les artistes fassent entendre leur voix au plus vite.

  • Franklin Bernard - Inscrit 20 janvier 2012 11 h 32

    Et Obama dans tout ça?

    La Maison-Blanche: ««Nous considérons que le piratage sur Internet est un grave problème qui nécessite une réponse législative sérieuse, mais nous ne soutiendrons pas une législation qui réduit la liberté d'expression, augmente les risques pour la sécurité cybernétique et sape le dynamisme et le caractère innovant de l'Internet mondial».

    La langue de bois à saveur démocrate américaine. Je suis sidéré de lire ça de la part d'Obama. En d'autres termes, nous sommes pour une loi contre le piratage, mais elle sera tellement molle, elle n'aura tellement pas de dents, elle cèdera tellement facilement aux lobbys des puissants du Web, qu'elle ne servira à rien, et les artistes seront de toute façon floués.

    Ah. cette foutue «liberté d'expression»! Elle a bon dos! Pourquoi l'entendons-nous toujours proclamée par ceux qui veulent voler les autres? Qu'est-ce que la protection contre le piratage a à voir avec la liberté d'expression? Rien! Ce sont deux concepts totalement différents que rien n'oppose. C'est ici le langage de manipulateurs!

    Si Obama ne fait pas mieux, il va me faire amèrement regretter d'avoir applaudi son élection. Je n'aurais jamais cru ça possible.

    NON AU PIRATAGE SUR L'INTERNET!

  • Alexandre Rochefort - Inscrit 22 janvier 2012 12 h 58

    @discret

    Je n'approuve pas ce que vous dites, la réaction massive des internautes et des géants de l'internet n'est pas qu'un question d'avoir le droit de piraté. C'est une question fondamentale de la liberté d'expression et de droit à la communication.

    L'internet est une méthode de communication à l'échelle mondiale, c'est la diffusion libre de toutes informations, ce n'est pas une chaîne télé que l'on peut censurer à notre guise.

    Prenons par exemple MegaUpload, le site que le gouvernement américain a fait fermer la semaine passée. Le site est à la base un hébergeur de fichiers, monsieur et madame tout le monde peuvent à leur guise s'ouvrir un compte, y déposer des fichiers, et les télécharger où bon leur semble, cette pratique est totalement légale. Bien entendu, on y retrouvait des millions de films piratés, mais ces fichiers ne venaient pas du site lui même, mais bien des usagers qui les déposaient et très fréquemment, MegaUpload à la demande des studios retiraient des fichiers que l'on jugeait enfraindre la législation relative aux droits d'auteurs.

    Ce que le gouvernement américain prône en ce moment, c'est détruisons le contenant pour contrôler le contenu, qu'en est-il de tous les usagers qui déposaient leurs fichiers personnels en toute légalité, maintenant que le gouvernement américain a fermé le site, ces fichiers sont perdus. En sommes, en voulant combattre le piratage, ils ont enfermé des innocents pour 20 ans et priver l'accès à des milliers d'usagers à leurs fichiers légaux.

    Ce n'est que le début, si ce projet de loi est accepté, nous verrons pleins de ces sites légaux (Youtube, RapidShare, MediaFire, SoundCloud, Facebook) avoir leur contenu censurés sous prétextes qu'ils contiennent des fichiers ou commentaires illégaux, des sites qui au contraire sont à la base au service des auteurs en leur donnant un outil pour diffuser à coup moindre leurs oeuvres.

  • Alexandre Rochefort - Inscrit 22 janvier 2012 13 h 04

    @Discret

    Honnêtement, je sais que mon opinion est discutable, je ne ferai l'unanimité là dessus, mais bon je me lance.

    Je suis totalement contre le fait qu'un artiste gagne sa vie avec son art, l'art c'est de la création personnelle, c'est une passion, pas un gagne-pain. Pour gagner sa vie, je considère qu'il faut avoir un impact réel sur la société, une utilité véritable.

    Pour les artiste qui réussissent à ganger leur vie, tant mieux pour vous, je ne vous en empêcherai pas, mais c'est à vous de prendre les mesures nécessaires pour que ce soit rentable et protéger vos oeuvres, plusieurs y arrivent, ça fait partie du métier, on ne va quand même pas commencer à sécuriser toute l'internet pour que les petits artistes puissent y gagner leur vie, c'est ridicule.