Élections de mi-mandat aux États-Unis - Prêts pour «l'ouragan républicain»

Redoutant de subir une cuisante défaite aux élections de mi-mandat, le Parti démocrate a sorti l’artillerie lourde au cours des dernières semaines: Michelle Obama. Hier, en fin de course, la première dame s’est exprimée lors d’un rassemblement du sénateur sortant du Nevada, Harry Reid.<br />
Photo: Agence Reuters Rick Wilking Redoutant de subir une cuisante défaite aux élections de mi-mandat, le Parti démocrate a sorti l’artillerie lourde au cours des dernières semaines: Michelle Obama. Hier, en fin de course, la première dame s’est exprimée lors d’un rassemblement du sénateur sortant du Nevada, Harry Reid.

Devant une série de sondages prévoyant une débâcle électorale spectaculaire pour le Parti démocrate aux élections de mi-mandat, la question n'est plus de savoir si les démocrates seront battus ce soir, mais s'ils enregistreront une défaite historique.

«L'humeur de l'électeur américain aujourd'hui, c'est colère, anxiété et frustration», résume le stratège démocrate Peter Hart, qui prévoit un «ouragan républicain de force quatre».

Les républicains, terrassés il y a deux ans par la victoire décisive des démocrates, devraient faire un retour en force au Congrès des États-Unis.

Plus personne ne doute qu'ils reprendront la majorité à la Chambre des représentants, mais, au Sénat, les démocrates pourraient maintenir leur majorité, mais de justesse.

Selon un sondage Reuters/Ipsos publié hier, les républicains vont s'emparer du contrôle de la Chambre des représentants avec 231 élus contre 204 élus démocrates. Le Parti démocrate devrait toutefois rester majoritaire au Sénat avec 52 ou 53 élus contre 48 ou 47 élus républicains.

«On s'attend à un choc politique majeur», affirme Randall Strahan, professeur de sciences politiques à l'Université Emory, en Géorgie. «Ce qui risque d'être inhabituel, c'est le nombre de sièges qui vont basculer à la Chambre des représentants. On s'attend à ce qu'une cinquantaine de sièges [soient remportés par des] républicains, comme en 1994, [lors des premières élections à mi-mandat de Bill Clinton]. Mais ce pourrait être aussi 85 ou 90 et, là, ce serait du jamais vu depuis le XIXe siècle.»

La lame de fond n'épargnera pas les gouverneurs démocrates à travers le pays. Les démocrates risquent de perdre une dizaine de sièges de gouverneurs sur les 39 à renouveler aujourd'hui. Ce seront autant de relais précieux qui feront défaut lors de la campagne présidentielle de 2012.

Des milliers de courses

Les élections américaines d'aujourd'hui, ce sont 435 courses à la Chambre des représentants, 37 au Sénat, mais également 37 courses à des postes de gouverneurs d'État, 155 questions référendaires sur des enjeux comme les impôts, l'avortement et la légalisation de la marijuana, plus de 6000 courses à des sièges dans les législatures d'État et des dizaines d'autres à des postes de maires, de juges et de shérifs, résumait ce week-end Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

Les élections «permettront probablement aux adversaires d'Obama de lui retirer l'essentiel de sa puissance», soulignait-il.

Barack Obama payera à n'en pas douter le prix des difficultés économiques qui ont jalonné la première moitié de son mandat. La crise économique qui avait servi les démocrates il y a deux ans joue désormais contre eux, maintenant qu'elle se prolonge sous leur houlette. Même si le chef de la Maison-Blanche a fait valoir que son plan de relance avait sauvé ou créé plus de trois millions d'emplois, le chômage frappe encore 9,6 % de la population active.

«Frustration»

Cette résurrection que la droite américaine s'apprête à célébrer laisse pantois. À terre, il y a deux ans, usée et discréditée au lendemain de la présidence de George W. Bush, elle s'est relevée très vite.

Elle doit, selon plusieurs, cette renaissance aux Tea Party, un mouvement populiste qui a réussi à redonner souffle et virginité aux slogans les plus conservateurs. Depuis plus d'un an, le Tea Party enchaîne meetings, conventions et manifestations de rue pour conspuer «Obama le socialiste» ou réclamer «moins de gâchis budgétaire». Il a ainsi largement fait oublier que le dérapage des budgets était déjà caractéristique des années Bush.

Les républicains ont toutefois déjà du mal à gérer l'impétuosité du Tea Party, qui compte faire élire quelques candidats particulièrement forts en gueule, comme Rand Paul au Kentucky, qui réclame la suppression du ministère de l'Éducation ou l'interdiction de toute hausse d'impôts...

«Les républicains vont avoir de gros problèmes avec leurs élus du Tea Party, prédit le professeur Charles Franklin. Le Congrès devra bientôt relever le plafond de la dette fédérale pour que le gouvernement puisse continuer de fonctionner. Ce ne sera pas simple pour les leaders républicains de raisonner les élus Tea Party qui ont fait campagne contre le déficit et les dépenses budgétaires.»

