Torture - Jose Padilla pourra poursuivre l'avocat du gouvernement Bush

L’Américain Jose Padilla alors que se déroulait son procès, en janvier 2006.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’Américain Jose Padilla alors que se déroulait son procès, en janvier 2006.

San Francisco, États-Unis — Jose Padilla, devenu un symbole des excès de la «guerre contre le terrorisme» de l'administration Bush, a été autorisé à poursuivre l'avocat de l'ex-gouvernement américain qu'il accuse d'être responsable de sa torture, rapportaient des médias hier.

Ancien membre d'un gang de Chicago converti à l'islam, l'Américain Jose Padilla, 37 ans, avait été reconnu coupable en août de liens avec al-Qaïda et condamné à 17 ans et 4 mois de prison, alors que l'accusation réclamait la perpétuité.

Selon le New York Times et le Wall Street Journal, les avocats de Padilla ont déposé une plainte contre John C. Yoo, avocat de l'administration de l'ancien président George W. Bush, l'accusant d'être responsable de mémos juridiques qui ont selon eux conduit à la détention de leur client et à des interrogatoires musclés.

Padilla, placé à l'isolement comme «combattant ennemi» pendant plus de trois ans dans une prison militaire de Caroline du Sud, affirme avoir été torturé à l'époque.

La plainte, qui réclame que Yoo soit tenu pour responsable des mauvais traitements présumés subis par Padilla, affirme que le détenu a souffert «d'abus physiques et psychologiques flagrants entre les mains des responsables fédéraux dans le cadre d'un programme systématique d'interrogatoires musclés visant à casser la dignité humaine de M. Padilla et sa volonté de vivre».

Yoo, qui faisait partie du Conseil de guerre de l'ancien président Bush et vice-procureur général dans le bureau de conseil juridique de 2001 à 2003, a écrit plusieurs mémos autorisant des traitements musclés.

Yoo a argumenté que la plainte devait être rejetée car il n'a pas été établi que les traitements subis par Padilla étaient inconstitutionnels.

Cependant, le juge de la cour fédérale de San Francisco Jeffrey S. White, nommé par George W. Bush, a souligné dans un jugement écrit publié vendredi soir que cette plainte pouvait être instruite.

Padilla «a apporté des faits suffisants pour soutenir la thèse que Yoo a mis en place un ensemble d'événements qui ont résulté dans la privation de Padilla de ses droits constitutionnels», a déclaré le juge White.

Tahlia Townsend, membre de l'équipe des défenseurs de Padilla, a qualifié cette décision de «victoire significative pour les valeurs américaines, la responsabilité du gouvernement et notre système de contrôle et d'équilibre».

Padilla et sa mère, Estela Lebron, réclament 1 dollar de dommages et intérêts et la déclaration par la justice que les traitements subis étaient inconstitutionnels.

Yoo, représenté par le département de la Justice, s'est refusé jusqu'à présent à tout commentaire. À la fin des années 1990, M. Padilla est parti étudier en Égypte, où il s'est marié et a eu deux enfants, avant de gagner l'Afghanistan. Il a été arrêté à son retour aux États-Unis en mai 2002.

Le gouvernement avait alors affirmé qu'il prévoyait des attentats terriblement meurtriers sur le sol américain, notamment avec une bombe radiologique, et il avait passé trois ans et huit mois comme «combattant ennemi» dans une prison militaire de Caroline du Sud (sud-est).

Sans accès à un juge, il a été maintenu dans un isolement absolu, privé de la lumière du jour, soumis à des températures extrêmes et interrogé sans relâche, jusqu'à ce que le gouvernement renonce à son accusation et renvoie son cas vers une procédure fédérale.