La dernière volonté du «Governator» écolo

Arnold Schwarzenegger a lancé la semaine dernière le R20, sorte de G20 appliqué aux régions, qui rassemble, sous la bannière de la lutte contre le réchauffement climatique, de multiples provinces et organisations du monde entier.<br />
Photo: Agence Reuters Kevork Djansezian Arnold Schwarzenegger a lancé la semaine dernière le R20, sorte de G20 appliqué aux régions, qui rassemble, sous la bannière de la lutte contre le réchauffement climatique, de multiples provinces et organisations du monde entier.

Celui que l'on surnomme «Governator» en Californie a gardé son leitmotiv hollywoodien: il veut de l'action. En matière d'environnement comme de cinéma. «On ne peut pas se permettre d'attendre un geste national ou international. On a besoin d'action tout de suite, et c'est ce que l'on fait ici», a déclaré Arnold Schwarzenegger lors de son troisième et dernier sommet pour le climat, organisé la semaine dernière à l'Université de Californie de Davis. À cette occasion, il a officiellement lancé le R20, sorte de G20 appliqué aux régions, qui rassemble, sous la bannière de la lutte contre le réchauffement, de multiples provinces et organisations du monde entier.

«C'est une approche du bas vers le haut: on crée des solutions dans les villes, les régions, qui pourront être reprises par les pays», explique Derek Walker, signataire de la charte du R20 au nom du Fonds de défense de l'environnement, basé à New York.

C'est bien connu: le gouverneur du Golden State, qui faisait à ce titre sa dernière contribution d'envergure mondiale avant de quitter son poste en janvier, a des ambitions qui dépassent les frontières. «Dans tout ce que j'ai fait, j'ai toujours visé le global; que ce soit en matière de fitness, de body-building, ou de carrière d'acteur dans le show-business», a-t-il glissé au journal The Guardian en marge du sommet. Le voilà donc hissé pour de bon au rang de héraut de la planète, pendant républicain et pragmatique d'Al Gore, capable de séduire les investisseurs de la Silicon Valley et de porter son message au-delà des camps politiques. Son secret, dit-il, est d'éviter les mots qui fâchent. Point de «changement climatique» ou de «gaz à effet de serre» dans sa bouche, il préfère évoquer l'«action climat».

Profiter des échecs des autres


Ce rôle de leader consensuel s'est creusé dans la brèche des échecs tant au niveau fédéral américain qu'international. «Ce n'est pas pour remplacer de tels accords, mais aller de l'avant en leur l'absence. [À quelques jours] des négociations internationales de Cancún, on montre que l'on agit à d'autres échelons pour accélérer les projets écologiques», souligne Lindsay VanLaningham, porte-parole de l'Agence californienne pour la protection environnementale.

Par le passé, devant l'inertie de l'administration Bush, Schwarzenegger avait déjà montré son désaccord et signé, en 2006, la loi californienne de lutte contre le changement climatique, qui prévoit notamment de baisser de 25 % les émissions de CO2 d'ici à 2020, par rapport à leur niveau de 1990. C'est aussi en réaction au naufrage des négociations dans le cadre de l'ONU qu'il avait annoncé, à Copenhague en décembre dernier, le concept de son R20.

On trouve parmi les signataires la province canadienne de Colombie-Britannique, plusieurs États américains (Californie, Washington, Michigan, Wisconsin), des régions européennes comme l'Île-de-France, l'État du Chiapas, au Mexique... Ont également signé des responsables venus d'Afrique, de Corée du Sud, du Maroc, des Philippines, des Pays-Bas et de l'Italie. Pour ce qui concerne le Québec, un représentant du gouvernement à Los Angeles, Yanick Godbout, était présent, mais non signataire. Le premier ministre Jean Charest doit quant à lui se rendre au sommet de Cancún, en décembre.

20 % du globe

Selon Schwarzenegger, le but de cette organisation non gouvernementale, domiciliée à Genève, est à terme de rallier assez de membres pour représenter 20 % du globe (d'un point de vue économique). Pour l'instant, les Chinois, premiers émetteurs de gaz à effet de serre, dont certains responsables se sont rendus à Davis, n'ont pas signé la charte fondatrice du R20. «Il y a de grandes chances pour qu'ils le fassent dans les semaines à venir», prédit Lindsay VanLaningham.

Malgré un discours agressif, Schwarzenegger n'a fixé aucun objectif chiffré au R20. «Nous avons créé un réseau avec des partenaires privés, des associations et des institutions universitaires pour aider au financement de projets dans des pays en développement», continue Lindsay VanLaningham.

«Ce que peut faire concrètement ce réseau reste à prouver», estime Jim Metropulos, de l'association écologiste Sierra Club, à Sacramento. Son avis sur le «Terminator de l'environnement» est globalement positif: «Il a fait plus que ce que nous attendions de sa part, poussant à une régulation en matière d'émissions des automobiles par exemple». Il a aussi favorisé le boom du solaire et de l'éolien en Californie, dit-il, et signé un texte qui prévoit qu'un tiers de l'énergie consommée d'ici à 2020 vienne de sources renouvelables. En 2009, celles-ci ont atteint 15,4 %, contre 13 % l'année précédente. De quoi redorer le blason d'un élu qui, au niveau local, accuse les échecs d'un déficit budgétaire de 25 milliards de dollars et d'un taux de chômage record de plus de 12 %. Sans parler de sa réputation d'avoir popularisé le mastodonte à quatre roues hyperpolluant, le Hummer, et sa tendance à soutenir les projets d'autoroute au détriment des transports en commun.

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Collaboration spéciale