Un psychiatre peint un sombre portrait d'Omar Khadr

Un croquis de l’audience tenue hier à Guantánamo servant à déterminer la peine d’Omar Khadr, nouvellement condamné criminel de guerre.<br />
Photo: Agence Reuters Janet Hamlin Un croquis de l’audience tenue hier à Guantánamo servant à déterminer la peine d’Omar Khadr, nouvellement condamné criminel de guerre.

Base navale de Guantánamo, Cuba — Omar Khadr est un homme en colère, amer et sans remords, et doté de forts liens avec sa «famille d'al-Qaïda», a décrit un psychiatre lors de l'audience pour déterminer la peine du Canadien nouvellement condamné criminel de guerre.

Selon le docteur Michael Welner, la mère, les soeurs et les frères de Khadr, qui vivent à Toronto, ont tous exprimé leur appui envers le djihad violent. Le docteur Welner a aussi qualifié Khadr de «mouton blanc» de la famille.

Le docteur Welner soutient aussi que durant son séjour de huit ans dans l'infâme prison de la base navale de Guantánamo, Kahdr aurait «baigné dans le djihad radical» avec ses compagnons de prison et serait devenu encore plus dévoué à la cause.

«Il est extrêmement dangereux, a dit le docteur Welner. Il croit qu'il n'aurait jamais dû y passer une journée... et que c'est la faute des autres s'il y est.»

Les jurés ont aussi entendu dire que le «charmant» et «très courtois» Khadr est considéré comme un leader religieux parmi les détenus du camp 4, là où il est détenu.

«Il a tué, a dit le docteur Welner. Il a tué un soldat américain, ce qui est le prix suprême dans le camp 4.»

Le témoignage a conclu une journée au cours de laquelle les membres de la cour ont entendu comment, au cours d'un échange de tirs en Afghanistan en 2002, Khadr, alors âgé de 15 ans — croyant qu'il allait mourir — a voulu tuer autant d'Américains qu'il le pouvait.

Les sept officiers militaires formant le jury ont écouté pendant que le procureur américain Jeff Groharing lisait une déclaration de 50 paragraphes sur les faits constituant le pilier de la réponse à l'accusation de Khadr présentée la veille.

La déclaration décrivait comment Khadr se cachait derrière un mur lorsqu'il a lancé la grenade qui a tué le sergent de première classe Christopher Speer.

«Khadr a lancé la grenade avec l'intention de tuer ou de blesser le plus d'Américains possible», a lu Groharing.

Khadr, natif de Toronto et maintenant âgé de 24 ans, était enfermé avec d'autres membres d'une cellule terroriste dans une enceinte qui était sous attaque américaine. Ils ont conclu le «pacte» de mourir plutôt que de se rendre à leurs ennemis occidentaux.

Il a été atteint de deux balles tirées par un soldat américain et a été retrouvé dans les décombres de l'enceinte, qui avait été atteinte par deux bombes pesant quelque 225 kg chacune. Il avait aussi été atteint à un oeil par les éclats d'un shrapnel.

Khadr — qui a plaidé coupable lundi aux cinq chefs d'accusation de crimes de guerre, dont un de meurtre — reconnaît avoir été «content» lorsqu'il a appris qu'il avait tué un soldat américain, et qu'il se sentait réconforté pendant son incarcération dans la base aérienne de Bagram, en banlieue de Kaboul.

Khadr a également avoué avoir suivi un entraînement terroriste à la fin de son enfance et au début de son adolescence lors de voyages avec son père, un associé d'Oussama ben Laden, en Afghanistan et au Pakistan.

«Khadr se considère comme un membre actif d'al-Qaïda et partage les mêmes ambitions que cette organisation, qui veut tuer tous les Américains — civils ou militaires — partout où on les trouve, et leur piller leur argent», selon la déclaration.

Khadr a signé le document le 13 octobre, ce qui signifie qu'il accepte toutes les allégations faites contre lui.
11 commentaires
  • Socrate - Inscrit 27 octobre 2010 04 h 11

    Gros Kaderre

    On devrait rapatrier tous les truands de la terre en échange du Gros Kaderre et il n'y aurait plus des pôblèmes.

  • Richard Boudreau - Abonné 27 octobre 2010 08 h 16

    Honte!

