Les fuites de WikiLeaks - Washington et Bagdad doivent enquêter sur les allégations de torture

Genève — Le haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, a appelé hier les autorités américaines et irakiennes à enquêter sur les allégations de torture et les autres «violations des droits de l'homme» en Irak figurant dans des documents militaires confidentiels publiés par WikiLeaks.

«Les autorités américaines et irakiennes doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour enquêter sur toutes les allégations formulées dans ces rapports», a déclaré Mme Pillay, citée dans un communiqué publié par son bureau.

Elle demande à Washington et aux Irakiens de «traduire en justice les responsables d'homicides illégaux, d'exécutions sommaires, de torture et d'autres graves atteintes aux droits de l'homme».

Le site WikiLeaks a publié vendredi environ 400 000 rapports d'incidents, écrits de 2004 à 2009 par des soldats américains, qui font état de cas de tortures par les forces irakiennes, sur lesquels les Américains auraient fermé les yeux, ainsi que «plus de 300 cas de tortures par les forces de la coalition», selon le fondateur du site, Julian Assange.

Les civils

Les documents révèlent aussi que le conflit a fait 109 032 morts en Irak, dont plus de 60 % de civils, soit 66 081 personnes. Sur ce total, 15 000 décès de civils n'avaient jusqu'à présent pas été révélés, selon WikiLeaks.

Ces informations ont renforcé les inquiétudes de Mme Pillay quant aux graves violations de la législation internationale qui ont eu lieu en Irak, dont des exécutions sommaires d'un grand nombre de civils, des cas de tortures et des cas de mauvais traitements sur les détenus.

Mme Pillay estime que les documents publiés par Wikileaks semblent indiquer que les «États-Unis étaient au courant, entre autres choses, de l'utilisation généralisée de la torture et des mauvais traitements sur les détenus des forces irakiennes».

«Et malgré tout», souligne le communiqué, Washington aurait «procédé au transfert de milliers de personnes détenues par les forces américaines aux Irakiens entre début 2009 et juillet 2010».

«Les documents incluraient aussi des informations de cas non publiés selon lesquels des forces américaines ont tué des civils à des postes de contrôle et pendant des opérations» militaires, a-t-elle ajouté.

L'armée se disculpe

Le Haut commissaire demande par ailleurs à l'Irak de ratifier la Convention contre la torture et les autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, qui donnerait à l'ONU le droit de visiter tous les centres de détention du pays et d'examiner les prisonniers.

Lundi, le chef d'état-major de l'armée de Terre américaine a assuré que les États-Unis avaient tenté d'empêcher les autorités irakiennes de recourir à la torture, réfutant les informations du site WikiLeaks selon lesquelles des cas de violence ont été couverts par Washington.

«Notre politique à toujours été que, lorsque des soldats américains se trouvent confrontés à des cas de violence sur des prisonniers, ils doivent les empêcher et ensuite en rendre compte immédiatement aux chaînes de commandement américaine et irakienne», a assuré le général George Casey, ancien commandant de la force multinationale en Irak.