Les réactions ont été vives à travers le monde - Le pasteur Jones renonce à brûler le Coran, puis se ravise

Des manifestants ont brûlé un drapeau des États-Unis hier, à Ahmedabad, en Inde.<br />
Photo: Agence Reuters Des manifestants ont brûlé un drapeau des États-Unis hier, à Ahmedabad, en Inde.

Le chef du groupuscule chrétien qui voulait brûler le Coran en Floride a annoncé hier en fin de journée avoir renoncé à ce projet, assurant avoir obtenu la promesse que le projet de construction d'une mosquée près de Ground Zero à New York serait déplacé.

Quelques heures plus tard, le pasteur Terry Jones a toutefois menacé de «revoir» sa décision.

Le pasteur, chef du groupe chrétien intégriste «Dove World Outreach Center» («Centre colombe pour aider le monde») de Gainesville, en Floride, a d'abord expliqué avoir fait marche arrière en échange de la promesse que le projet de construction d'une mosquée près de Ground Zero à New York serait déplacé. Cette annonce constituait un soulagement pour les autorités américaines qui redoutaient ses conséquences, notamment pour les soldats américains en Afghanistan.

Le pasteur Jones affirmait alors avoir obtenu l'assurance par un imam d'Orlando agissant en tant qu'intermédiaire, Mohammed Musri, que l'imam Faisal Abdul Rauf, à l'origine du projet de mosquée à Manhattan, était prêt à un accord et était d'accord pour le rencontrer samedi à New York pour en discuter.

Mais les responsables du projet de mosquée ont démenti tout accord avec le pasteur et l'imam Rauf a rejeté tout «marchandage» avec lui.

«Nous mettons les choses entre parenthèses pour l'instant, car nous sommes vraiment déçus et choqués, car si (la position de l'imam Rauf) est vraie, il (Musri) nous a clairement menti», a déclaré le pasteur après avoir eu connaissance de ce démenti.

«Nous pourrions être obligés de revoir notre décision, car nous avons annulé (l'autodafé) en nous appuyant sur sa parole. Et maintenant, je crois comprendre qu'il affirme partout qu'il n'a jamais dit cela», a déclaré le pasteur en parlant de Musri.

Ce projet de brûler a monopolisé l'attention toute la journée hier, le président des États-Unis, Barack Obama, intervenant en avant-midi à la télévision pour le dénoncer alors que la tension montait dans les principaux pays musulmans. Obama a fermement condamné le projet du pasteur Terry Jones, tout en notant que les autorités n'avaient guère moyen de s'y opposer.

Un geste destructeur

La liberté d'expression est fermement garantie aux États-Unis et les autorités n'ont guère de moyens légaux d'empêcher Jones de passer à l'acte, si ce n'est en invoquant des lois locales interdisant de brûler des objets en public.

L'administration Obama a envisagé la possibilité hier de prendre contact directement avec le groupuscule dans l'espoir qu'il renonce à un projet dénoncé dans le monde entier comme une incitation à la violence.

«C'est un geste destructeur», a averti le président américain Barack Obama, au sujet de l'initiative de la petite église de Floride dirigée par le pasteur Terry Jones. «C'est une aubaine pour le recrutement d'al-Qaïda. Il pourrait y avoir de graves violences au Pakistan ou en Afghanistan. Cela pourrait intensifier le recrutement d'individus qui sont prêts à se faire exploser dans des villes américaines ou européennes», a-t-il ajouté.

Pour sa part, Interpol a lancé une alerte à ses 188 pays membres mettant en garde contre «de violentes attaques visant des victimes innocentes» et le départementd'État américain a mis en garde les Américains en voyage à l'étranger contre les risques de manifestations anti-américaines.

Manifestations

«Des manifestations, certaines violentes, ont déjà eu lieu dans plusieurs pays dont l'Afghanistan et l'Indonésie, en réponse à l'annonce dans les médias des projets de l'église», dit une note du département d'État. En Afghanistan, des milliers de personnes se sont rassemblées dans une petite ville pour crier des slogans anti-américains et antichrétiens.
32 commentaires
  • jlouisroy - Inscrit 10 septembre 2010 05 h 32

    Passons à autre chose...

    Que de mots perdus pour ce bougre d'imbécile!!! Ils en imprimeront d'autres.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 10 septembre 2010 06 h 47

    Les deux mondes

    Un sujet qui n'a pas vraiment été abordé pour traiter de cette nouvelle, c'est le fait que dans une grande partie des populations musulmanes ont ne comprend pas pourquoi Obama ne peut faire cesser ce geste provocateur du prêtre intégriste et déviant de sa religion. Cela semble simple, vivant dans des régimes autoritaires pour la plupart, les interdictions provenant des gouvernements de ces pays sont beaucoup plus fréquentes dans bon nombre de domaines. Et ils croient qu'Obama a le même pouvoir.

    Et pourtant, se servir de l'article 1 de la Constitution m'apparait être une inflation dans cas-ci pour empêcher ce prêtre de passer aux actes. L'article 1 a été charcuté à maintes reprises par le Patriot Act de George Bush. La littérature est abondante à ce sujet. La réponse qui pourrait empêcher cet acte ignoble et insultant est ailleurs.

  • ysengrimus - Inscrit 10 septembre 2010 07 h 06

    Brutal mais nécessaire

    Tout ceci est brutal mais nécessaire. Une perspective relativiste et descriptive sur la question des MULTIPLES "certitudes" religieuses favorise fortement la déreliction.

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/30/la-dere

    C'est conséquemment hautement éducatif de vivre ces faits ethnoculturel (encore) inévitables, et en détails encore. Et c'est pas fini cette histoire d'autodafé. Comprenons-en les multiples ramifications syncrétiques.
    Paul Laurendeau

  • Marc André Bélanger - Inscrit 10 septembre 2010 08 h 10

    Ce n'est pas une mosqué

    Pourquoi l'AFP et Le Devoir s'entêtent-ils à parler d'une mosquée lorsqu'il s'agit d'un centre culturel?

  • Franfeluche - Abonné 10 septembre 2010 08 h 44

    Geste inconséquent

    C'est ce même pasteur qui,le dimanche, prêche le premier commandement du Christ, et qui, le lundi, prêche la haine de ceux qui ne partage pas ses croyances, et se fiche des conséquences néfastes de ses actes. Cet intégriste ne vaut pas mieux que les intégristes qu'il combat.