Réforme du système de santé - Les sénateurs démocrates accordent leurs flûtes

Les chances des républicains de contrecarrer l'adoption de la réforme du système de santé se sont nettement amenuisées ce week-end, alors qu'un accord est intervenu entre les sénateurs démocrates sur le libellé du projet de loi.

John McCain, le sénateur républicain de l'Arizona, estime que ses confrères et lui pourront maintenant difficilement barrer la route aux démocrates. «Probablement pas, [mais nous] nous battrons jusqu'au dernier vote», a-t-il affirmé sur les ondes de Fox News, hier.

La veille, le sénateur démocrate du Nebraska, Ben Nelson, a annoncé qu'il accepterait finalement de voter en faveur du projet de loi sur la santé, et ce, à la suite d'âpres négociations. M. Nelson réclamait l'insertion d'une disposition interdisant l'utilisation de fonds publics pour financer des procédures d'avortement. Il a aussi averti qu'il n'hésiterait pas à voter contre une version définitive qui comporterait une «option publique», soit une assurance maladie publique qui serait mise en concurrence avec des assurances privées.

Le projet de loi élaboré par le Sénat prévoit étendre la couverture médicale à 30 millions d'Américains qui n'en ont pas encore, d'élargir le champ du programme Medicaid — destiné aux pauvres — et d'interdire aux compagnies d'assurances de refuser une couverture médicale à une personne ayant des antécédents médicaux. Le projet de loi rallie maintenant 60 élus au Sénat sur 100. À partir d'un tel seuil, les manoeuvres d'obstruction de l'opposition peuvent être évitées.

Le président des États-Unis s'est exprimé à la Maison-Blanche peu de temps après l'annonce du ralliement du sénateur démocrate du Nebraska. «Après quasiment un siècle de batailles, nous sommes sur le point de faire de la réforme de la santé une réalité aux États-Unis», s'est réjoui Barack Obama. «Il semble maintenant que les Américains auront le vote qu'ils méritent» sur ce sujet important, a-t-il lancé, saluant ce développement comme un pas important vers l'extension de la couverture maladie à ceux qui n'en bénéficient pas.

Le principal conseiller de Barack Obama, David Axelrod, a défendu hier le projet de loi sur les pupitres du Congrès, malgré les modifications apportées au texte initial de la Maison-Blanche, et a exhorté les sénateurs à l'adopter. Bien que le texte n'instaure pas d'«option publique» comme le souhaitait M. Obama, il est tout à fait conforme à la promesse formulée par le président, estime M. Axelrod. «Ce sera à des années-lumière de l'état où nous en étions», souligne-t-il. «Ce ne sera pas parfait, mais, au fil du temps, cela pourra être amélioré».

Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, écrivait pour sa part dans le New York Times d'hier que «même s'il n'est pas parfait, le projet de loi à l'étude au Sénat n'est pas seulement bon, il est très bon». M. Biden indique néanmoins «partager la frustration de certains autres sénateurs progressistes» quant à l'absence d'«option publique» dans le texte de loi. Mais «même si elle n'est pas parfaite, cette proposition de loi n'est pas médiocre, elle est, au contraire, très bonne», écrit M. Biden, ajoutant que la réforme permettra «à 30 millions d'Américains sans assurance maladie d'avoir accès à une couverture maladie à portée de leurs finances».

Au moment de mettre sous presse, les démocrates misaient sur un premier vote des sénateurs, ce matin vers 1h, pour clore les débats avant un vote final jeudi. Trois votes de procédure doivent avoir lieu à partir de ce matin au Sénat avant le vote proprement dit sur la loi, jeudi en séance plénière. Mais si jamais le texte de loi ralliait moins de 60 voix, son adoption serait renvoyée à l'année prochaine, ce qui donnerait du temps aux républicains pour consolider leur contre-attaque.

Une fois que le Sénat aura adopté son propre texte, il devra être fusionné avec celui de la Chambre.

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Avec Reuters, l'AFP et l'Associated Press