Mitt Romney obtient l'appui de McCain

Après la victoire à l'arraché de l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney dans l'État de l'Iowa mardi soir, la course à l'investiture républicaine s'est transportée hier dans l'État du New Hampshire, laissant derrière elle l'égérie de la droite, Michele Bachmann.

La seule femme candidate à l'investiture républicaine, qui s'est fait connaître des Américains lors des élections de mi-mandat de novembre 2010, a fini sixième après s'être retrouvée dans le trio de tête pendant un certain temps.

Hier, la fondatrice du caucus du Tea Party à la Chambre des représentants a déclaré ne nourrir «aucun regret» et vouloir continuer de lutter pour les causes qu'elle a défendues tout au long de sa campagne.

Les autres candidats, Mitt Romney en tête, ont mis le cap hier sur le New Hampshire en vue des primaires dans cet État le 10 janvier, les premières dans un calendrier électoral qui s'étale jusqu'à l'été prochain.

«Nous avons du pain sur la planche», a lancé l'ancien gouverneur du Massachusetts à ses partisans peu avant que le président du Parti républicain dans l'Iowa, Matt Strawn, fasse connaître hier matin les résultats officiels.

À Manchester, le favori des sondages a reçu hier un soutien de taille, celui du sénateur de l'Arizona, John McCain. «Notre message au président Barack Obama c'est: vous pouvez toujours courir, mais vous ne pouvez pas ignorer votre bilan», a lancé l'ancien héros de la guerre du Vietnam, accusant Barack Obama de «détruire notre sécurité nationale».

«Le temps est venu pour les républicains de choisir un candidat présidentiel, un porte-drapeau qui a la capacité et la détermination de défaire le président Barack Obama», a déclaré le candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2008.

Ce soutien reflète notamment la volonté claire chez les républicains de ne pas sombrer dans une bataille interne qui affaiblirait leur candidat par rapport au président sortant, lequel est candidat à sa réélection le 6 novembre prochain.

«Le Parti républicain commence à se rassembler autour de Mitt Romney», a souligné à l'AFP l'ancien journaliste politique David Yepsen.

Arrivé deuxième du caucus de l'Iowa, battu par Mitt Romney par seulement huit voix, l'ancien sénateur de Pennsylvanie a vu son passé relativement épargné pour l'instant dans la campagne des primaires républicaines. Ce temps est sans doute révolu.

Rick Perry, qui avait annoncé dès mardi soir qu'il réexaminait sa candidature, a fait savoir hier qu'il restait dans la course et a dit vouloir se rendre sans tarder dans l'État de la Caroline du Sud, où se tiendront des primaires le 21 janvier.

Le «plafond de verre» de Romney


Depuis des mois, le New Hampshire semble acquis à Mitt Romney, déjà candidat à l'investiture républicaine en 2008. Le conservateur cérébral et peu charismatique y caracole dans les sondages au-dessus des 40 % des intentions de vote, loin devant ses adversaires. Mais selon un sondage de la Suffolk University, un tiers des électeurs potentiels du New Hampshire n'ont toujours pas arrêté leur décision.

«Il y a comme un plafond de verre pour Romney. Il a dépensé de l'argent et du temps à courtiser les conservateurs, mais il semble qu'il n'arrive pas à le crever», a renchéri Bob Oldendick, de l'Université de Caroline du Sud.

Sur le long terme, cependant, la plupart des experts continuent à penser que Mitt Romney reste le candidat incontournable, à défaut d'être celui dont rêve la base républicaine.

À cet égard, les démocrates ne cachaient pas leur joie devant le fait que les républicains, divisés, s'avèrent incapables de se rallier derrière un seul homme. «Il est très possible que cette course [à la nomination républicaine] se poursuive longtemps», a déclaré le stratège en chef de M. Obama, David Axelrod, ironisant sur M. Romney, «l'homme aux 25 %» d'électeurs, son score dans l'Iowa mardi et en 2008.

L'équipe de campagne du président sortant a souligné que le scrutin de l'Iowa constituait une victoire des «extrémistes», prêts à «saccager la sécurité sociale pour permettre aux milliardaires et aux entreprises de payer moins d'impôts».

