Sud des États-Unis - Des latinos en «zone de guerre»

Mary Bauer ne mâche pas ses mots dans le rapport qu'elle vient de produire sur la discrimination dont sont victimes les latinos dans le sud des États-Unis. Cette discrimination est telle qu'on peut parler de «crise des droits civils», écrit-elle dans Under Siege: Life for Low-Income Latinos in the South. Pour ces immigrants à revenu modeste, qu'ils soient légaux ou non, le profilage racial, le harcèlement policier et le «vol salarial» seraient monnaie courante.

Le rapport d'une soixantaine de pages a été produit par le Southern Poverty Law Center (SPLC), une organisation créée en 1971 et basée à Montgomery, en Alabama. Ses conclusions sont fondées sur des entrevues réalisées avec 500 latinos à Nashville, à Charlotte, à la Nouvelle-Orléans, dans le sud rural de la Géorgie et dans plusieurs localités du nord de l'Alabama.

Règne dans le Sud américain un climat anti-immigrant qui pèse sur tous les latinos, dit le rapport, et quel que soit leur statut. «Le présupposé au sein de la majorité est que tous les latinos sont des illégaux», affirme Mme Bauer en entrevue. Cette généralisation, creusée par la crise économique actuelle, fait en sorte que les comportements discriminatoires s'étendent à l'ensemble de la communauté. La population hispanique compte plus de 40 millions d'âmes aux États-Unis; entre 8 et 10 millions sont clandestins, en majorité des mexicains. Le Sud a vu la présence latino-américaine exploser depuis une quinzaine d'années.

Mme Bauer juge que, loin de s'arranger, la situation s'aggrave. «Les trois à cinq dernières années sont les pires que j'aie vues depuis le début des années 1990, quand je suis arrivée dans le milieu.» Elle pointe la «militarisation» de la frontière, la faiblesse des lois du travail dans le Sud, l'adoption par nombre de gouvernements locaux de politiques qui, limitant aux latinos l'accès aux services publics, visent carrément à les pousser à quitter le pays.

Quarante et un pour cent des personnes interviewées par les chercheurs du SPLC ont affirmé qu'il leur était arrivé de ne pas être payés pour leur travail. La proportion monte en flèche, à 80 %, à la Nouvelle-Orléans. «Les abus en milieu de travail et le profilage racial sont rampants», affirme le rapport. Tout comme l'est le harcèlement sexuel: 77 % des femmes qui ont participé à l'enquête disent qu'il s'agit d'un «problème majeur» au travail.

C'est, au Tennessee, une jeune mère jetée en prison pour avoir demandé qu'on la paie pour son travail dans une fromagerie. C'est, en Géorgie, un violeur impuni parce que sa victime de 13 ans était une petite immigrante illégale. Des politiques et des comportements, soutient le SPLC, qui «ont pour effet de créer une sous-classe de gens confinés à une économie fantôme, au-delà de la protection de la loi».

Plusieurs ont décrit dans ce rapport le Sud comme étant carrément une «zone de guerre». Exagération? Mme Bauer s'en défend: «Nous avions préalablement fait circuler le rapport parmi d'autres organisations à travers tout le pays pour obtenir leurs réactions. Le consensus parmi les gens qui travaillent auprès des immigrants est que cette discrimination est systémique et que nous n'avons pas du tout dramatisé la situation.»

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