La marée noire rejoint la Maison-Blanche

La marée noire menace les côtes de la Louisiane
Photo: La Presse canadienne (photo) NASA La marée noire menace les côtes de la Louisiane

L'administration Obama a décidé hier d'intervenir massivement contre la marée noire qui menace les côtes de la Floride et de la Louisiane depuis la fin de semaine dernière et qui pourrait aussi menacer l'adoption de sa politique de relance de l'exploration pétrolière aux États-Unis. Ce «compromis» avait été présenté comme un moyen d'obtenir l'adhésion de quelques sénateurs républicains au projet de loi visant à diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Craignant d'être rejointe par cette marée noire, la Maison-Blanche a en effet hier demandé au département de la Défense d'aider la pétrolière BP à nettoyer les eaux contaminées par l'immense fuite de pétrole dans le golfe du Mexique, dont l'ampleur a été réévaluée à la hausse hier. Selon la sous-amirale Mary Landry, on parle maintenant de 5000 barils (210 000 gallons) de pétrole par jour qui s'échappent d'un puits de pétrole à 1500 m au fond de l'eau et à seulement 50 km de la Louisiane. Cet État abrite 40 % de tous les milieux humides marins des États-Unis.

Le risque que cette marée noire atteigne aujourd'hui les côtes de la Louisiane est tel que le gouverneur Bobby Jindall a déclaré l'état d'urgence hier. Selon la BBC, la nappe de pétrole couvrait hier 74 100 km2.

En écho à Washington, Janet Napolito, secrétaire d'État à la Sécurité intérieure, parlait d'une «marée noire d'importance nationale», ce qui explique que plus de 70 navires de la Garde côtière et de la Défense nationale étaient déjà sur les lieux, appuyés par des avions, pour déployer des estacades flottantes, épandre des solvants et tirer du canon pour effrayer les oiseaux marins afin de tenter de limiter les impacts environnementaux de cette marée noire. Mme Napolito, ainsi que l'administratrice de l'Environmental Protection Agency, Lisa Jackson, seront sur place aujourd'hui.

Tout a commencé le mardi 20 avril quand une explosion suivie d'un incendie majeur ont frappé la plate-forme de forage Deepwater Horizon, opérée par la pétrolière BP à quelque 50 km des côtes louisianaises. Depuis, 11 des 127 travailleurs manquent toujours à l'appel. Deux jours plus tard, la plate-forme coulait à pic, ce qui a entraîné la rupture du tuyau de 1,5 km qui la rattachait à la tête du puits au fond de l'eau. Depuis, la tête de ce puits, ainsi que deux fissures sur le long tuyau désormais écrasé au fond du golfe, laissent échapper du pétrole.

BP tente avec des robots téléguidés de fermer les énormes valves de sécurité installées sur la tête du puits. Selon les spécialistes de la pétrolière BP, ces valves, testées il y a une dizaine de jours, auraient refusé de se fermer complètement. On rejette la faute sur la pression interne du puits, qui serait plus importante que prévu. Mais la pétrolière soutient que les dégâts seraient encore plus importants si les valves n'avaient pas fonctionné en grande partie.

Avec des rejets de 210 000 gallons par jour, la marée noire qui menace les côtes de la Louisiane et de la Floride pourrait dépasser en 55 jours celle provoquée par l'Exxon Valdez et ses 11 millions de gallons de bitume lourd en 1989. Le golfe du Mexique a connu une autre marée noire gigantesque en 1979 quand 140 millions de gallons se sont échappés d'un puits sous-marin dans la baie de Campeche au large du Mexique. La fuite avait duré neuf mois.

Le colmatage de la fuite décelée en fin de semaine dernière pourrait prendre des mois en raison de la profondeur et des problèmes d'opération avec des robots téléguidés. BP évoquait hier la possibilité de forer un nouveau puits latéral pour réduire la pression dans la veine qui fuit présentement afin de faciliter son obstruction. D'autres spécialistes évoquent la possibilité de descendre un dôme au-dessus de la fuite pour l'emprisonner et en pomper le contenu dans des navires de surface. Cette technologie n'a cependant pas encore été éprouvée sur le terrain.

Entre-temps, les 70 navires de toute sorte et les 1000 spécialistes à l'oeuvre dans le secteur ont commencé à déployer des estacades pour emprisonner les fractions les plus épaisses et les remorquer au large pour les brûler. Un premier essai a réussi, mais tout le monde s'accorde pour y voir une mesure transitoire qui ne détruit que la moitié du pétrole récupéré. Des estacades ont par ailleurs commencé à être déployées sur des kilomètres pour protéger les côtes de la Louisiane et de la Floride.

Déjà hier, les pêcheurs de crevettes lançaient un recours collectif contre BP. Pour leur part, les assureurs de la pétrolière évaluaient à titre provisoire les réclamations possibles autour de 1,5 milliard.

Mais c'est aussi du côté de la Maison-Blanche que les impacts de cette marée noire étaient visiblement redoutés.

Fin mars, le président Obama donnait le feu vert à la relance de l'exploration gazière et pétrolière dans l'est du golfe du Mexique, sur la côte arctique au nord de l'Alaska ainsi que sur la côte atlantique, du Delaware jusqu'au milieu de la Floride. Mais le président maintenait le moratoire en cours depuis des années du New Jersey à la frontière canadienne, ainsi que du Mexique jusqu'au Canada du côté du Pacifique.

Ce projet, malgré toutes les assurances données quant au sérieux des études et des normes éventuellement imposées aux pétrolières, a été présenté comme un moyen de réduire la dépendance des États-Unis envers les pays exportateurs de pétrole et de créer des emplois. Il a été fortement dénoncé par les écologistes, même s'il s'agissait aussi d'un moyen d'obtenir l'adhésion de quelques sénateurs républicains au projet de loi sur le contrôle des émissions de gaz à effet de serre.

Mais hier, plusieurs démocrates et républicains favorables à ce compromis remettaient en question la pertinence de lever le moratoire sur l'exploitation du pétrole marin, et cela, même si l'administration se disait déjà prête à repousser de 75 à 125 milles marins la zone riveraine où il serait interdit de forer les fonds marins.

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Avec Reuters, The New York Times et la BBC
1 commentaire
  • Guylaine St-Pierre - Inscrit 30 avril 2010 10 h 22

    Pas drole mais Ironique Les arabes, les Britz et leur maudit pétrole !

    Tiens ! Obama doit aimer ça, il est entouré de pétrole !