Obama fait pression sur Israël

Le président américain, Barack Obama, en compagnie de la secrétaire d’État Hillary Clinton à l’issue de son discours hier à Washington.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jim watson Le président américain, Barack Obama, en compagnie de la secrétaire d’État Hillary Clinton à l’issue de son discours hier à Washington.

Barack Obama a demandé hier à Israël et aux Palestiniens d'accélérer les pourparlers devant aboutir pour ces derniers à l'avènement d'un État dans les frontières de 1967, à l'occasion d'un discours sur le «printemps arabe» qu'il a salué en promettant des aides économiques pour l'Égypte et la Tunisie, sans rien annoncer de neuf en ce qui concerne les révolutions inachevées ou bloquées dans les autres pays de la région.

C'est la première allocution que le président des États-Unis consacrait à l'ensemble des bouleversements survenus récemment. Il l'a fait deux ans après avoir prononcé au Caire un premier discours destiné aux peuples arabes, alors que personne n'aurait pu prévoir le séisme politique auquel nous assistons aujourd'hui.

Hier, M. Obama a parlé d'une «occasion historique» et d'un «nouveau chapitre dans la diplomatie américaine», multipliant les formules pour exprimer son soutien aux démocrates arabes, qu'il a même comparés aux héros de l'indépendance américaine et de l'émancipation des Noirs.

Il pouvait difficilement éviter d'aborder le conflit entre les Palestiniens et l'État juif, car le premier ministre d'Israël, Benjamin Nétanyahou, est attendu aujourd'hui à Washington. Ce dernier s'est d'ailleurs empressé de critiquer les propos du président américain, qui reflètent pourtant une position généralement défendue par les États-Unis depuis les accords de Camp David en 1978.

«La communauté internationale est lassée d'un processus sans fin qui ne produit jamais de résultats», a déploré Barack Obama, pour qui le conflit israélo-palestinien a «empêché des partenariats qui auraient pu donner plus de prospérité, de sécurité et de pouvoir aux simples citoyens du Moyen-Orient».

«Les attentes n'ont pas été atteintes. La colonisation israélienne a continué et les Palestiniens se sont retirés des négociations», a poursuivi le chef de la Maison-Blanche.

«Les États-Unis croient que les négociations doivent aboutir à deux États dotés de frontières permanentes, a déclaré M. Obama. Nous croyons que les frontières d'Israël et de la Palestine doivent être basées sur les délimitations de 1967, moyennant des échanges de territoire mutuellement consentis afin que soient établies des frontières sûres pour les deux camps.»

Le président américain a proposé que les questions les plus litigieuses — Jérusalem et le retour des réfugiés palestiniens — ne soient discutées qu'à une date ultérieure.

Barack Obama a mis les Palestiniens en garde contre «les gestes symboliques visant à isoler Israël aux Nations unies en septembre [et qui] ne créeront pas un État indépendant». Il a également averti les Palestiniens qu'ils «ne réaliseront jamais leur indépendance en niant à Israël le droit d'exister».

Benjamin Nétanyahou a dit espérer qu'Obama «réaffirmerait des engagements» des États-Unis pris en 2004 et selon lesquels Israël «n'aurait pas à se retirer aux lignes indéfendables de juin 1967», dans un communiqué publié avant son départ pour les États-Unis, au moment où son gouvernement approuvait la construction de 1520 nouveaux logis pour les Juifs dans la partie est de Jérusalem, à majorité arabe.

Le premier ministre israélien faisait référence à une lettre écrite par le président américain George W. Bush au premier ministre d'Israël de l'époque, Ariel Sharon, excluant un retour pur et simple aux lignes d'armistice antérieures à la guerre de juin 1967.

«La réaction de Nétanyahou est surprenante. Les Palestiniens et les Arabes considéreront cette partie du discours comme étant pro-israélienne», a jugé Marina Ottaway, chercheuse au Carnegie Endowment for Peace, jointe par téléphone à Washington.

Le président américain a promis d'effacer les dettes de l'Égypte jusqu'à une hauteur de 1 milliard et de consentir 1 milliard en nouveaux prêts pour aider ce pays à développer ses infrastructures et créer des emplois.

Il s'est engagé à travailler de concert avec l'Union européenne afin de faciliter les exportations des pays arabes vers l'Europe et les États-Unis. Il a également indiqué avoir demandé aux FMI et à la Banque mondiale de préparer un plan de modernisation des économies égyptienne et tunisienne d'ici la tenue du prochain G8.

«Le monde arabe sera déçu du discours présidentiel américain, car il ne comporte ni nouvelle vision ni mesures spécifiques, à l'exception de celles qui sont destinées à l'Égypte et à la Tunisie», croit Marina Ottaway. Encore que ces derniers engagements sont modestes par rapport aux besoins de ces pays, selon la chercheuse, qui souligne que le président n'a pas parlé de réorienter l'aide américaine à l'Égypte, qui est essentiellement militaire à l'heure actuelle.

Pour Barack Obama, la politique américaine doit s'appuyer sur les principes suivant: «opposition à l'oppression», «appui à un ensemble de droits universels» (droits de parole, d'assemblée et de réunion, égalité entre les sexes et démocratie), «réformes politiques et économiques permettant aux simples citoyens de réaliser leurs aspirations».

Le président a défendu l'intervention américaine et internationale en Libye, comme il l'avait déjà fait fin mars, et a réitéré son souhait de voir Mouammar Kadhafi quitter le pouvoir. Le Conseil national de transition, l'instance rebelle établie à Benghazi, a salué son discours tandis que le dictateur l'a ridiculisé.

Pour ce qui est de la Syrie, M. Obama a paru relâcher la pression sur Bachar al-Assad, lui donnant le choix entre s'engager dans la transition démocratique ou quitter le pouvoir. Il a invité des alliés comme le président Saleh du Yémen et l'émir de Bahreïn à s'engager sur la voie d'un «vrai dialogue», et il n'a glissé mot sur les autres pétromonarchies.

Revenant sur l'élimination récente d'Oussama ben Laden, Barack Obama a noté: «On a vu en six mois plus de changements que le terrorisme n'en a produits en plusieurs décennies.»

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Avec l'Agence France-Presse

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