Les républicains se sont remis sur pied en dénigrant tout ce que faisait Barack Obama, et ils promettent d'être plus odieux encore après la victoire. «La chose la plus importante que nous voulons accomplir, c'est que le président Obama ne fasse qu'un seul mandat», a affirmé sans ambages le leader républicain au Sénat, Mitch McConnell.

Trompe-l'oeil

Quelque 55 % des Américains susceptibles de se rendre aux urnes aujourd'hui sont républicains, alors que 40 % sont démocrates, selon l'institut de sondage Gallup.

La victoire du Parti républicain pourrait toutefois n'être qu'un trompe-l'oeil. Les Américains qui s'apprêtent à faire triompher le Grand Old Party sont 53 % à avoir une «opinion défavorable» du Parti républicain. En contrepartie, 52 % des Américains ont une opinion défavorable du Parti démocrate, rappelle Gallup.

«C'est l'une des ironies de cette élection. On s'apprête à une puissante poussée en faveur du Parti républicain alors même que les électeurs en ont une opinion assez défavorable. Les attentes des électeurs envers le Congrès qu'ils s'apprêtent à élire sont l'un des très grands mystères de ces élections», fait remarquer Charles Franklin, professeur de sciences politiques à l'Université du Wisconsin.

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D'après Libération, Reuters, l'AP et l'AFP
16 commentaires
  • Georges Allaire - Inscrit 2 novembre 2010 01 h 23

    Quand «le peuple parle»

    «les chiens aboient» ou les sages sont pantois?

  • pierre savard - Inscrit 2 novembre 2010 06 h 37

    Nous ne sommes pas morts !

    Ceux qui avaient prédit la mort de la droite nord-américaine seront décus ! Nous sommes toujours vivants . Pourquoi ? Parce que la gauche n'a pas de solutions aux vrais problèmes touchant le peuple. La gauche est déconnectée du peuple. On le voit au Québec (où le PQ parle de référendum), au Canada, en Europe, en Asie, en Amérique Latine.... Partout où la gauche gouverne ce n'est que déficits, taxes, pertes d'emplois,pertes de libertés, misère...Même la Suède est virée à droite et a entrepris des réformes courageuses. Même la Russie privatise à tour de bras. Aujourd'hui c'est le socialisme obamiste qui va manger une dégelée. Leçon: un politicien doit gouverner pour le peuple et non pour les intellectuels.

  • ysengrimus - Inscrit 2 novembre 2010 06 h 53

    Ça va tirailler dans les chambres

    Notons que, lors de sa prestation au Daily Show de Jon Stewart, Obama a signalé à deux reprises que des pratiques coutumières non inscrites dans la constitution imposaient un vote avec majorité de 60 voix au Sénat. Il a aussi mentionné que la procédure d’obstruction systématique (filibuster) devrait être révisée car utilisée abusivement par l’autre camp. Il est patent que ce président, avoué constitutionnaliste de formation, se prépare à gouverner dans des conditions camérales plus ardues et en misant, comme par hasard, sur la chambre haute.
    Paul Laurendeau

  • Bernard Gervais - Inscrit 2 novembre 2010 08 h 16

    Amnésie et danger pour la démocratie

    Incroyable comme les électeurs américains - remarquez que cela arrive aussi ailleurs - peuvent être amnésiques.

    Ils blâment le président actuel de tous leurs problèmes et, encouragés par les discours délirants de Sarah Palin, s'apprêtent à voter en grand nombre pour les républicains en oubliant que Barack Obama n'est à la Maison Blanche que depuis 2 ans et que c'est plutôt son prédécesseur, George W. Bush, qui est le grand responsable de la crise économique que connaît encore leur pays.

    Quant à ces candidats du Tea Party - avec leurs obsessions morales farfelues et leurs solutions simplistes pour sortir l'économie américaine du marasme actuel -, s'ils parvenaient un jour à prendre le contrôle du Parti républicain, ce serait un terrible coup pour la justice sociale et même - disons-le, pour la démocratie tout court aux États-Unis !

  • Gravelon - Inscrit 2 novembre 2010 09 h 01

    déclin

    Récemment, à la suite des manifestations en France, les éditorialistes des divers médias nord américains ont tourné en dérision l'incapacité des français à réformer leur société. Mais avons-nous regardé dans notre cours? On a vu l'incapacité d'Obama à réfomer la santé et le secteur financier, celà va devenir pratiquement impossible avec le blocage que les répuiblicains vont lui faire subir pour les deux prochaines années. Le modèle politique américain divise la société en deux, et la polarisation va en s'accentuant. Et au Canada, ne sommes-nous pas victimes de notre propre système. Il n'y a plus d'alternative, et nous ne sommes pas loin du parti unique. Et ailleurs, en GB, il s'en est fallu de peu pour qu'il y ait blocage politique durant des années. et celà sans parler de l'émergence de l'extrême droite raciste qui prolifère même là où on s'y attend le moins, en Suède et en Hollande, se peut-il que l'on assiste au déclin d'une civilisation?