Désignations controversées


Malgré les mises en garde des républicains, le président Barack Obama a nommé par décret hier quatre hauts responsables, plantant le décor d'une campagne électorale pugnace.

«Lorsque le Congrès refuse d'agir et que cela a pour conséquence de faire du tort à notre économie et de faire courir des risques aux gens, il est de ma responsabilité de président de faire ce que je peux sans lui», a déclaré M. Obama lors d'un déplacement dans l'Ohio, où il a annoncé la nomination de Richard Cordray à la tête du nouveau Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB).

M. Cordray s'est notamment illustré en poursuivant des banques pour leurs abus dans les prêts immobiliers à son poste précédent de ministre de la Justice de l'Ohio.

Ce passage en force a provoqué des réactions outrées dans le camp républicain, qui bloque la nomination de M. Cordray depuis juillet, et ce, après avoir déjà barré la route à une première candidate, Elizabeth Warren.

Ils ont accusé hier M. Obama de «fouler aux pieds» la Constitution. Pour eux, le Congrès n'est pas en vacances, seul moment où des nominations par décret sont possibles.

«Je ne resterai pas inerte alors qu'une minorité au Sénat donne la priorité à l'idéologie plutôt qu'aux gens qu'ils doivent représenter», a expliqué M. Obama.

Candidat à sa réélection, Barack Obama poursuit ainsi dans la veine d'une stratégie rodée depuis l'été: se présenter comme le défenseur d'une classe moyenne durement touchée par la crise, devant des républicains accusés de prendre le parti des plus riches.

La Maison-Blanche a ensuite annoncé trois autres nominations par décret au Bureau des relations du travail, un autre organisme décrié par les républicains.

Le chef de la minorité au Sénat, Mitch McConnell, a affirmé que «le président Obama, par un geste sans précédent, a court-circuité les Américains avec arrogance», tandis que le président de la Chambre des représentants, John Boehner, dénonçait un «abus de pouvoir extraordinaire».

M. Romney a, lui, dénoncé une décision qui «représente le pire de la politique de Chicago», ville dont M. Obama fut l'élu.

«Mitt Romney s'est solidarisé des prêteurs abusifs et des républicains du Congrès, face à la classe moyenne», a répliqué le porte-parole de la campagne Obama2012, Ben LaBolt.

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D'après l'AFP, l'AP et Reuters
2 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 5 janvier 2012 07 h 32

    Regardez les visages des supporters

    Une chose me frappe quand je regarde tous ces rallyes républicains, tenus par les candidats et candidates à l'investiture présidentielle les plus réactionnaires qu'on ait vus depuis longtemps: pas un seul visage noir ou latino parmi les supporters présents. Pas un. Or, ils reprèsentent environ 30% de la population américaine. On pourrait donc s'attendre à en voir tout de même quelques uns, de temps à autre. Mais jamais.

    Voilà qui en dit long sur la base profonde du GOP, et sur l'objectif monolithique commun de tous les candidats (sauf peut-être John Huntsman): sortir l'Afro-Américain qui a osé se faire élire à la Maison-Blanche. Pas l'économie, pas les emplois, pas la justice sociale, pas la sécurité intérieure, pas la politique internationale. Non, dehors le noir!

    Et on viendra nous dire que le racisme est fini aux USA? Oui, il y a eu l'épisode Herman Cain, mais il n'y a pas résisté longtemps.

  • Marcel Lapointe - Abonné 5 janvier 2012 11 h 40

    La causa nostra républicaine

    Une première tête fêlée a déclaré forfait. Ils règlent leur différends entre eux comme des mafieux. Vous me direz qu'il en est toujours ainsi, que les primaires américaines sont faites pour cela. Mais cette fois-ci je trouve que cela est plus symbolique du cahot qui prévaut aux USA. Quand il en sortira un de la cuisse de Jupiter, nous connaitrons le CV complet de tous ses travers et de toutes les turpitudes dont il sera capable. Capable, entre autres, de laisser le champ encore plus libre que jamais aux requins de la finance.
    ML