La marée noire atteint la Louisiane et le delta du Mississippi

Près de dix jours après l’explosion de la plateforme de forage Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique, les premiers fragments de la marée noire sont arrivés hier soir sur les côtes de la Louisiane et dans l’embouchure du Mississippi, devançant d’une journée les prévisions des spécialistes. Cinq fois plus grande que ce qui avait été estimé, la marée fait craindre le pire au gouvernement américain, qui essaie de juguler la crise malgré les reproches qui lui sont adressés.

Le pétrole, qui fuit actuellement au rythme de 5 000 barils par jour, semble maintenant plus épais dans les eaux sud et est du delta du Mississippi, à huit kilomètres de la côte. «J’ai peur pour le pays, pour l’environnement», a reconnu David Kennedy, un responsable de l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA). «Elle est vraiment très, très grande. Et les travaux qu’il faudra mener pour la combattre, seront tout simplement énormes».

Pour l’instant, des équipes de British Petroleum, le groupe qui exploitait la plateforme de forage, et les autorités américaines s’emploient, avec le secours de l’armée, à endiguer ce qui pourrait devenir la pire catastrophe écologique aux Etats-Unis depuis des décennies. Des bateaux patrouillaient ce matin dans les marécages côtiers pour rechercher des zones où le pétrole s’est engouffré, notamment pour déployer des barrages flottants, user de dispersants chimiques et déclencher des incendies contrôlés pour brûler le pétrole.

Le PDG du groupe British Petroleum a par ailleurs annoncé aujourd’hui qu’il assume l’entière responsabilité de la marée noire, s’engageant donc à payer les frais de nettoyage et à indemniser financièrement tous ceux qui seront affectés par la catastrophe.

Le Service national météorologique a toutefois annoncé des vents et de fortes vagues jusqu’à dimanche, un phénomène qui pourrait pousser le mélange d’hydrocarbures plus profondément dans les anses, les étangs et les lacs dans le sud-est de la Louisiane. Cette côte américaine du golfe du Mexique est l’une des plus riches au monde pour la variété de ses fruits de mer, notamment les crevettes et les huîtres, si bien que des centaines d’espèces de poissons et d’oiseaux sont présentement menacées.

Une réaction jugée trop lente

Le président des États-Unis, Barack Obama, a annoncé hier une vaste mobilisation fédérale, s’engageant à mettre en oeuvre «toutes les ressources disponibles» pour lutter contre la marée noire et précisant que le gouvernement fédéral est «entièrement préparé» à assumer ses responsabilités envers les communes de la côte. Il s’agit, pour le président, d’une façon de contrer toute critique sur une éventuelle réponse trop tardive des autorités fédérales.

Il faut dire que quelques jours auparavant, les garde-côtes de Louisiane avaient assuré qu’on avait «largement» le temps de protéger les côtes en cas d’arrivée de la nappe de pétrole. British Petroleum assurait pour sa part au gouvernement américain que la marée noire était gérable, et non catastrophique.

Ce manque de réaction est reproché au président Barack Obama par les habitants de la Louisiane, qui ont à nouveau le sentiment d’avoir été «oubliés» par l’Etat fédéral. Comme lors de l’ouragan Katrina en 2005, disent-ils, le gouvernement a tardé à mesurer l’ampleur du désastre écologique et économique qui se profile. «Ils nous ont menti. Ils nous ont dit que la nappe équivalait 1000 barils alors qu’ils savaient pertinemment que c’était bien plus. Et ils sont restés les bras croisés», a expliqué Cade Thomas, pêcheur à Venice, qui craint pour son futur et qui ne sait s’il doit incriminer l’administration Obama, les gardes-côtes ou British Petroleum.

Pour sa part, le gouvernement américain se défend d’avoir tardé à réagir. Dans un discours prononcé depuis la Roseraie de la Maison Blanche, Barack Obama s’est efforcé de montrer que son administration était aux commandes, précisant avoir demandé au secrétaire à l’Intérieur Ken Salazar d’examiner ce qui s’était passé et de rendre un rapport sous 30 jours. M. Salazar devra notamment se pencher sur les garde-fous à mettre en place pour empêcher de futures catastrophes.

Barack Obama a aussi promis aujourd’hui qu’aucun nouveau forage pétrolier ne serait autorisé avant que les autorités américaines n’aient déterminé les causes de l’explosion du 20 avril.

Avec l’Associated Press et la Presse canadienne