«Obama en est à défendre le donjon»

«La tendance est que le parti du président en exercice perd des sièges durant les élections de mi-mandat», a reconnu mercredi Barack Obama.<br />
Photo: Agence Reuters «La tendance est que le parti du président en exercice perd des sièges durant les élections de mi-mandat», a reconnu mercredi Barack Obama.

Washington — À trois jours des élections, Barack Obama fait campagne aujourd'hui à Chicago pour tenter de maintenir son ancien siège de sénateur dans le camp démocrate. Malgré plusieurs apparitions précédentes du chef de la Maison-Blanche à ses côtés, le candidat démocrate Alexi Giannoulias est en effet dépassé par le républicain Mark Kirk.

«Obama en est à défendre le donjon», déplore Chris Matthews, ancien de l'administration Carter et commentateur politique sur MSNBC.

Que le président américain ressente le besoin de mobiliser les troupes dans son fief donne la mesure du danger qui menace sa majorité et le reste de son mandat. Que le chef de la majorité au Sénat, Harry Reid, peine au Nevada face à Sharron Angle, une républicaine proche de la mouvance ultraconservatrice du Tea Party, souligne encore le danger.

«La situation est mauvaise pour le président Obama et il le sait bien», déclare au Devoir Alfred Defago, professeur à l'Université du Wisconsin.

Seulement deux des prédécesseurs de Barack Obama à la Maison-Blanche ont réussi à conserver leur majorité au Congrès lors des élections organisées à mi-parcours de leur premier mandat. Le dernier en date fut George W. Bush qui, propulsé par une popularité en flèche après les attentats de 2001, élargit même sa majorité en 2002.

«La tendance est que le parti du président en exercice perd des sièges durant les élections de mi-mandat», a reconnu Barack Obama dans un entretien accordé mercredi à l'American Urban Radio Network, le média le plus suivi par la communauté noire.

Sur ce front aussi, Barack Obama défend le donjon. Les sondages, notamment celui publié cette semaine par CBS et le New York Times, montrent que, si les Noirs soutiennent toujours Barack Obama et le Parti démocrate, leur mobilisation en leur faveur a fléchi d'environ 10 points par rapport à 2008. Par ailleurs, 10 % des Noirs sont indécis et 7 % veulent voter républicain.

Les études d'opinion indiquent aussi que les quatre autres catégories de l'électorat qui s'étaient mobilisées de façon extraordinaire en 2008 pour porter le sénateur de l'Illinois au pouvoir ne vont plus dans son sens. Les Hispaniques et les jeunes envisagent l'abstention, les femmes et les électeurs indépendants penchent pour les républicains.

«J'ai besoin que vous votiez en foule; ce n'est pas parce que je ne suis pas sur le bulletin de vote que ce scrutin n'est pas important», a lancé Barack Obama aux auditeurs de l'American Urban Radio Network. Un message qu'il martèle également sur les campus ou sur les écrans d'Univision.

«Si la participation est au niveau de 2008, nous gagnerons», affirme-t-il. Mais les chances de voir 61,6 % des électeurs américains aller aux urnes mardi sont quasiment nulles.

«Je m'attends à une participation de l'ordre de 40 % seulement», dit ainsi au Devoir Morris Fiorina, politologue à l'Université de Stanford et à l'Institut Hoover, qui «ne pense pas que Barack Obama puisse faire grand-chose pour changer la dynamique». «Les jeux sont faits pour la plupart des électeurs», dit Morris Fiorina. Qu'ils aient choisi de s'abstenir ou de voter, le choix de la plupart des électeurs est arrêté.

Or les sondages qui, à ce stade, s'intéressent surtout aux «électeurs probables», ceux qui disent être motivés à voter, sont de mauvais augure pour Barack Obama et ses amis démocrates.

Selon l'institut Gallup, le «déficit d'enthousiasme» des démocrates par rapport aux républicains est de 29 points parmi les inscrits et de 9 points parmi les plus susceptibles de voter. C'est la dynamique la plus défavorable à l'un des deux partis qui dominent la politique américaine depuis le raz-de-marée de 1994 qui permit aux républicains de reconquérir les deux assemblées du Congrès au nez de Bill Clinton.

Le Cook Political Report, lettre indépendante d'information destinée aux professionnels de la politique, estime désormais que les démocrates vont perdre la majorité à la Chambre en concédant aux républicains «de 48 à 60 sièges, sinon plus», qu'ils vont voir leur majorité au Sénat réduite «de sept à neuf sièges» et qu'ils vont perdre la majorité aux postes de gouverneur.

«Ce scrutin sera un grand tournant, vraisemblablement plus important qu'en 1994; je table pour ma part sur un gain républicain de 50 à 55 sièges à la Chambre, tout autre résultat me surprendrait», prédit le professeur Defago, de l'Université du Wisconsin.

«La perte de la Chambre par les démocrates me paraît en effet acquise, mais 60 sièges ou plus, ça me paraît trop élevé, car il y a incertitude dans plusieurs élections pour la députation», juge quant à lui le professeur Fiorina.

Le politologue de Stanford situe les pertes démocrates à la Chambre à 40 sièges, soit juste assez pour faire basculer la Chambre aux mains des républicains. Cependant, il souligne qu'une défaite de cette ampleur serait déjà «remarquable dans l'ère moderne et spectaculaire si l'on considère aussi l'histoire électorale des États-Unis au XIXe siècle».

Si les pertes de 60 sièges démocrates ou plus à la Chambre, entrevues par le Cook Report, se concrétisaient mardi, ce scrutin prendrait alors des proportions historiques puisqu'il faudrait remonter à 1938 pour trouver une défaite comparable. Les démocrates de Roosevelt avaient alors concédé plus de 70 sièges de la Chambre aux républicains.

