Analyse - Le Tea Party, une pierre dans le jardin républicain

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Photo: Agence Reuters Scott Audette Sarah Palin samedi lors d’une campagne de financement à Orlando, en Floride.

Washington — Tout autant qu'elle sera un obstacle pour les démocrates, l'entrée attendue d'élus du mouvement conservateur Tea Party au Congrès pourrait nuire aux républicains après le scrutin de mi-mandat du 2 novembre. Ces francs-tireurs sont impatients d'empêcher, pour les deux ans à venir, la mise en œuvre du programme de Barack Obama, qu'ils jugent bien trop à gauche et dispendieux. Mais ils sont aussi prêts à remettre en cause les dirigeants républicains s'ils ont le sentiment que le Grand Old Party (GOP) n'entreprend pas rapidement de réduire l'intervention de l'État, baisser les impôts et lutter contre un déficit record.

«Nous allons regarder de près si les républicains feront ce qu'ils ont dit», prévient Chris Littleton, chef du Conseil de la liberté, coalition de 58 groupes du Tea Party dans l'Ohio.

Les coupes franches dans les dépenses réclamées par le Tea Party risquent de provoquer une épreuve de force parce qu'elles réduiraient quasi à néant la marge de manoeuvre du gouvernement et parce qu'elles pourraient être sanctionnées dans les urnes.

Bouleversement

«Si j'étais un stratège républicain, je voudrais m'assurer que le Tea Party ne nous entraîne pas trop à droite», note Dan Ripp, de la société privée Bradley Woods qui analyse la politique de Washington pour les investisseurs institutionnels.

Mouvement apparu de façon quasi spontanée et caractérisé par une aversion pour l'interventionnisme de l'État fédéral, le Tea Party bouleverse le jeu politique aux États-Unis, suscitant dans son sillage une montée du mécontentement envers le Congrès. Ses membres sont des conservateurs tant sur le plan budgétaire que dans la sphère sociale, où nombre d'entre eux partagent les positions de la droite chrétienne sur l'avortement ou le rôle de la religion.

Au fil des mois, ils ont donné un nouveau souffle au Parti républicain, qui se trouve en position de conquérir la Chambre des représentants, voire le Sénat. Mais ils ont aussi ébranlé certains caciques du parti dont ils contestent le conservatisme trop peu marqué à leur goût.

Huit des républicains qui tenteront de prendre un siège de sénateur aux démocrates sont des membres du Tea Party et ont souvent battu lors d'une primaire le candidat désigné du GOP. C'est le cas dans le Nevada, en Alaska et

beaucoup de républicains s'inquiètent de trouver là un allié avec lequel il sera difficile de négocier, notamment au Sénat qui passe pour être «l'assemblée la plus délibérante au monde».

Comment gouverner

«L'indignation est une force véritable et puissante avant une élection, [mais] ça ne fonctionne pas aussi bien comme philosophie de gouvernement», souligne l'ancien assistant républicain au Sénat John Ullyot. Larry Sabato, politologue à l'université de Virginie, voit les républicains gagner la Chambre des représentants et conquérir une cinquantaine de sièges, donc disposer d'environ

240 sièges dont un sur cinq jouirait «d'un fort soutien du Tea Party». «Une immense inquiétude réside dans le fait que le Tea Party rende le groupe républicain à la Chambre ou au Sénat hermétique au compromis», dit-il.

Le sénateur John McCain, adversaire malheureux de Barack Obama à la présidentielle de 2008, estime pour sa part que les deux grands partis devront être attentifs au Tea Party. Sans quoi, prédit-il, un nouveau mouvement politique émergera, comme en 1992, lorsque la candidature du milliardaire texan Ross Perot avait privé le président sortant George Bush de voix et permis l'élection du démocrate Bill Clinton.

Son ex-colistière Sarah Palin, idole du Tea Party, rejette toute difficulté et tourne en ridicule ceux qui voient émerger cette nouvelle force avec réticence. «Les pontes de l'appareil me rendent folle, parce qu'ils sont trop frileux pour soutenir les candidats du Tea Party. Certains d'entre vous devraient être plus courageux», a-t-elle lancé il y a une semaine.