Souvenir, douleur et espoir

Une cérémonie émouvante s’est déroulée hier au Pentagone, quartier général de la défense américaine, où un appareil d’American Airlines piloté par des terroristes s’est écrasé le 11 septembre 2001.<br />
Photo: Agence Reuters Jason Reed Une cérémonie émouvante s’est déroulée hier au Pentagone, quartier général de la défense américaine, où un appareil d’American Airlines piloté par des terroristes s’est écrasé le 11 septembre 2001.

Les noms des 2977 victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont résonné hier à travers les États-Unis. À New York, à Shanksville et au Pentagone, des cérémonies émouvantes ont rappelé le douloureux souvenir de ce jour où l'Amérique a été durement frappée. Le président américain, Barack Obama, en a profité pour saluer l'unité des Américains depuis dix ans et a affirmé qu'ils désirent maintenant un «avenir de paix».

Fleurs, prières, chants, minutes de silence, témoignages aux yeux rougis: les trois sites où quatre avions piratés se sont écrasés étaient remplis de proches des victimes ou de simples citoyens qui gardent bien en tête les détails du drame. «Nous avons tellement perdu il y a dix ans, a dit Gordon Felt, président de l'Association des Familles du vol 93, parti de Newark sans jamais parvenir à sa destination, San Francisco. La douleur du 11-Septembre continue de nous accabler.»

Barack Obama et sa conjointe, Michelle Obama, ont fait la tournée des trois lieux de commémoration. Ils ont commencé leur journée à New York, où un premier avion a frappé une tour du World Trade Center à 8h46, le 11 septembre 2001, et un second, à 9h03. En arrière-plan sur Ground Zero, un immense drapeau américain avait été déployé sur le One World Trade Center, la nouvelle tour en construction, quelques heures plus tôt, au lever du soleil.

Devant la foule, le président a lu un passage de la Bible. «Dieu est notre refuge et notre force, un secours continuel dans l'adversité, aussi nous ne craindrons rien même si la terre est changée, si les montagnes s'abattent au milieu des eaux, si la mer gronde, si les montagnes subissent l'assaut des vagues.»

Le président de l'époque, George W. Bush, était également présent à Ground Zero avec son épouse, Laura, aux côtés du président Obama. Il a lu une lettre rédigée par Abraham Lincoln adressée à une femme qui venait de perdre ses fils pendant la guerre de Sécession.

Toute la matinée, les cloches ont retenti aux heures qui rappelaient les écrasements des avions ou l'effondrement des deux tours. Des enfants des victimes ont aussi adressé quelques mots à leurs parents.

C'est le cas de Peter Negron, 21 ans, dont le père travaillait au 88e étage de la tour nord du World Trade Center. Le jeune homme a déclaré que, pendant la décennie qui a suivi les attaques, il a transmis à son petit frère les leçons apprises de son défunt père. «J'espère avoir rendu mon père fier de ce que mon frère et moi sommes devenus. Tu me manques tellement, papa.»

Le maire de New York, Michael Bloomberg, a résumé le sentiment de plus d'un lorsqu'il a affirmé que ce 11 septembre 2001 avait transformé un «matin au ciel parfaitement bleu» en «la plus noire des nuits». Le monument et l'esplanade commémoratifs de Ground Zero ont été inaugurés et sont désormais ouverts au public.

Shanksville et le Pentagone


Le président Obama s'est ensuite rendu à Shanksville, en Pennsylvanie, où quelques milliers de personnes se sont déplacées pour commémorer les événements du 11-Septembre. Le vol 93 s'est écrasé à 10h03 dans un champ de cette ville, plutôt que sur le Capitole, cible des terroristes. Les passagers ont réussi à détourner l'avion.

Les participants à la cérémonie scandaient des «USA! USA!» patriotiques. L'ancien gouverneur de Pennsylvanie et premier secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Tom Ridge, les a remerciés lors de l'inauguration d'un monument commémoratif fait de marbre blanc. «Je pense que votre présence aujourd'hui signifie beaucoup pour les familles, peut-être autant que le monument lui-même, a dit M. Ridge. Cet endroit n'est comparable à aucun autre, parce que les exploits réalisés à bord du vol 93 n'étaient pas comme les autres.»

En après-midi, Barack Obama s'est rendu au Pentagone pour une dernière cérémonie. Un avion s'est écrasé à 9h37 sur le bâtiment le 11 septembre 2001. C'est là, au quartier général de la défense américaine, qu'un hommage a été rendu hier aux 6200 soldats qui ont péri dans les guerres d'Irak et d'Afghanistan qui ont suivi le 11-Septembre. «Jamais dans l'histoire les États-Unis n'en ont-ils demandé autant d'une force entièrement volontaire», a déclaré le vice-président des États-Unis, Joe Biden. «Je peux dire sans crainte de me tromper, et sans être accusé d'exagérer, que la génération du 11-Septembre est l'une des plus grandes que notre pays ait jamais produites. Et cette génération est née ici, le 11 septembre 2001.»