***

Collaboratrice du Devoir
11 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 30 octobre 2010 08 h 03

    Tough times ahead...

    Notons que, lors de sa prestation au Daily Show, Obama a signalé à deux reprises que des pratiques coutumières non inscrites dans la constitution imposaient un vote avec majorité de 60 voix au Sénat. Il a aussi mentionné que la procédure d’obstruction systématique (filibuster) devrait être révisée car utilisée abusivement par l’autre camp. Il est patent que ce président, avoué constitutionnaliste de formation, se prépare à gouverner dans des conditions camérales plus ardues.
    Paul Laurendeau

  • Serge Granger - Abonné 30 octobre 2010 08 h 45

    Obama décoit la gauche

    Regardez son opposition à la proposition 19 en Californie.

  • MJ - Inscrite 30 octobre 2010 10 h 32

    Le président américain Barack Obama et son parti démocrate en difficulté

    Je me demande pourquoi les Noirs, les Hispaniques, les jeunes et les femmes qui composent habituellement l’électorat du parti démocrate aux Etats-Unis, sont indécis et penchent, soit vers l’abstention, soit pour les Républicains. Les Républicains, étant un parti ultra-conservateur, s'il advenait une majorité au Congrès (à la Chambre des représentants et au Sénat) de ces derniers, il en résulterait un important court-circuit sur les possibilités d'actions du président Obama, et il serait réduit à faire des compromis, favorisant de la sorte les politiques républicaines et son Establishment. Or, Obama a déjà suffisamment de difficultés à faire adopter ses politiques et son programme. Comme l’un des intervenants l’a mentionné dans ses commentaires pour un autre article sur les Etats-Unis, le talon d'Achille de ce pays est, entre autres, un bipartisme ancré qui favorise une approche manichéenne des problèmes. Une ouverture vers un multipartisme donnerait ouverture à plus de diversité dans le paysage politique.

  • Gilbert Talbot - Abonné 30 octobre 2010 13 h 17

    Je ne voterais pas Démocrate.

    Obama m'a déçu, comme beaucoup d'Américains. Sa guerre en Afghanistan ne mène qu'à plus de morts, de souffrances et de dépenses militaires scandaleuses. Dans la situation de crise actuelle il serait mieux avisé de mettre davantage d'argent dans l'aide aux chômeurs, à ceux qui perdent toujours leurs maisons, ou qui couchent de plus en plus dans la rue. Sa réforme de la santé est plutôt favorable aux compagnes d'assurances, qu'à ceux qui n'en n'avait pas les moyens de se payer une assurance voleuse et exploiteuse des malades (Cf : le film de Michael Moore sur le système de Santé américain). Obama n'a rien changé à la crise financière et économique et le taux de chômage est toujours très élevé; il a mis une croix sur son orientation plus environnementaliste. il m'a fait mal au coeur en ne reconnaissant pas le statut d'enfant-soldat à Omar Kadhr. Guantanamo est toujours ouvert et ses commissions militaires ne respectent toujours pas les droits humains fondamentaux.

    je ne voterais pas Républicain pour autant Je n'annulerais pas mon vote et je ne m'abstiendrais pas. J'analyserais les programmes des candidats, gouverneurs, sénateurs ou représentants et je voterais pour celui ou celle qui a le courage de défendre des orientations progressistes dans un pays qui vire actuellement à l'extrême-droite. J'espère qu'il y aura des candidats provenant de petits partis comme des Verts ou des indépendants des deux grands partis.

  • Marc Lemieux - Inscrit 30 octobre 2010 16 h 29

    Obama a le sort qu'il mérite

    Obama a le sort qu'il mérite. Il n'a fermé Guantanamo, même si entre nous ce n'était qu'un détail, cette prison là ou ailleurs ne change rien. Sa réforme de la santé n'est pas ce qui était promis, d'ailleurs on n'a jamais su ce qui l'était, mais il n'a fait que renforcer un système déjà existant.

    Il parlait de changement, et a eu le culot de dire, un fois élu bien sûr, que le changement en fait c'était lui, dans un programme qui justement jouait sur le flou, et donc l'espoir.

    IL n'a rien fait pour les afro américains, juste dit "faites comme moi", ce qui ne résout rien, n'a rien fait non plus pour toutes les communautés qui votent pour lui.

    On peut reprocher des choses aux républicains, ne pas partager leurs idées, mais on ne peut pas leur reprocher de ne pas tout faire pour les appliquer.

    Les démocrates n'appliquent pas leur idées, d'ailleurs ils n'en ont plus. Qu'ils prennent des mesures, quelles qu'elles soient, mais même ça ils n'en sont plus capables, pourtant c'est le rôle de tout politique. Ils ont créé une politique stagnante, qui rend le pays consensuel et sans débat novateur, sauf le Tea Party, qu'on y adhère ou non, mais ce n'est qu'une réponse indirecte.

    J'espère que les républicains seront élu, c'est fou mais c'est le parti des riches qui est devenu le parti du peuple, et le parti du peuple qui est devenu le parti des élites, des stars et de tout ce qui se fait de bien pensant et de déconnectés.

    Sujet brulant chez eux, l'immigration, on verra comment il va traiter ça, car Obama s'est bien gardé de faire que ce soit. Les démocrates comptent sur cet électorat, ils ont beaucoup joué avec et les gens n'adhèrent plus.

    Ce gars "cool" du début a laissé place à un être arrogant, il aura surtout été un très bon communicateur, et a su jouer sur ce qu'il est, pas besoin de faire un dessin.

    Mais surtout, il a failli à rassembler les communautés, sujet où on pouvait l'attendre.