Barack Obama, un an après - La lune de miel est bien finie

Barack Obama
Photo: Agence France-Presse (photo) Barack Obama

Un an après son élection, Barack Obama est redescendu des altitudes de l'Histoire. Sa lune de miel avec les Américains est finie, victime de la réalité, victime de promesses non tenues, et au fond, victime d'un manque d'audace. Un comble pour l'auteur de L'Audace de l'espoir.

Washington — La cote de popularité de Barack Obama est tombée aux alentours de 51 %, contre environ 69 % lors de son investiture en janvier. Si une majorité d'Américains continuent d'apprécier le président Obama pour son honnêteté et sa solidité en tant que personne et dirigeant, ils doutent qu'il soit «l'agent du changement» promis par le candidat Obama.

Selon un sondage Gallup, 46 % seulement des Américains pensent que Barack Obama pourra améliorer le système de santé. Une chute de 18 % par rapport à novembre 2008. 51 % estiment que Barack Obama va réduire le chômage, contre 67 % alors. 46 % croient qu'il mettra fin à la guerre en Afghanistan, contre 58 % il y a un an.

56 % pensent bien encore qu'il retirera les troupes américaines d'Irak, mais c'est 10 % de moins que lors du scrutin présidentiel. Les Américains sont encore 60 % à espérer que Barack Obama rétablisse le respect du monde pour les États-Unis, mais c'est 16 % de moins qu'en novembre 2008.

La perte de confiance envers Barack Obama est particulièrement grave en ce qui concerne sa capacité à veiller sur les finances publiques et à imprimer un nouveau ton au débat politique.

En effet, les Américains ne sont plus que 31 % à penser qu'il peut gérer les dépenses de l'État. Une dégringolade de 21 % par rapport aux espoirs suscités en 2008. Barack Obama, qui promettait «un nouveau genre de politique», ne convainc que 28 % des Américains qu'il peut «guérir les divisions politiques», terrain sur lequel il chute de 26 %.

«Obama n'a pas changé la polarisation du débat politique et quand il obtient un résultat, comme le plan de relance, c'est uniquement avec les voix de son parti», déclare au Devoir George Edwards, historien présidentiel à l'Université du Texas A&M. «Malgré son éloquence, le président n'a pas su mobiliser l'opinion», poursuit-il.

Barack Obama peine même à préserver la cohésion de ses troupes. C'est dans les rangs démocrates que le soutien à Barack Obama s'est effrité le plus, surtout parmi les démocrates conservateurs et parmi ceux de l'aile gauche du parti, les uns reprochant à Barack Obama de surendetter le pays par des mesures interventionnistes, les autres lui reprochant de céder aux intérêts des milieux économiques et militaires sur la réforme de la santé ou la guerre en Afghanistan.

Dans sa chronique pour le Washington Post, Eugene Robinson, fervent défenseur de Barack Obama, admet que «comme beaucoup de gens qui veulent désespérément voir le pays s'orienter dans une voie plus progressiste, j'ergote et je m'insurge contre certaines actions du président Obama. Je souhaite qu'il eût été plus dur contre Wall Street, plus rapide à fermer Guantánamo, plus disposé à enquêter sur les excès de l'ère Bush, plus audacieux pour avoir un système de santé vraiment universel», explique-t-il.

Mais, pour le professeur Edwards, «la vraie bataille de l'opinion se joue auprès des indépendants» puisque ceux-là, contrairement aux démocrates, ont moins d'allégeance envers le parti de Barack Obama et sont susceptibles d'être tentés par la seule autre option dans le contexte du bipartisme américain: choisir le parti d'opposition ou rester sur la touche.

Un indépendant qui a voté pour Barack Obama et qui préfère garder l'anonymat parce que fonctionnaire, confie au Devoir qu'il n'est «pas complètement satisfait par sa présidence». «Le pays a des problèmes majeurs; or Obama n'agit pas aussi vite que je l'espérais», dit cet immigré asiatique de la troisième génération.

«Nous restons engagés dans deux guerres alors que nous devrions nous retirer d'Irak et d'Afghanistan; l'économie n'est pas encore relancée, le plan d'Obama a aidé les grosses entreprises, mais pas assez les citoyens; la réforme de la santé risque de coûter cher à de nombreuses personnes; je ne vois pas assez d'action dans l'éducation alors que nous perdons du terrain en mathématiques et en science par rapport aux autres pays et que la propriété intellectuelle est notre dernier atout puisque nous n'avons plus d'industrie manufacturière; Obama est trop lent à nommer les responsables des agences fédérales, et puis la Maison-Blanche ne communique pas assez avec les citoyens et souvent, je ne comprends pas bien ce qu'Obama fait ou veut faire», explique cet homme qui, néanmoins, souligne qu'il «ne regrette pas» d'avoir voté pour Barack Obama parce qu'il «était le meilleur candidat».

Des regrets, Herman Cohen n'en a pas non plus. Cet ex-haut responsable du département d'État pendant la présidence de Bush père a viré sa cuti il y a un an. «McCain était le candidat du statu quo et la perspective de voir Sarah Palin à la Maison-Blanche était effrayante», dit ce républicain au Devoir.

«La présidence d'Obama est courageuse, car même si la crise aurait normalement suffi à user toute l'énergie de la Maison-Blanche, Obama essaie de résoudre des problèmes importants qui, tous, concernent des pôles d'intérêts très puissants», considère M. Cohen.

Manque d'audace

Courageux, Barack Obama l'est sans conteste devant les problèmes, souvent hérités de son prédécesseur, qui, pris isolément, sont tous complexes. Mais il a perdu l'audace à laquelle il appelait dans son livre de candidat, et donc, d'un thème fédérateur pour son mandat.

«Obama n'est pas assez audacieux comme président», affirme au Devoir Dick Howard, politologue à l'Université de New York. «"Audace" pouvait résumer sa campagne, maintenant il faut le mot "solidarité", mot qu'il n'a pas encore prononcé», estime M. Howard.

«Obama n'a pas trouvé le maître mot pour synthétiser sa présidence, et ce n'est pas seulement une question de communication, c'est que lui-même et l'Amérique ne pensent peut-être pas en termes de solidarité», note le politologue.

Barack Obama n'est donc pas le «président transformationnel» annoncé par Colin Powell et les autres conseillers du futur chef d'État l'an passé, et ce, malgré l'énorme avantage de sa majorité à la Chambre et au Sénat. Les réformes promises par Barack Obama, qui demeurent à l'état de projets, n'interviendront qu'aux entournures des systèmes existants, que ce soit en matière de santé ou de supervision bancaire.

C'est que M. Obama lui-même participe à un système politique allergique au changement. Un système où les deux partis qui dominent la vie politique nationale, les milieux économiques qui l'influencent et les médias qui la couvrent laissent très peu de place à l'expression des voix dissidentes.

«Obama aurait pu être transformationnel s'il avait été élu au Canada ou en France, mais aux États-Unis, on peut désespérer de la capacité de réforme du système», déplore Dick Howard, de l'Université de New York. «Cette idée de dirigeant transformationnel est totalement absurde, Obama est un politicien pragmatique», lance George Edwards, son confrère de l'Université du Texas.


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