Lors du Concert de l'espoir tenu à Washington en soirée, le président américain a affirmé que «rien ne peut briser la volonté» des Américains quand ils sont unis, pas même le terrorisme. Il a ainsi livré un message d'espoir, disant que la foi dans les États-Unis n'a été que renforcée par les épreuves. «Ces dix dernières années racontent une histoire de rebond. Le Pentagone est réparé et rempli de patriotes travaillant avec le même but. Shanksville est le théâtre d'amitiés nouées entre les habitants de ce village et les familles de ceux qui y ont perdu des êtres chers. New York reste une capitale des arts et de l'industrie, de la mode et du commerce.» Le public du Kennedy Center s'est levé pour l'applaudir.

La journée s'est ainsi terminée en musique, avec des vedettes comme Alan Jackson et Patty LaBelle.

Haute surveillance

Les cérémonies, les déplacements du président et les aéroports étaient sous haute surveillance hier, alors que les autorités craignaient un nouvel attentat au moment des commémorations. Deux chasseurs F-16 ont décollé d'urgence hier en après-midi pour escorter un appareil qui allait se poser à New York, causant l'émoi dans la Grosse Pomme. Il s'agissait d'une fausse alerte.

Les autorités chargées de la sécurité du président américain ont toutefois indiqué enquêter sur le cas de menaces inscrites hier sur la page Facebook de la Maison-Blanche.

Ce sont plutôt les militaires américains en Afghanistan qui ont été victimes d'une attaque le week-end dernier: 77 militaires ont été blessés dans un attentat suicide samedi. Revendiquée par les talibans, l'attaque a aussi fait 14 blessés et quatre morts chez la population civile.

L'ambassadeur américain Ryan Crocker a défendu la légitimité de la présence américaine dans le pays, lors d'une cérémonie à Kaboul, hier. «Certains sont revenus en se demandant pourquoi nous sommes toujours là. Le combat est long, les gens sont fatigués. La raison est simple: al-Qaïda n'est pas en Afghanistan, et ce, parce que nous sommes là.»

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D'après Reuters, l'Agence France-Presse et l'Associated Press
5 commentaires
  • Nelson - Inscrit 12 septembre 2011 01 h 30

    RÉGLONS DES IRRITANTS BIEN CONNUS DE TOUS ET NOUS SERONS PLUS EN SÉCURITÉ.

    Nous savons tous pourquoi des choses comme le 11-Sep se produisent.

    Il faut éviter les causes et le tour est joué.

    Si simple que 99% des gens connaissent les solutions.

    Le problème sont les gens que nous mettons au pouvoir.

    Soyons moins inconscients et plus engagés, et ça va aller mieux.

  • Roland Berger - Inscrit 12 septembre 2011 07 h 36

    Peine et rage

    Dix ans après l'attaque, les Américains oscillent entre peine et rage. Ils ne sont pas arrivés à comprendre comment des individus pouvaient avoir eu l'intention de s'attaquer à la très grande Amérique. Leur incompréhension amènera d'autres guerres, qui seront autant de nouvelles réactions à leur impérialisme aveugle.
    Roland Berger

  • Benoît Evans - Inscrit 12 septembre 2011 09 h 00

    Il faut tourner la page

    Lors d'une cérémonie tenue à New York quelques jours à peine après les attentats, un rabin américain a dit une vérité souvent ignorée : Trois mille personnes ne sont pas morts le 11 septembre; il faut dire plutôt qu'une personne est morte trois mille fois. Chaque décès était une tragédie en soi--comme l'est pour les proches n'importe quel décès subit, peu importe la cause.

    Depuis le 11 septembre 2001, aux États-Unis, sont mortes chaque jour, de toutes causes confondues, 6 647 personnes, soit le double du nombre qui ont péri dans les attentats.

    Ben Laden n'est plus. Al-Qa'ida est réduit essentiellement à des individus où groupes minuscules, qui sont capables, au plus, à faire des menaces ou, à l'occasion, faire sauter une automobile piégé. Les identifier et contrôller n'est guère possible, et la conversion de pays en « bunker » fait plus de mal que de bien.

    Voilà dix ans que les États-Unis souffre d'hystérie et de paranoïa. Le gouvernement, avec la complicité des média, fait la promotion de ces troubles psychiques. Les droits fondamentaux sont affaiblis et les gens, paralysés par la peur sont prêts à accepter n'importe quel excès au nom du sacrosancte sécurité nationale.

    Les Américans ont oublié la parole du président américain Franklin Roosevelt, prononcé lors de son investitute en 1933 :

    « ... (L)a seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même — l'indéfinissable, la déraisonnable, l'injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant. »

  • Gaetan Turcot - Inscrit 12 septembre 2011 09 h 08

    sa conjointe, Michelle Obama,

    Euh, sont mariés non? Mari et femme non?
    Me Goldwater, sors de ce corps.

  • François Dugal - Inscrit 12 septembre 2011 13 h 13

    «God is with us»

    Les États-Unis d'Amérique sont-ils une démocratie ou une théocratie?