Les relations internationales des États-Unis sous Barack Obama - La continuité avant le changement

Barack Obama hier, au sommet du G20, à Cannes.
Photo: Agence Reuters Markus Schreiber Barack Obama hier, au sommet du G20, à Cannes.

En votant cette semaine contre l'adhésion de la Palestine à l'UNESCO et en sanctionnant l'organisation internationale pour avoir ainsi ouvert la voie à la reconnaissance d'un État palestinien, Barack Obama a montré une fois de plus que sa politique étrangère fait plus dans la continuité que dans le changement.

Washington — La candidature de la Palestine à l'ONU doit être examinée ce mois-ci par le Conseil de sécurité. Mais dès lundi, les États-Unis, qui ont un droit de veto à l'organe politique de l'ONU, ont mis en oeuvre la stratégie annoncée depuis des mois par Barack Obama: ils ont voté contre l'adhésion de la Palestine à l'UNESCO et dénoncé le vote favorable de l'assemblée générale de l'organisation comme «prématuré», arguant que la création de l'État palestinien ne peut survenir que par le biais de «négociations directes» entre Palestiniens et Israéliens. Le jour même, Washington a aussi suspendu sa cotisation à l'UNESCO, la privant ainsi de 22 % de son budget, soit environ 70 millions de dollars.

Deux jours plus tard, la Maison-Blanche a fait savoir que Barack Obama était «profondément déçu» par l'attitude d'Israël qui, à la suite de l'admission de la Palestine à l'UNESCO, a décidé d'accélérer la construction de logements pour familles juives à Jérusalem-Est et en Cisjordanie et de geler la restitution de taxes collectées au nom de l'Autorité palestinienne.

Mais, contrairement à sa mesure de rétorsion contre l'UNESCO, le gouvernement Obama n'a pris aucune sanction contre Israël. Par ailleurs, la réaction des États-Unis n'est pas survenue mardi, le jour même de la décision du gouvernement du premier ministre Benjamin Nétanyahou, mais seulement mercredi. Un retard qui reflète soit le malaise du gouvernement Obama, soit son désir de minimiser l'importance de la décision israélienne.

Cet épisode, marqué par un soutien inconditionnel à Israël et une absence de pressions publiques sur son gouvernement, vient souligner encore à quel point la politique étrangère de Barack Obama a plus à voir avec la continuité qu'avec le changement.

La difficulté

«Une certaine continuité», dit au Devoir Alan Berger, chroniqueur de politique étrangère au Boston Globe et ancien membre du comité éditorial de ce quotidien de tendance démocrate. «La coopération avec l'Autorité palestinienne en Cisjordanie a été productive sous Obama, avec un développement économique au moins dans les villes», fait-il valoir, avant d'ajouter que «le seul moyen de juger Obama dans ce dossier est au regard du degré de difficulté qui est grand puisqu'il a affaire à un gouvernement israélien qui ne veut pas la solution de deux États».

«Continuité absolue», indique pour sa part au Devoir Phillys Bennis, chercheuse à l'Institute for Policy Studies à Washington. «Comme ses prédécesseurs, Obama n'a jamais exercé de pressions réelles sur Israël, il ne menace jamais de retirer l'aide américaine ou la protection américaine dans le cadre de l'ONU quand Nétanyahou refuse des négociations sur la base des frontières de 1967 ou le gel des colonies», explique Phillys Bennis.

Relative ou absolue, la continuation de la politique étrangère actuelle des États-Unis avec celle qui a prévalu depuis des décennies dépasse largement les marges du dossier israélo-palestinien.

Interrogé sur la question de savoir où se situe le changement dans la politique étrangère de Barack Obama, Alan Berger hésite, puis déclare «le retrait d'Irak, qui est la chose la plus évidente» (NDLR: retrait annoncé pour la fin de l'année), mais le chroniqueur ajoute que ce calendrier de retrait, bien que promis par Barack Obama pendant la campagne présidentielle de 2008, «était prévu par un accord signé par George Bush et le premier ministre irakien Nouri el-Malaki».

De fait, Barack Obama prolonge souvent, voire accentue les politiques menées par son prédécesseur immédiat. Les exemples les plus frappants: la poursuite de la guerre en Afghanistan et son intensification à coups de renforts de 30 000 hommes, l'augmentation spectaculaire des attaques de drones au Pakistan ou encore le renforcement de ce que George Bush appelait «la guerre contre le terrorisme» en Afrique et dans la péninsule Arabique.

Le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman, pourtant l'un des plus amènes à l'endroit du chef de la Maison-Blanche, concède que le président Obama «s'est révélé bien plus expert à appliquer la politique étrangère de George Bush que Bush lui-même». De son côté, Michael Barone, chroniqueur conservateur du Washington Examiner, relève le fait que Barack Obama «a autorisé des attaques de drones contre des terroristes au Pakistan et au Yémen que certains de ses conseillers auraient dénoncées comme criminelles si elles avaient été ordonnées par Bush».

