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Un fouillis «top secret»

Dans la foulée du 11-Septembre, George W. Bush avait déclaré «la guerre» au terrorisme.<br />
Photo: Agence Reuters Archives Dans la foulée du 11-Septembre, George W. Bush avait déclaré «la guerre» au terrorisme.

Washington — Les services de sécurité nationale américains mis en place après le 11-Septembre sont devenus si tentaculaires, secrets et inextricables qu'il est impossible d'en connaître avec précision l'efficacité, selon une vaste enquête publiée hier par le Washington Post.

Intitulée L'Amérique top secrète, l'enquête est le fruit de deux ans de travail à laquelle ont participé une vingtaine de journalistes du prestigieux quotidien américain, à l'origine du scoop du Watergate qui avait entraîné la démission du président américain Richard Nixon en 1974.

L'enquête affirme que neuf ans après les attentats qui ont fait près de 3000 morts, «le monde top secret que le gouvernement a enfanté [...] est devenu si vaste, difficile à manoeuvrer et secret que personne ne sait combien il coûte, combien il emploie de personnes, combien de programmes existent ni combien de services différents effectuent la même tâche».

Conséquence: après «neuf ans de dépenses sans précédent [...] le système installé pour mettre les États-Unis à l'abri est devenu si dense qu'il est impossible de connaître son efficacité».

«Cet article ne montre pas les services de renseignement tels que nous les connaissons», a réagi David Gompert, directeur (intérimaire) du renseignement national américain (DNI), assurant que des réformes menées ces dernières années avaient permis «d'améliorer la qualité et la quantité» des missions.

Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, l'administration du président George W. Bush avait lancé le concept de «guerre contre le terrorisme», battu en brèche depuis par le président Barack Obama.

Agrémenté de nombreux graphiques sur plusieurs pages, le travail du Washington Post est publié en trois parties jusqu'à mercredi et son premier volet, baptisé «Un monde secret qui grandit sans contrôle», est consacré à l'organisation de ces services.

Le quotidien note que 1271 agences gouvernementales et 1931 compagnies privées, réparties sur 10 000 sites à travers les États-Unis, travaillent sur des programmes liés à la lutte contre le terrorisme ou au renseignement.

Le dispositif emploie près de 854 000 personnes, qui disposent d'accès à des informations secrètes, et 33 bâtiments ont été construits ou sont en cours de construction rien que dans l'agglomération de la capitale fédérale Washington.

Le Washington Post souligne que l'ampleur de cette bureaucratie entraîne des redondances administratives. Le journal observe par exemple que 51 organisations fédérales situées dans 15 villes différentes sont chargées de surveiller la circulation des fonds des réseaux terroristes.

«Il y a probablement des redondances et des problèmes d'organisation, a reconnu le Pentagone. Mais il faut rappeler dans le même temps qu'il n'y a pas eu d'attentat majeur aux États-Unis depuis le 11-Septembre.»

L'énorme machine de renseignement américaine produit des rapports en si grand nombre (quelque 50 000 rapports par an) que «beaucoup d'entre eux sont tout simplement ignorés».

Le journal rappelle qu'en raison de ces errements, le renseignement américain n'est pas parvenu à empêcher l'attentat raté sur un vol Amsterdam-Detroit le jour de Noël ou la tuerie de Fort Hood, au Texas, qui a fait 13 morts en novembre.

Le quotidien explique qu'en raison de la nature sensible du sujet, des responsables du gouvernement américain ont été autorisés à avoir accès à l'enquête avant sa publication et que certaines informations ont été retirées.