États-Unis - « Touche pas à ma santé »

Le président américain Barack Obama a défendu hier son projet de réforme du système de santé en dénonçant la «tactique de la peur» mise en oeuvre selon lui par ses opposants, lors d'une réunion publique à Portsmouth. Les élus démocrates tiennent des réunions publiques pour rallier la population à ce projet. Une assemblée houleuse a eu lieu hier dans la petite ville de Lebanon, en Pennsylvanie.

Lebanon — Les voix s'étranglent de colère, les invectives fusent... et Dieu est pris à témoin pour justifier des arguments-chocs. La réunion publique organisée hier dans une petite ville des États-Unis sur la réforme du système de santé du président Obama a viré au pugilat verbal.

Le sénateur démocrate Arlen Specter chargé, à l'égal de ses pairs, d'expliquer la réforme visant à étendre la couverture maladie aux quelque 50 millions d'Américains qui en sont dépourvus, a eu fort à faire face aux 500 personnes venues assister à la réunion à Lebanon.

«Un jour Dieu sera devant vous et vous jugera!», lui lance un homme, la voix tremblante, avant de quitter la salle municipale prévue au départ pour 250 personnes.

Le sénateur doit affronter la grogne de ses administrés. Des républicains. Des inquiets. Et beaucoup de sceptiques.

Le spectre du socialisme

«Je suis républicaine», s'exclame une femme. «Le problème, ça n'est pas la réforme de la santé. Le problème, c'est la transformation de ce pays en une Russie, en un pays socialiste», s'enflamme-t-elle, ovationnée par toute la salle. «Avec cette loi, le gouvernement a le droit de nous contrôler depuis le ventre de notre mère jusqu'à la tombe», tonne un autre participant, très applaudi lui aussi. La couverture des immigrés, la bureaucratie, le coût fiscal de la réforme fédèrent les protestataires.

Calmement, Arlen Specter tente de réfuter les craintes des plus inquiets en assurant qu'ils pourront garder leur plan d'assurance santé, au contraire de ce que certains élus et chantres de la droite américaine ont affirmé ces derniers jours.

Beaucoup moins excitée, Carol Mulligan, une retraitée, explique qu'elle est là «parce que je ne veux pas payer une assurance qui rembourse les avortements. Je veux montrer à Obama que je ne suis pas d'accord avec lui.»

Liberté d'expression

«Les gens ont le droit d'être organisés et ils ont la liberté d'expression», note le sénateur Specter, qui conclut les débats d'un «Vous venez d'assister à un exercice de démocratie». Il est même applaudi. «Merci d'avoir eu le courage de venir mener ce débat», lui glisse un participant, alors que plusieurs réunions de ce genre ont été annulées dans le pays.

Le président Obama aussi donne de sa personne. Mais c'est devant un public largement conquis dans le New Hampshire qu'il a vanté hier les bienfaits de sa réforme.

Ce qui caractérise les opposants à la réforme, c'est qu'ils sont bien organisés: des éventails estampillés «Touche pas à ma santé» sont distribués. Devant la salle, le passage d'un rutilant autocar immatriculé en Alabama, peint avec ce même slogan, est salué par des cris de joie.

John Stahl, de Redding, en Pennsylvanie, gère un site Internet d'envois de courriels pour mobiliser l'opposition à certains projets gouvernementaux. À l'entrée de la salle municipale, il a pris la parole d'une voix forte pour mobiliser et donner des consignes. «Soyez bons citoyens! Si vous devez crier, criez, mais laissez parler les autres, les antiprotestataires.»

«Je ne connais pas la plupart des gens qui sont là, mais on leur dit ce qu'il se passe et on leur propose de venir», explique-t-il, tout en reconnaissant qu'il s'attendait à plus de monde.

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