Thomas Friedman attribue cette situation à la «naïveté» du jeune président. D'autres invoquent la politisation particulière des questions internationales au sein du gouvernement Obama. «Plus que dans les précédents gouvernements, l'équipe de politique étrangère d'Obama envisage toute action d'abord sous l'angle de ses effets politiques et personnels sur Obama, tandis que la discussion des mérites de telle ou telle mesure tend à ne venir qu'après», écrit notamment Albert Hunt, directeur du bureau de Washington de Bloomberg News. Une analyse semblable est faite par Bob Woodward dans son livre intitulé Obama's Wars.

D'autres encore invoquent le pragmatisme pour expliquer la politique étrangère du président Obama. Alan Berger, le chroniqueur du Boston Globe, estime ainsi qu'Obama «avait démarré sur une bonne impulsion», mais qu'il «s'adapte à la réalité».

Déception

M. Berger souligne du reste que la politique étrangère de Barack Obama, qu'il qualifie de «problématique», ne doit pas surprendre. «Avant même qu'il soit président, Obama a été très clair sur le fait qu'il n'est pas un pacifiste, qu'il n'est pas opposé à la guerre en général, mais seulement à ce qu'il a appelé "les guerres stupides". Il se peut qu'Obama ait tort, mais les gens qui se sentent trompés par lui ne l'avaient pas assez bien écouté pendant la campagne présidentielle», dit-il. En effet, l'escalade en Afghanistan figurait dans le programme du candidat Obama et a été énoncée plusieurs fois dans ses discours de campagne et dans un débat télévisé au moins.

Mais Phyllis Bennis, l'experte de l'Institute of Policy Studies, est «franchement déçue par Obama». «Ce n'est pas que je m'attendais à ce qu'il représente le mouvement pour la paix ou qu'il rompe avec les forces institutionnelles qui tiennent à ce que les États-Unis restent le pays le plus puissant du monde et de l'Histoire et que tout ce qu'ils font est bien, mais je déplore qu'Obama n'ait pas saisi le podium que lui confère la présidence pour remettre en cause cette présomption», explique-t-elle.

Barack Obama a pourtant affirmé à maintes reprises depuis son entrée à la Maison-Blanche que les États-Unis ne peuvent plus se permettre d'agir seuls dans le monde et doivent nouer des partenariats avec leurs alliés, tant anciens que nouveaux. «Oui, mais ce n'est pas mon idée du multilatéralisme, rétorque Phyllis Bennis. Le multilatéralisme, ç'aurait été de dire que, parce que nous sommes encore la nation la plus puissante, nous avons plus d'obligations que d'autres à agir dans la coopération, par exemple dans la lutte contre le terrorisme, en changeant notre position et en acceptant la nécessité d'une Cour internationale de justice. Or Obama, s'il est bien pour ne pas agir seul, définit ce multilatéralisme uniquement sur un plan militaire.»

Eisenhower

Mme Bennis craint ainsi qu'après le succès de l'intervention de l'OTAN en Libye, le gouvernement Obama continue sur la voie tracée par Bill Clinton avec les bombardements de la Bosnie en 1995 et de la Serbie en 1999 pour élargir la mission de l'Alliance jusqu'en Somalie et contre le groupe islamiste Al-Shebab. «Les États-Unis utilisent l'OTAN et l'ONU comme une feuille de vigne pour cacher leur unilatéralisme», estime-t-elle.

2011 marque le cinquantième anniversaire du discours d'adieu du président Dwight Eisenhower, discours très inhabituel dans lequel l'ancien guerrier mettait en garde contre «l'influence injustifiée» du «complexe militaro-industriel» sur le gouvernement américain. Or Mme Bennis note que, même sous le gouvernement Obama, «le complexe militaro-industriel reste à la barre, avec en plus aujourd'hui les milieux financiers, pour façonner la politique américaine».

À cet égard, la politique étrangère de Barack Obama a failli à la plus importante promesse qu'il avait faite en 2008. «Obama avait promis de "mettre un terme à la mentalité qui mène à la guerre". Or il fait tout le contraire», regrette Mme Bennis.

Dans ce contexte, les résultats surprenants du vote à l'UNESCO pourraient signaler une nouvelle donne, parallèlement à la montée en puissance de la Chine et à la réémergence de la Russie. En effet, si le Canada, l'Australie et l'Allemagne ont voté avec les États-Unis contre l'adhésion de la Palestine, d'autres alliés traditionnels de Washington, comme la Grande-Bretagne et le Japon, se sont abstenus, tandis qu'un autre, la France, votait pour la reconnaissance de la Palestine en tant qu'État.

Phyllis Bennis indique que «certains alliés sont très fatigués de l'échec de la politique des États-Unis au Moyen-Orient». Elle ajoute que «de plus en plus de gouvernements sont sous la pression de leurs opinions publiques qui aspirent à un nouvel internationalisme remettant en question la politique américaine».

Or, devant ces mouvements potentiellement telluriques, qui s'expriment aussi dans les révoltes arabes, Barack Obama apparaît le plus souvent dépassé.


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