    À quoi peut-on s’attendre d’un enfant élevé dans un fanatisme patriotique et religieux tel que propagé par son entourage. L’évaluation de ce psychiatre le déshonore en étant autant teinté des valeurs de la droite américaine qui va en guerre. Aucune nuance sur l’impact de l’environnement social et politique.. Omar Kadr était en guerre contre un ennemi et était nourri des sentiments corolaires de ceux qui ont motivé le président des États-Unis Bush à se lancer dans le massacre de milliers de citoyens en Irak et en Afghanistan. Pourtant monsieur Bush est non seulement libre, mais encore adulé par une forte proportion des Américains. Et combien de soldats américains ont abattu froidement leurs ennemis, y compris dans cette fameuse bataille où Kadr fut capturé? À ce que je sache les deux balles tirées dans le dos de Kadr ont été tirées sur un homme qui ne pouvait plus se défendre et ne visaient qu’à le tuer.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 27 octobre 2010 09 h 16

    Le non dit.

    Ce jugement du jeune citoyen canadien Omar Khadr, les méthodes du gouvernement étatsunien, ce simulacre de justice digne du Myanmar, le régime militaire le plus oppressif de la planète, font oublier trop souvent aux médias que Khadr était en situation de légitime défense dans une maison attaqué de toutes part par des soldats étrangers armés jusqu'au dent qui tiraient sur tout ce qui bougeait depuis leur présence dans ce pays en 2002.

    On mentionne trop peu souvent que l'intégrisme musulman se nourrit à même le terrorisme pratiqué directement ou indirectement par les É.U en pays musulman. Les va t'en guerre de Washington, pas moins intégriste que ceux qui embrassent le terrorisme( le terrorisme des uns attire celui des autres) sont depuis longtemps la première cause du terrorisme causé par des groupes ou individus provenant de pays musulman.

    Ce pays, les É.U, a toujours eu besoin d'un ennemi. C'est leur raison d'être. Après la chute du communisme, il fallait s'en trouver un autre, et rapidement. le complexe militaro-industriel l'exigeait. Ce fut l,Islam, et ce depuis 1993, 3 ans à peine après la chute du fameux Mur. On est pas sorti de l'auberge.

  • Democrite101 - Inscrit 27 octobre 2010 09 h 53

    Médecins, obéissez à Hippocrate, pas à ceux qui vous paient !


    Quelle misère que ces médecins qui se prostituent au mépris de leur serment d'Hippocrate !

    Derrière le drame humain qu'est Omar Khadr, il y a la pratique condamnable des médecins eux-mêmes quand ils sont convoqués par la justice pour donner leur avis d'expert.

    Voilà où le bât blesse. Il est inadmissible qu'un expert soit payé par une partie pour rédiger une expertise. L'autre partie réplique en payant le sien, qui n'est pas plus objectif, impartial que le premier et pour une seule raison: les expertises sont faites selon le désir du client qui paie, dans le sens de ses intérêts, non dans celle de la vérité scientifique et déontologique.

    Un psychologue m'a raconté que, dans les procès où il fut invité comme expert, la partie adverse faisait appel à un médecin généraliste pour casser l'avis du psychologue du haut de sa discipline plus prestigieuse, et que son avocat répliquait en faisant appel à un psychiatre, médecin spécialisé, pour casser à son tour l'expertise du médecin généraliste. Et ainsi de suite.

    Avec le résultat aberrant suivant: le pauvre juge, qui ne connaît que son Code civil, devait se débrouiller, lui le moins savant des trois, à choisir lequel des spécialistes avait raison contre les deux autres ! Justice plus bête que celle-là, tu crèves à en rire ou en pleurer.

    La loi devrait partout être changée par celle-ci: tout expert est désigné et payé par l'État pour donner son avis, n'a aucun lien financier ou professionnel avec les deux parties, et les frais sont chargés par l'État aux deux parties après le procès.

    Je ne comprends pas, mais vraiment pas, pourquoi nos législateurs sont si lents à y penser.

    Enfin, Omar Khadr était un enfant. Point à la ligne. Tout le reste devrait relever de la pédagogie et de la rééducation.


    Jacques Légaré, héritier et défenseur des Lumières
    Voir «Page Web Jacques Légaré»

  • Le Voyageur - Inscrite 27 octobre 2010 11 h 02

    Dépression et malaise 2

    Il est vrai quant même que son horrible condition de détention illégale pendant 8 ans l'ait fait théoriquement convaincre de la méchanceté de l'Occident envers les musulmans, comme sa famille a essayé de lui dire. Mais je suis toujours convaincue que Khadr est innocent et moi aussi, j'aurais fait la même chose à sa place : mentir en plaidant coupable uniquement pour sortir de cet enfer un jour. Car s'il continuait à plaider non-coupable, il n'aurait aucune chance d'être déclaré innocent par l'armée et subirait la prison à vie, alors que là il n'aurait qu'à subir maximum 8 ans de prison, dont 7 au Canada.

    Malheureusement, le gouvernement américain et canadien l'ont transformé en endurci, en un homme détruit et sans avenir.