Dix ans après, Guantánamo reste une tache dans le paysage américain

Malgré l’engagement de Barack Obama de fermer la prison avant janvier 2010, une loi votée par le Congrès et promulguée fin décembre empêche de facto la réalisation de cet objectif.
Photo: Agence Reuters Joe Skipper Malgré l’engagement de Barack Obama de fermer la prison avant janvier 2010, une loi votée par le Congrès et promulguée fin décembre empêche de facto la réalisation de cet objectif.

Washington - Dix ans après avoir accueilli ses premiers détenus, la très controversée prison de Guantanamo compte encore 171 hommes, malgré les promesses du président américain Barack Obama de la fermer, et reste pour beaucoup le symbole d'atteintes aux droits de l'Homme.

Lors de son ouverture, le 11janvier 2002, une vingtaine de détenus arrivés d'Afghanistan sont emprisonnés dans des cages à ciel ouvert aujourd'hui rendues aux herbes folles et aux iguanes. Leurs photos en combinaisons oranges, un sac noir sur la tête, ont fait le tour du monde. Ce sont les premiers «combattants ennemis» de la présidence de George W. Bush interpellés en représailles des attentats meurtriers du 11 septembre 2001.

Situé dans la baie de Guantanamo, dans sud-est de Cuba, le centre de détention est érigé sur une base navale de 116 km2 que les États-Unis louent à Cuba en vertu d'un traité américano-cubain de 1903.

La prison, dont les premiers bâtiments en dur sont érigés à partir de mai 2002, a accueilli jusqu'à 779 hommes et adolescents au total, dont 680 sont incarcérés en même temps courant 2003, selon le Pentagone.

La population carcérale s'est réduite au fil des ans, mais n'évolue plus, faute d'endroit pour accueillir les 89 détenus jugés «libérables» par les autorités militaires.

Malgré l'engagement de Barack Obama de fermer la prison avant janvier 2010, une loi votée par le Congrès et promulguée fin décembre empêche de facto la réalisation de cet objectif. Elle interdit l'usage de fonds public pour transférer les détenus vers les États-Unis ou des pays tiers et impose que les suspects de terrorisme soient traduits devant des tribunaux militaires.

«Bien que le président Obama reste déterminé à fermer Guantánamo, le Congrès a pris des mesures empêchant» de le faire, déclare à l'AFP le lieutenant-colonel Todd Breasseale, porte-parole du Pentagone, ajoutant toutefois que pour un «pays en guerre, il est extrêmement important d'empêcher qu'ils [les détenus] regagnent le champ de bataille».

Les conditions de détention se sont améliorées et les détenus disposent de «plus de liberté» dans les parties communes du camp qui accueillent 80% d'entre eux.

«L'espoir de voir fermer Guantánamo s'amenuise», estime pourtant Jonathan Hafetz, professeur de droit à Seton Hall. «C'est de plus en plus dur politiquement et juridiquement à cause de cette loi», dit à l'AFP l'avocat de deux prisonniers de «Gitmo», estimant que «les détenus sont dans des limbes juridiques».

«Ils ne sont ni prisonniers de guerre ni rien du tout», ajoute Karen Greenberg, experte en terrorisme à l'Université Fordham et auteur de Premiers 100 jours de Guantánamo: «Sans statut, sans nom ni étiquette.

«Héritage toxique»

«L'échec du gouvernement américain à fermer le centre de détention de la baie de Guantánamo laisse un héritage toxique pour les droits de l'homme», souligne un rapport d'Amnesty International publié pour le 10e anniversaire de la prison.

Connue pour ses méthodes d'interrogatoire musclées, la prison demeure une «insulte pour les droits de l'Homme», déclare Rob Freer, chercheur d'Amnesty.

«Ce n'est pas seulement le symbole d'abus et de mauvais traitements, explique-t-il; c'est le symbole d'une atteinte aux principes internationaux des droits de l'Homme» qui se poursuit aujourd'hui avec «l'échec des États-Unis à rendre des comptes» et avec la détention arbitraire et illimitée sans inculpation ou sans procès.

Seuls six détenus ont été reconnus coupables devant des commissions militaires, selon le Pentagone, et sept autres devraient être traduits devant ces tribunaux d'exception dans les prochains mois, dont le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre.

Le rapport fustige «la réticence de longue date des États-Unis à appliquer à eux-mêmes les principes internationaux des droits de l'Homme qu'ils attendent des autres».

Guantánamo a «profondément endommagé la réputation des États-Unis dans le monde», renchérit Hina Shamsi, directrice à l'organisation de défense des libertés civiles ACLU: «Il y a dix ans, personne n'aurait imaginé que Guantánamo serait devenue partie intégrante du paysage américain».

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6 commentaires
  • Christian PHILIPPE - Inscrit 9 janvier 2012 03 h 53

    DISCOURS NAZI DE HERMANN GOERING EN 1934

    " Nous privons de défense les ennemis du peuple, nous nous élevons sciemment contre la fausse douceur, et le faux humanitarisme....nous ne reconnaissons pas les inventions fallacieuses ni les chinoiseries des subtilités juridiques...."
    et voilà voilà .....l'Histoire est un éternel recommencement!

  • Mimi37 - Inscrit 9 janvier 2012 06 h 01

    Et pourtant...

    Et pourtant, ces prisonniers furent très bien nourri, très bien soigné et ce, GRATUITEMENT ce qui est souvent beaucoup mieux que plusieurs américains de naissances ainsi que CEUX qui ont SUBIENT les conséquences (pompiers, policiers et autres) des attaques sur le Worlt Trade Center.

    Obama aurait mieux fait de garantir des soins gratuits à ses compatriotes... oups mais peut-être l'a-t-il fait ? hahahaha

  • Jean-Michel Picard - Inscrit 9 janvier 2012 08 h 30

    Une tache vous dites ?

    Ce n'est pas une tache, mais bien la représentation globale du territoire étasunien !

  • Daniel Lambert - Inscrit 9 janvier 2012 08 h 42

    Un camp pour n'importe qui...


    «...il est extrêmement important d'empêcher qu'ils [les détenus] regagnent le champ de bataille».

    On l'a vu: 95% des détenus arrêtés ont été relàchés, après avpoir subi les pires outrages. Peu importe quand ces détenus seront libérés, ils regagneront le champ de bataille et s'en prendront à tout ce qui a visage américain pour les 50 années à venir.

    Aucun terroriste du monde arabe n'oubliera les tortures des leurs frères à Guantanamo.

  • stephane dupras - Inscrit 9 janvier 2012 15 h 31

    La justice à géométrie variable

    Les petits amis des présidents ont le droit au pardon présidentiel, les musulmans qui ont l'air louche eux c'est un territoire de non droit !

    Pour le courage moral et éthique on repassera.