Washington tente de minimiser l'impact d'une prochaine livraison de «wikifuites»

Washington — Les États-Unis s'évertuaient hier à devancer un nouveau tourbillon de révélations par WikiLeaks, s'adressant à leurs alliés et partenaires partout dans le monde dans l'espoir de limiter l'impact de fuites potentiellement embarrassantes.

Washington, qui a reconnu se préparer «au pire scénario», avait annoncé mercredi que les services diplomatiques américains avaient entrepris de préparer des gouvernements étrangers à la publication prochaine de documents secrets par WikiLeaks susceptibles de créer des «tensions» avec eux.

À Bagdad, l'ambassadeur des États-Unis, James Jeffrey, a affirmé hier que sa mission était «inquiète», face à des révélations susceptibles de saper «des discussions de confiance».

Le site spécialisé dans la révélation de documents confidentiels a promis lundi de mettre en ligne sept fois plus de documents confidentiels que les 400 000 récemment publiés sur la guerre en Irak.

Le département d'État américain a indiqué s'attendre à la publication de câbles diplomatiques concernant «un large éventail de dossiers et de pays».

Les premières fuites de WikiLeaks, en juillet sur l'Afghanistan, contenaient peu d'importantes révélations, et celles émanant d'Irak se concentraient en majorité sur des exactions commises entre différentes factions irakiennes.

Israël


Washington pourrait être plus embarrassé par la divulgation de documents rédigés par ses diplomates, en particulier s'ils mettent en cause des partenaires étrangers des États-Unis.

Selon un haut responsable israélien cité par le quotidien israélien Haaretz, Israël, dont Washington est le plus important allié, a été informé que ces fuites de câbles diplomatiques pourraient porter sur des rapports confidentiels adressés par l'ambassade américaine à des responsables israéliens.

«Les Américains nous ont fait savoir qu'ils considéraient cette fuite avec la plus grande gravité», a ajouté ce responsable. À Ankara, un diplomate turc de haut rang a indiqué que la Turquie avait également été mise au courant.

Al-Qaïda

Selon des informations de presse, les nouvelles révélations porteraient notamment sur une aide de la Turquie aux militants d'al-Qaïda en Irak et un soutien des États-Unis aux rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), réfugiés en Irak.

Le diplomate a exclu catégoriquement tout appui d'Ankara à al-Qaïda, tout en saluant la coopération turco-américaine contre le PKK.

Le Canada a été informé par les États-Unis du risque de voir leurs télégrammes diplomatiques publiés bientôt sur le site WikiLeaks et son ambassade à Washington «s'en occupe» avec le département d'État, a-t-on appris hier au ministère des Affaires étrangères à Ottawa.

Selon des hypothèses avancées par plusieurs médias canadiens, des révélations potentiellement embarrassantes pour les relations entre Washington et Ottawa pourraient venir de commentaires de diplomates américains sur la volonté du Canada de mettre fin à sa mission de combat en Afghanistan, et concerner aussi d'hypothétiques pressions américaines pour obtenir le retour dans son pays du Canadien Omar Khadr, arrêté en Afghanistan à l'âge de 15 ans, détenu pendant de longues années à Guantanamo et condamné récemment à huit ans de réclusion.

Dans le contexte d'un accord de plaider-coupable conclu par l'accusé avec la justice américaine, le Canada a accepté de le rapatrier dans un an, après l'avoir refusé depuis 2002.

À Moscou, le quotidien Kommersant a affirmé que ces fuites comportaient des appréciations «désagréables» qui pourraient blesser Moscou.

Ces révélations «peuvent provoquer une brouille entre les États-Unis et la Russie», tout comme avec la moitié des pays de la planète, écrit le quotidien.

Mais le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a pris de haut ces informations, demandant aux journalistes qui l'interrogeiant sur ce dossier pourquoi ils s'intéressaient «à des petits voleurs qui courent sur Internet».

À Rome, le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini a été prévenu par Washington que des documents concernaient l'Italie.

Dans un communiqué, le gouvernement italien a aussi fait état de «possibles répercussions négatives pour l'Italie».

Des responsables en Grande-Bretagne, mais aussi en Norvège, au Danemark et en Finlande, ont aussi indiqué que leurs pays avaient été informés par les États-Unis. À Helsinki notamment, l'ambassade américaine a indiqué qu'elle pensait que cette publication allait être «la plus grave», a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Anna Wickstom-Noejgaard.