États-Unis - Au menu : affrontements et compromis

Barack Obama est allé à Hawaï en vacances avant de subir les assauts du Tea Party.
Photo: Agence Reuters Kevin Lamarque Barack Obama est allé à Hawaï en vacances avant de subir les assauts du Tea Party.

Deux mois après les élections législatives, le Tea Party Express entrera en gare à pleine vapeur le 3 janvier à Washington. Les représentants et sénateurs républicains fraîchement élus par une vague de colère à l'endroit de l'establishment fédéral sont impatients d'en découdre avec Barack Obama et le reste de l'élite washingtonienne qui ont «pris en otage» la politique nationale. À n'en pas douter, la politique américaine en 2011 s'annonce sous le signe de l'affrontement.

Dès lundi, les États-Unis entreront pour deux ans dans une période de «cohabitation». À la Maison-Blanche, Barack Obama devra composer avec une majorité réduite au Sénat et une Chambre des représentants qui a basculé dans le camp républicain. Cette nouvelle configuration du pouvoir implique que les parties, aussi opposées soient-elles, entre un président très libéral et une nouvelle cohorte législative extrêmement conservatrice, devront négocier ferme et accepter de faire des compromis, au risque d'aboutir à une impasse politique et de devoir «fermer le gouvernement» (shut down the gouvernment), comme cela est arrivé dans le contexte politique fort similaire de la «cohabitation» entre Bill Clinton et les républicains de 1995 à 1997.

Alors, à quoi s'attendre? «À une combinaison d'affrontement et de compromis, estime William Galston, conseiller de Bill Clinton en politique intérieure de 1993 à 1995 et aujourd'hui chercheur à la Brookings Institution. L'affrontement viendra en premier. Les deux côtés vont sonder les forces et les faiblesses de l'autre. C'est ce qui est arrivé en 1995, et les deux côtés ont fini par comprendre les limites de leur pouvoir et sont venus à la table de négociation.»

Jusqu'où le Congrès et la Maison-Blanche testeront leurs limites, cela reste à voir, ajoute Galston. Le nouveau leader de la majorité à la Chambre, John Boehner, fait partie de la vieille garde républicaine du Congrès qui connaît les risques de l'intransigeance; lors des élections de 1997, ce sont les républicains qui ont été sanctionnés par l'électorat pour avoir paralysé le gouvernement et non Bill Clinton. Boehner le sait pour avoir été l'un des élus républicains responsables de cette paralysie. Mais ce savoir n'est pas nécessairement partagé par les nouveaux élus issus du Tea Party. «Il y aura une nouvelle garde de républicains au Congrès qui n'a aucune expérience du passé et qui a hâte de se battre», explique Galston. Lequel des deux courants réussira à imposer ses idées dans le caucus républicain? La réponse pourrait déterminer l'intensité et la durée de l'affrontement entre la Maison-Blanche et le Congrès.

Un président souple


Du côté de la présidence, Barack Obama a montré lors des dernières semaines de 2010 qu'il savait maîtriser l'art du compromis. En reconduisant temporairement — et contre son gré — les baisses d'impôt consenties par George W. Bush aux Américains en échange d'une extension des allocations pour les chômeurs et d'autres mesures en faveur de la classe moyenne, le président a donné un indice de ce qu'il serait capable d'accomplir malgré une forte opposition au Congrès.

Ce nouveau plan de relance de 858 milliards $US pourrait réduire le taux de chômage, présentement à 9,6 %, de 1 % en 2011, et jusqu'à 1,5 % en 2012, estiment certains économistes, qui envisagent également une croissance d'au moins 3,5 %, un chiffre supérieur aux 2,6 % initialement prévus. Les conséquences économiques de ce compromis législatif pourraient donc être politiquement bénéfiques pour le président.

Sa façon de gouverner, après deux années passées dans le Bureau ovale, s'est clarifiée, estime William Galston. «Obama est un réaliste libéral. C'est-à-dire qu'en tant que libéral, il ne croit pas au libéralisme comme théologie. Tout est négociable. Il est prêt à faire des compromis pour faire des gains idéologiques plus généraux à long terme. C'est le souci des résultats plutôt que de la pureté idéologique.»

