Les menaces de boycottage de l'Arizona se multiplient

Phoenix — L'Arizona, État américain déjà ravagé par la récession, est désormais menacé par de multiples appels au boycott économique après la promulgation vendredi d'une loi très contestée sur l'immigration.

Plusieurs hôtels de l'État frontalier du Mexique signalent déjà des annulations, après la signature par la gouverneur Jan Brewer d'une loi qui légalise, selon ses opposants, le délit de faciès, en permettant à la police de contrôler le statut migratoire de quiconque en cas de «doute raisonnable».

Des personnalités politiques de l'Arizona, ainsi que des élus des villes californiennes de San Francisco et Los Angeles, ont appelé les entreprises de l'État à cesser de travailler pour l'administration tant que la loi n'aura pas été abrogée.

Ils espèrent reproduire le succès de la campagne menée en 1987, lorsque l'Arizona avait décidé de ne plus considérer le «Martin Luther King Day» comme un jour férié, et qui avait conduit à l'annulation de plusieurs salons — un manque à gagner de plusieurs millions de dollars pour l'État.

«Nous appelons les organisateurs à ne plus programmer de congrès et de conférences dans l'État, jusqu'à ce que le texte soit retiré, a déclaré l'élu démocrate de l'Arizona, Raul Grijalva, dans un communiqué. C'est un appel ciblé, pas un rejet en bloc de l'économie de l'État. Les congrès sont une grande source de visiteurs et de revenus.»

Avocats

L'Association des avocats américains spécialisés dans l'immigration (AILA) a été l'une des première à répondre au boycott, en déplaçant sa conférence annuelle, à l'automne, dans un autre État.

«Nous ne nous pouvons décemment pas dépenser l'argent de l'association dans un État qui déshumanise les gens que nous représentons et pour lesquels nous nous battons», déclare le président de l'AILA, Bernie Wolfsdorf dans un communiqué.

«Ce qu'a fait la gouverneur Brewer en signant cette loi, c'est légitimer toutes les peurs irrationnelles de ceux qui ne veulent pas reconnaître les bénéfices culturels et économiques de l'immigration dans notre pays», dit-il.

Selon les derniers chiffres de l'Office du tourisme de l'Arizona, les visiteurs ont dépensé quelque 18,5 milliards de dollars dans l'État en 2008, et généré 167 000 emplois. Sur les 37,4 millions de touristes venus visiter l'Arizona, 3,8 millions venaient du Mexique voisin.

La porte-parole de l'Association des hôteliers d'Arizona (AHLA) a précisé à l'AFP que le puissant secteur du tourisme de l'État, qui englobe plusieurs parcs nationaux très visités dont celui de Grand Canyon, commençait tout juste à se remettre de la crise économique et de la fièvre H1N1.

«La récession nous a durement frappés car nous avons beaucoup d'hôtels de luxe, de golfs et de spas», a déclaré Kristen Jarnagin. Selon elle, l'Association aurait signalé les annulations, liées au boycott, de six groupes ces derniers jours, pour un manque à gagner compris entre 5000 et 45 000 dollars.

Mme Jarnagin a par ailleurs affirmé qu'un boycott durable de l'Arizona serait préjudiciable à ceux que les militants cherchent à défendre. «Un boycott va toucher les 200 000 travailleurs de l'industrie du tourisme, qui comptent sur les visiteurs pour nourrir leurs familles, dit-elle. Nous sommes le premier employeur de l'État et sans doute aussi le premier employeur de personnes issues des minorités. Et si les touriste évitent l'Arizona, ces travailleurs vont en pâtir.»