Obama tente un compromis

La Maison-Blanche affirme que son projet rendra la couverture maladie accessible à 31 millions d’Américains qui en sont actuellement privés.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alex Ogle La Maison-Blanche affirme que son projet rendra la couverture maladie accessible à 31 millions d’Américains qui en sont actuellement privés.

Le président des États-Unis, Barack Obama, a déposé hier une série de propositions visant à débloquer l'impasse qui empêche le Congrès de réformer le système de santé. Avec ce projet, la Maison-Blanche renonce à créer un programme étatique d'assurance maladie — la «public option» chère à l'aile gauche du Parti démocrate —, mais elle parle de donner au gouvernement le pouvoir de bloquer les hausses de primes excessives exigées par les assureurs privés.

La publication de ce texte sur le site Internet de la Maison-Blanche précède de trois jours un débat télévisé auquel doivent participer le président et les chefs des deux partis au Sénat et à la Chambre des représentants. La réforme de la santé, qui constituait une des promesses phares de Barack Obama pendant sa campagne à la présidence, mais qui reste inacceptable aux yeux de la plupart des élus républicains, risque donc de dominer l'actualité politique aux États-Unis pendant le reste de la semaine et même au-delà.

La Maison-Blanche affirme que son projet rendra la couverture maladie accessible à 31 millions d'Américains qui en sont actuellement privés, à un coût de 950 milliards en dix ans, une somme qui serait cependant compensée par des économies et certaines taxes. C'est la première fois que la présidence propose un projet explicite en la matière, ayant jusqu'ici laissé l'initiative aux législateurs.

Les propositions du président se veulent plus généreuses que le projet de loi du Sénat, sans toutefois reprendre toutes les dispositions du texte voté par la Chambre basse, dont la fameuse «public option». Elles prévoient notamment des déductions fiscales plus généreuses, la création d'une bourse des assurances pour stimuler la concurrence et, ce qui représente une innovation par rapport aux projets des deux chambres du Congrès, la création d'une «Autorité des primes d'assurance maladie» relevant du département fédéral de la Santé.

Cette dernière mesure a d'autant plus de chances de trouver un écho favorable au sein de la population que certains grands assureurs viennent de hausser de près de 40 % les primes de leurs clients en Californie et dans d'autres États.

Le plan de la Maison-Blanche exige par ailleurs que les compagnies d'assurance mettent fin à la «discrimination» qui consiste à refuser une couverture aux personnes souffrant de problèmes de santé graves.

Le coût de la réforme sera compensé par des économies et ne creusera pas le déficit fédéral, affirme la Maison-Blanche, pour qui certains des changements proposés se traduiront par des économies de 100 milliards au cours de la prochaine décennie et d'«environ 1000 milliards» pendant la décennie suivante. C'est surtout en éliminant la fraude et le gaspillage dans les programmes gouvernementaux existants, destinés respectivement aux personnes âgées (Medicare) et aux plus démunis (Medicaid), que la Maison-Blanche compte parvenir à ce résultat.

Lors d'une conférence téléphonique hier matin, le directeur des communications de la Maison-Blanche, Dan Pfeiffer, a décrit le nouveau document comme une tentative de concilier les projets de loi des deux chambres du Congrès. La Chambre des représentants avait adopté le sien en novembre, et le Sénat avait fait de même la veille de Noël. Les représentants et les sénateurs doivent évidemment fusionner leurs textes pour que le président appose sa signature et que la réforme devienne réalité. Même si les démocrates sont majoritaires dans les deux chambres, ils n'y sont pas encore parvenus.

Le 19 janvier, le Parti démocrate a perdu sa majorité qualifiée (60 % des sièges) au Sénat à l'issue d'une élection complémentaire destinée à pourvoir le siège du Massachusetts rendu vacant par le décès de Ted Kennedy. La minorité républicaine peut maintenant multiplier les tactiques dilatoires et empêcher la Chambre haute de s'entendre avec celle des représentants.

S'ils veulent vaincre ce genre d'obstruction systématique, les sénateurs démocrates devront recourir à une procédure rarement utilisée, ce qui n'est pas sans risque dans un contexte de morosité économique et à l'approche d'élections législatives en novembre.

Le porte-parole de la Maison-Blanche a laissé planer cette éventualité hier, tout en affirmant que le président cherche à trouver un terrain d'entente avec le parti d'opposition.

Si elle abandonne l'idée d'une assurance maladie offerte par l'État, la Maison-Blanche insiste beaucoup dans son document sur une bonification des programmes publics Medicaid, qui deviendrait accessible à un plus grand nombre de familles défavorisées, et Medicare, qui deviendrait plus généreux au chapitre des médicaments d'ordonnance. Ces propositions sont évidemment destinées à rassurer l'aile gauche du parti présidentiel.

Le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, John Boehner, a plutôt vu hier dans les nouvelles propositions de Barack Obama «la même prise de contrôle massive des soins de santé par l'État», dont les Américains ne veulent pas, selon lui.