La première grande épreuve de force viendra avec le projet de loi autorisant les dépenses du gouvernement fédéral pour 2011. Les républicains du Congrès ont déjà déclenché les hostilités le 17 décembre en faisant dérailler le projet de loi de 1200 milliards $US déposé par les démocrates, en refilant ainsi la responsabilité au prochain Congrès.

Le souhait de John Boehner, présentement leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, est de mettre le sceau républicain sur cette loi omnibus. Un sceau, si l'on en croit ses paroles, qui porterait les couleurs du Tea Party. «Dès janvier, la Chambre deviendra l'avant-poste du peuple américain à Washington et de son désir pour un gouvernement plus petit, moins coûteux et plus responsable. Je vous le dis, nous allons réduire les dépenses», a-t-il déclaré lors de sa victoire législative. Son objectif est de réduire de 100 milliards les 400 milliards $US prévus pour le financement des programmes de politique intérieure.

Une autre grande bataille législative à prévoir en janvier portera sur le plafond de la dette. Barack Obama devra demander aux élus de rehausser ce plafond, ce à quoi les conservateurs désireux de réduire le fardeau fiscal des Américains s'opposeront avec force.

Les élus républicains dans la mouvance du Tea Party arriveront aussi à Washington avec l'ambition ferme d'abroger la loi réformant le système de santé (Obamacare). Un processus qui pourrait s'avérer long et pénible, mais aussi dangereux pour les élus républicains: tandis que les élus du Tea Party veulent son abrogation pure et simple, des républicains de la vieille garde, tel John Boehner, préféreraient ne revoir que certains éléments de la loi. Les républicains pourraient alors être divisés, réduisant ainsi leur impact dans le processus législatif.

La politique étrangère

Les risques de déconvenues et d'échecs politiques sont réels pour Obama sur le front intérieur. S'ils devaient être nombreux, comme pour plusieurs présidents avant lui, Obama pourrait alors se tourner vers la politique étrangère, où le président dispose d'une plus grande marge de manoeuvre, afin d'inscrire quelques réussites à sa feuille de route. «Ça pourrait être tentant, estime William Galston. Mais comme Obama l'a découvert au cours des deux dernières années, ce n'est pas facile là non plus! Il pensait qu'il serait un héros au Moyen-Orient, qu'il amènerait l'Iran à la table des négociations, mais regardez ce qui se passe!»

L'image d'Obama et de son administration au Moyen-Orient s'est dégradée, au point où une majorité de musulmans de cette région en ont maintenant une opinion largement négative, alors que c'était l'inverse en 2009. Le mois de septembre sera une date clé à cet égard, puisque c'est à ce moment qu'arrivera l'échéance donnée par Obama aux Israéliens et aux Palestiniens pour trouver un accord au conflit qui les oppose.

Peu de progrès, sinon aucun, a été fait dans les dossiers du nucléaire iranien et nord-coréen, ce qui constitue jusqu'à présent un échec pour Obama, lui qui a fait de la dénucléarisation du monde l'une de ses priorités en politique étrangère. Sans compter que la rotation ininterrompue des centrifugeuses iraniennes augmente les possibilités qu'Israël lance une attaque préventive sur ses installations nucléaires.

Enfin, la guerre en Afghanistan sera probablement l'enjeu le plus déterminant pour Barack Obama en politique étrangère. Le président a annoncé en décembre qu'il entamerait le retrait des troupes américaines dès juillet 2011, pour un rapatriement complet en 2014. Mais avec la situation qui refuse de s'améliorer en Afghanistan, le commandant en chef risque de se retrouver devant un choix cornélien: s'il décide de ne rapatrier que peu de soldats en juillet, ce sont les 60 % d'Américains qui souhaitent l'abandon de cette guerre qu'il décevra. Mais si, au contraire, il décide de les retirer en masse, c'est l'opposition républicaine qui lui manifestera alors son mécontentement.